La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 115 – Mars 2012

Rédaction : Frère Bruno Bonnet‑Eymard


À Lourdes et Fatima… comme au ciel !

Grotte de Lourdes

La Sainte Vierge veut certainement que nous nous sentions chez nous chez elle et tous ses serviteurs à notre dévotion, et avec bonheur, tant notre groupe de pèlerins leur parut une image de la renaissance catholique :

« D’où êtes-vous ? Avez-vous un bulletin que l’on puisse recevoir ? Mais d’où viennent tous ces jeunes ? »

Nous sommes donc partis le 18 février, fête de sainte Bernadette, pour Lourdes et Fatima, messe dite à 4 h 45, retour à 1 h 15 le samedi suivant, ce qui est déjà une indication du style. Nous étions 172 au départ et 172 à l’arrivée après avoir suivi trois programmes différents pour la deuxième partie du pèlerinage.

Le premier car devait quitter Fatima pour Lisbonne, l’orphelinat Notre-Dame des Miracles, où Jacinthe fut recueillie par les clarisses avant d’être admise à l’hôpital Saint-Étienne, puis Guadalupe et Avila.

Le deuxième irait à Coïmbre, au carmel Sainte-Thérèse, visiter le Mémorial de sœur Lucie puis gagner, sur la côte Atlantique, Notre-Dame de Nazaré, en passant par le monastère d’Alcobaça.

Le troisième car, quant à lui, entamerait un double et triple pèlerinage, à Porto, auprès de mère Marie du Divin Cœur, Ermesinde où reposent ses restes, puis au Sameiro, à Braga, le sanctuaire national dédié à l’Immaculée Conception, et encore Tuy et Pontevedra, le sanctuaire du Cœur Immaculé de Marie. Enfin Palencia sur la route du retour à Burgos.

À toutes ces sources de grâces, les conférences entendues tout le long des 4000 km de routes nous avaient préparés, comme chaque année, et pour cela il faut choisir parmi l’immense médiathèque léguée par notre Père. Mais il y a des “ classiques ” que l’on écoute et réécoute sans se lasser : ainsi la guérison de Pierre de Ruder, racontée sur le chemin de Lourdes.

Il faut d’abord franchir “ la petite barrière blanche ”, c’est pourquoi la première journée est consacrée à la préparation de la confession. Cette année, ce fut avec notre Père expliquant, en bon pasteur et parfait psychologue, les sept péchés capitaux et le huitième qui nous tiennent, et leurs remèdes, qui nous retiendront jour après jour jusqu’au dernier. Et les vieux pécheurs dont nous sommes ont l’impression, et pour cause d’impénitence, de les entendre pour la première fois. Ajoutez à cela deux leçons de catéchisme vidéo et vous serez avec nous dans le car.

LOURDES

Tout commence, en cette fête de sainte Bernadette, par la procession des reliques, depuis le Sacré-Cœur, sa paroisse, jusqu’à la Grotte, portée par “ les Lourdais de Lourdes ”. Cette belle procession, scintille de mille cierges s’élevant au Gloria Patri, comme aimait le Père Marie-Antoine, et nous nous joignions à elle.

Au passage du reliquaire, frère Gérard emboîte le pas et se tient tout près, lorsqu’une voix amicale se fait entendre : « Donne ta place au prêtre qui voudrait le porter... » Il fait ainsi la dernière étape avec sainte Bernadette au creux de l’épaule et entre avec elle sous la Grotte. Allocution du chapelain qui rappelle la demande de la Dame le 18 février 1858 :

« Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? »

« Je le lui promis, raconta sainte Bernadette, et Elle me dit : Et moi je vous promets de vous faire heureuse, non pas en ce monde mais en l’autre. ” »

Après la bénédiction de Mgr Perrier et le Salve Regina, la foule a commencé à défiler auprès des reliques en bavardant, ce qui nous a donné l’idée de réveiller sa dévotion par nos chants, l’Ave Maria de Lourdes que tout le monde reprit de bon cœur, et finalement J’irai la voir un jour qui fit couler des larmes parmi ce bon peuple.

Chacun regagne son hospitalité pour revenir au plus tôt le lendemain dimanche, et être à la messe de 9 heures à l’église du Sacré-Cœur, où nous sommes attendus, étant paroissiens d’honneur depuis l’an dernier où la piété de nos pèlerins et le chant du Père Marie-Antoine, Ô Immaculée, avaient gagné le cœur de son curé. Là, plusieurs amis nous avaient rejoints, parmi eux M. et Mme Roland-Billecart et leur fils Jean. L’après-midi l’un de nos frères se fera son piscinier ; la Sainte Vierge devait venir le chercher le dimanche suivant, Elle le préparait à cette douce rencontre.

La journée se partagea donc entre les confessions, les piscines et le chemin de Croix, et se termina le soir par la bénédiction du Saint-Sacrement.

La gentillesse des pisciniers ne se dément pas d’une année à l’autre, ils acceptent volontiers l’aide de nos frères et de nos sœurs, et c’est encore une grâce à laquelle on est heureux de donner son concours. Nos frères faisaient prier les pèlerins qui attendaient dans le froid tandis que commençait le chemin de Croix sous la pluie le long du Gave, le grand chemin de Croix étant en cours de restauration. Une belle lumière vint ensoleiller la neuvième station quand frère Gérard évoqua notre Père chéri écrasé sous le poids de l’apostasie.

LE CURÉ DE L’IMMACULÉE CONCEPTION

Cette merveilleuse journée s’acheva donc par la bénédiction du Saint-Sacrement précédée par l’évocation de la vie du Curé Peyramale. « Ce n’est pas un saint de vitrail, dit frère Philippe, mais un saint pour temps d’apostasie, rude aux orgueilleux, tendre aux pécheurs, pauvre comme saint François d’Assise, humble, zélé et charitable comme saint Pie X, courageux comme son Seigneur et maître dont il avait parfaitement discerné les saintes volontés sur la France et le monde.

« Marie ne prend pas la place de Dieu, disait l’abbé Peyramale, mais elle la lui prépare. Bientôt, grâce à son intervention toute puissante, Dieu reprendra dans le monde la place que lui disputent ses ennemis, et l’univers chantera : Le Christ triomphe ! Le Christ règne ! Le Christ commande !

« Le curé Peyramale, le Père Marie-Antoine avec qui il va organiser les premiers pèlerinages, le Père d’Alzon, le supérieur des assomptionnistes qui va lancer l’œuvre des pèlerinages nationaux, en un mot tous les saints de l’époque pensaient de même, et ils prêchaient, sous l’égide de l’Immaculée, une religion conquérante qui devait rendre son trône au descendant de Saint Louis. »

Son évêque le mit à la tête d’une paroisse qu’il fallait reconstruire, la Sainte Vierge le mit à la tête d’un sanctuaire et d’un pèlerinage qu’il fallait créer. Elle lui donna pour cela de précieux amis, dont le Père Marie-Antoine, jusqu’au jour où, mission accomplie, il fut mis de côté, remplacé, abandonné, couvert de dettes, et surtout voyant le pèlerinage s’organiser dans un esprit qui n’était ni le sien, ni celui de Bernadette ni celui de la Sainte Vierge. Cette conformité au Christ souffrant fut le sceau de sa prédestination. Le curé de Lourdes souffrit et mourut comme un saint :

« Nul mouvement convulsif ne troubla la paix souveraine de son visage. Au-dessus des cruelles douleurs planait le calme immuable d’une âme absolument maîtresse d’elle-même, parce qu’elle était absolument soumise à Dieu. » C’était le 8 septembre 1877, ce qui fit écrire à sainte Bernadette : « La Très Sainte Vierge est venue chercher notre bon Père le jour de sa Nativité pour récompenser les sacrifices et les rudes épreuves qu’il a acceptés et soufferts pour son amour. »

EN ROUTE VERS FATIMA

Le Saint Christ de Burgos.
Le “Saint Christ” de Burgos.

Comme d’habitude nous faisons une halte à Burgos pour nous émouvoir de compassion à la vue du “ Saint Christ ” de la cathédrale. Saisissante révélation du Sacré-Cœur de Jésus manifestée par le contraste entre les stigmates sanglants de sa cruelle Passion, et la douceur de son visage. Son martyre accompli, Jésus, « signe et sacrement éternel de notre salut », repose désormais dans un paisible sommeil d’amour, « dans le sein du Père ». À ce beau Sauveur, nous avons offert l’hommage de nos plus beaux chants : Divine Face et l’hymne au Saint Suaire.

D’année en année nous avons assisté à la restauration de la cathédrale de Burgos. On ne peut la décrire, tant est magnifique cette prodigieuse efflorescence de l’art gothique, “ plus touffue et plus compliquée qu’une forêt vierge du Brésil ” écrivait un voyageur au dix-neuvième siècle. L’an dernier c’est la petite Casilda qui nous avait charmés, comme une figure de la reconquête des terres d’islam par le Cœur Immaculé de Marie.

Cette année nous avons pu évoquer une autre Croisade : au moment de la guerre d’Espagne, Burgos devint le siège du gouvernement du général Franco et le demeura jusqu’à la prise de Madrid en mars 1939. C’est au cours d’une cérémonie solennelle à Burgos, le 1er octobre 1936, que Franco est investi de tous les pouvoirs. Et dans une lettre pastorale, l’évêque de Salamanque, Mgr Pla y Deniel, déclara que le mouvement national était une “ Croisade ”.

Le 2 octobre 1961, Franco attribua à la ville le titre honorifique de Capital de la Cruzada en reconnaissance de sa fidélité et pour l’avoir hébergé. Mais en 2008, tous les partis espagnols prirent la décision d’ôter ce titre à Burgos

À Salamanque, où nous devions passer la nuit, le troisième car fut logé au cœur de la vieille ville magnifiquement restaurée, illuminée par le beau soleil de Castille. Ses grandes universités jésuite et dominicaine, s’honorent non seulement d’avoir eu saint Jean de la Croix pour élève mais aussi les cent vingt martyrs qui versèrent leur sang à la conquête des âmes en Amérique du Sud, au seizième siècle.

Après la messe célébrée dans la magnifique chapelle du couvent dominicain Saint-Étienne, nous repartions pour le Portugal. Frère François et frère Jean-Duns nous rappelèrent que la Terre de Sainte Marie avait, elle aussi, une histoire sainte et comment ses assises étaient catholiques, monastiques et françaises. La nation portugaise comme l’espagnole s’édifia donc au cours d’une longue reconquête sur l’islam. Dieu le voulait ainsi, il le veut toujours.

La cathédrale de Burgos restaurée.
La cathédrale de Burgos restaurée.

FATIMA

Les premiers arrivés à Fatima se retrouvèrent aux pieds de Notre-Dame à la Capelinha et tous ensemble, après le dîner, nous nous rendîmes à la Basilique pour notre première veillée de prières auprès des tombes des deux petits voyants et de sœur Lucie dont frère Gérard nous fera aimer la vie de prière et de sacrifices.

Le lendemain, pour nous encourager au chemin de pénitence, frère Gérard nous rappela les grandes intentions de notre pèlerinage, les intentions filiales, pour l’Église et le Saint-Père ; les intentions fraternelles, pour frère Bruno, les communautés et la glorification de notre bien-aimé Père ; les intentions personnelles pour la sanctification de nos familles par le renouvellement de leur consécration au Cœur Immaculé de Marie.

Arrivés à mi-pente sur ce chemin, un appariteur nous demanda de ne pas aller jusqu’à la Capelinha pour ne pas gêner la célébration de la messe... Frère Gérard fit aussitôt manœuvrer les 170 pénitents. Et nous remontons la pente, sur l’asphalte, face à la triste basilique nouvelle.

Nous nous rendîmes ensuite au musée de la vice- postulation dont les précieuses photos fixent dans la mémoire du cœur le mystère de Fatima, gens, choses et lieux que nous irions visiter tout au long de l’après-midi. Le reste de la journée se passa en dévotions communautaires, si bonnes et si réconfortantes que personne ne vit le temps passer. Le chemin de Croix des Hongrois d’abord. À la fin, frère Gérard nous fit remarquer que c’était probablement le sang de leurs martyrs du communisme soviétique, en 1956, et la foi dont les Hongrois exilés firent preuve en érigeant ce chemin de Croix en leur mémoire, qui méritent aujourd’hui à leur nation la grâce de renouer avec ses origines chrétiennes.

Nous redescendons ensuite prier au Cabeço, front contre terre à la manière des petits voyants. Nous les retrouverons à Aljustrel dans leurs maisons, si petites, si pauvres, et au puits de l’Arneiro où l’Ange du Portugal leur révéla les desseins de miséricorde des Saints Cœurs de Jésus et de Marie.

Visite au cimetière de Fatima où reposent les parents et les frères et sœurs des voyants et la tombe du chanoine Formigao. Et à l’église reconstruite par l’abbé Ferreira au plein temps de la persécution.

Le soir, après une bénédiction du Saint-Sacrement à la Basilique, nous nous sommes joints au chapelet quotidien à la Capelinha. Frère Gérard récita la cinquième dizaine, faisant retentir ainsi dans le monde entier, grâce au web-cam ! les Je vous aime, ô Marie inaugurés par notre bien-aimé Père...

COÏMBRE, ALCOBAÇA, NAZARÉ

Le lendemain jeudi, nos cars partaient donc dans trois directions différentes. Le car de frère François partit pour Coïmbre, Alcobaça et Nazaré.

À Coïmbre, au Mémorial de sœur Lucie, quelle joie de voir les objets qui ont appartenu à notre chère sainte : d’abord la petite valise avec laquelle elle a quitté Fatima, et puis sa bure qui a surpris tout le monde, sœur Lucie était toute petite ! et l’habit de Coïmbre n’est pas le même que celui de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (le voile n’a pas la même forme). Les photos, peu connues, de Lucie novice reflètent sa joie d’être reçue dans cet Ordre chéri de Notre-Dame. Ensuite c’est son matériel de fabrication de chapelets et de médailles-reliques de la bienheureuse Jacinthe, qui a toujours un grand succès auprès des petits et des grands. Mais ce qui fait toute la richesse de cette “ visite-dévotion ”, ce sont les explications et anecdotes de frère François qui nous arrête par exemple devant une lettre de sœur Lucie en nous expliquant les sous-entendus, et il y en a !

Une heure plus tard nous rejoignons le carmel où une tourière souriante nous ouvre la chapelle et nous entrons au chant de l’Ave Maria de Fatima. Là, frère François commence par nous décrire tout ce que sœur Lucie a fait pour l’aménagement de cette chapelle, puis nous récitons notre chapelet avec pour intention de demander à sœur Lucie de nous enflammer le cœur d’un amour filial pour notre très Chérie Maman du Ciel. La chapelle avait été tout illuminée à notre intention, c’était splendide !

Frère François reprit la parole pour nous raconter la vie de sœur Lucie au carmel : les joies des premières années où elle voyait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus en chaque carmélite, ensuite les persécutions, le parloir avec le cardinal Luciani puis ceux qu’elle eut avec le président Salazar.

Avant de rejoindre l’université de Coïmbre, nous chantâmes Ton Cœur Immaculé. Quelle surprise de voir la tourière chanter avec nous ! Enfin elle referma la porte avec un bon sourire et un petit signe d’au-revoir ! Nous avions été accueillis par sœur Lucie !

L’après-midi nous visitâmes le monastère royal d’Alcobaça sous la conduite de frère Hugues. « Ah ! quelle belle visite nous avons eu ! Jamais je n’ai vu de cloître si grand ! Cinq cents moines, vous vous rendez compte ! » Il faut dire que les cuisines sont de taille : deux cheminées monumentales faisant face à deux lavabos plus grands que des baignoires ! et le mieux : une rivière traverse la cuisine et lui donne l’eau courante et le poisson frais. Les mères de famille s’imaginaient travaillant dans ce paradis et s’échangeant des recettes de cuisine !

La dernière étape de ce pèlerinage fut Nazaré. Le sanctuaire domine l’océan à 110 m d’altitude. À l’origine, un chevalier en péril de se voir précipiter du haut de la falaise par son cheval emballé, appelle la Sainte Vierge qui vient à son secours. Au charmant ermitage que son chevalier lui édifia en ex-voto s’est adjoint le magnifique sanctuaire de Nazaré où l’on vénère l’une des plus antiques statues de la Chrétienté, la Vierge de Nazareth, dans une profusion d’or et d’azuléjos en innombrables ex-voto eux aussi. Les missionnaires qui partaient pour les Amériques ne manquaient jamais de venir se recommander à Elle.

Pendant ce temps les pèlerins restés à Fatima, parce qu’ils jugeaient l’expédition trop fatigante, priaient à deux genoux sur le chemin de pénitence ! Vus de personne, ou presque !

À PORTO, AVEC MÈRE MARIE DU DIVIN CŒUR

« Non, je n’irai pas à Porto, je ne connais personne là-bas. Porto me semble comme un tombeau où je serai enterrée vivante ! » Pauvre Lucie ! obligée de quitter Fatima et les siens, Aljustrel, le Cabeço, l’Arneiro, et tous les lieux bénis qu’elle chérissait, parce que Monseigneur en avait décidé ainsi. L’épreuve était trop lourde. Alors Notre-Dame vint la visiter pour la septième fois :

« Va ! Suis le chemin par lequel Mgr l’évêque veut te conduire, c’est la volonté de Dieu. »

Pour nous, du troisième car, c’est la joie au cœur que nous quittâmes jeudi matin Fatima pour Porto, car nous allions y visiter une autre grande sainte, la bienheureuse Marie du Divin Cœur, « fille chérie de l’Église » autant que la bergère de Fatima, et comme elle porteuse d’une révélation et d’un message capital pour le salut du monde. « On peut, écrivait notre Père, réunir ces deux révélations des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie en un seul corps de doctrine où est contenu tout le trésor de la circumincessante charité divine, eucharistique, mariale et communautaire. »

Nous fûmes chaleureusement accueillis au couvent de Paranhos par une sœur du Bon-Pasteur, toute désireuse de nous faciliter l’accès aux souvenirs et aux reliques de celle dont le Divin Cœur de Jésus fit son épouse privilégiée. C’est ce même couvent « à moitié en ruine » qu’elle reçut mission de sauver, comme un figuratif de l’Église et de nos nations catholiques infidèles au pacte de leur alliance avec le Christ-Roi.

Nous priâmes dans la cellule de l’humble supérieure aujourd’hui transformée en chapelle, où notre Père fit lui-même pèlerinage avec notre communauté en juin 1999, pour le centenaire de la consécration du monde au Sacré-Cœur, dont mère Marie du Divin Cœur avait été l’instrument. Nous visitâmes aussi le petit musée attenant qui regroupe toutes sortes de menus objets de dévotion ou d’utilité pratique, qui parlent tant à ceux qui connaissent la vie de cette âme toute fondue dans le Cœur de Jésus. Le guichet, par exemple, pratiqué dans la porte de sa chambre, qui lui permettait de voir la lampe du Saint-Sacrement, signe de la présence de l’Époux divin. Elle ne faisait qu’un avec Lui. « Comme il était facile de se soumettre à sa direction, écrit une sœur de la communauté, elle était si compatissante pour chaque difficulté et chaque souci et en même temps, si juste et si vraie. On s’en allait toujours consolée. »

Et cela au milieu de mille persécutions : quand on voit la façade du couvent donnant directement sur la rue, on imagine les gens faisant du tapage pendant les offices, l’injuriant, lui jetant des pierres, quand elle paraissait à la fenêtre. La société de Porto était à l’époque aux mains de la franc-maçonnerie qui déjà préparait la révolution. L’humble supérieure de Porto, en vraie missionnaire, travailla de toutes ses forces au salut du Portugal devenu sa nouvelle patrie, de son clergé en particulier, dont plusieurs membres donnaient du scandale. Elle s’offrit pour leur conversion, « et aussi, écrivait-elle, pour consoler son Divin Cœur de tant de sacrilèges. Je sais que Notre-Seigneur a agréé mon offrande. Lorsque pendant ma maladie je ressentais l’ardent désir de mourir, le Seigneur me montrait, à partir d’une image sur laquelle Il porte la croix : Veux-tu me laisser porter seul la croix du Portugal ? ” »

Quand elle connut les désirs du Divin Cœur d’embrasser le monde entier dans son amour et d’entrer dans la politique des hommes en Souverain, elle entra elle-même en épouse héroïque dans ce combat formidable. Et elle souffrit jusqu’à la mort pour pallier les défaillances des autorités de l’Église qui, méconnaissant l’ampleur du drame, refusaient d’entrer dans les desseins du Sacré-Cœur. On comprend que cette sainte devint pour notre Père une sœur d’âme et un modèle.

Nous assistâmes à la messe concélébrée par notre aumônier et le curé de la paroisse dans la nouvelle chapelle du petit couvent. On y retrouve une belle statue du Sacré-Cœur, une autre du Cœur Immaculé de Marie, un grand et beau crucifix, un portrait de la sainte, bref, tous nos trésors et nos amours... De là, nous partîmes pour Ermesinde, autre quartier de Porto, où s’élève l’église consacrée au Sacré-Cœur qui contient la châsse de la bienheureuse. « Tu dois m’ériger ici un lieu de réparation, et moi j’érigerai ici un lieu de grâces », lui avait-il dit. Quand on se rappelle ces merveilleuses promesses, alors on ne met plus de limites à sa confiance et à ses demandes :

« Sache, mon enfant, que de la charité de mon Cœur je veux faire descendre des torrents de grâces par ton cœur dans les cœurs des autres. C’est la raison pour laquelle on s’adressera à toi avec confiance ; ce ne sont pas tes qualités, mais c’est moi qui en suis la cause. Jamais quelqu’un qui se rencontrera avec toi ne s’éloignera sans que son âme soit, de quelque manière, consolée, soulagée ou sanctifiée, ou ait reçu quelque grâce, même le pécheur le plus endurci. S’il veut profiter de la grâce, il ne tient qu’à lui. »

Une bonne nouvelle vint réjouir nos pèlerins, quand ils apprirent qu’un miracle s’était opéré l’an dernier, le 15 février 2011, aux États-Unis, par l’attouchement d’une relique de la Bienheureuse. La malade, atteinte d’une double pneumonie, était aux portes de la mort quand elle a vu une « sœur blanche » se pencher vers elle. Depuis, « contre toute attente, elle est entièrement rétablie et se porte étonnamment bien », déclare son médecin traitant. Peut-être ce miracle va-t-il hâter le procès de canonisation de mère Marie du Divin Cœur.

Un rapide pique-nique pris au milieu des mimosas en fleurs dans le jardin du couvent, et nous reprîmes la route vers Tuy et Pontevedra. Mais comment ne pas s’arrêter au Bom Jesus de Braga à mi-hauteur de la colline du Sameiro, et poursuivre jusqu’à la basilique élevée en action de grâces pour la définition de l’Immaculée Conception par le bienheureux pape Pie IX : n’est-elle pas depuis 1646, Reine du Portugal ?

C’est entre 1784 et 1811, que les Portugais édifièrent pour le Roi des Cieux le palais du Bom Jésus, au sommet d’un escalier monumental bordé de chapelles abritant chacune une station du chemin de Croix. Le cœur est pris par le réalisme des scènes de la Passion, et il s’enthousiasme du triomphalisme de l’architecture et des sculptures, car Jésus est vainqueur et triomphe au Ciel ! C’est tout l’esprit de la Contre-Réforme. Là-haut, au sommet de la colline, nous récitâmes un chapelet aux pieds de la Vierge fleurie de lys, que nous aimons contempler parce que c’est elle qui rappelait le plus à Jacinthe l’apparition de la Cova da Iria. L’intention était le salut de nos nations catholiques.

PONTEVEDRA ET TUY :
 « JE REVIENDRAI... »

Oui, après Fatima, la Reine du Ciel est revenue pour révéler les deux petites conditions de la paix du monde et du salut des âmes. Nous sommes d’abord passés à Tuy, où, le 13 juin 1929, au cours d’une théophanie trinitaire, le Ciel fit connaître son grand dessein :

« Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen.

« Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie. »

Les deux phrases sont liées : la demande du Ciel, qui ne rencontre qu’indifférence et refus obstiné de la hiérarchie depuis quatre-vingts ans, et le sacrifice expiatoire des âmes victimes qui s’offrent pour le salut de leurs frères, par amour du Cœur Immaculé de Marie.

Nous priâmes quelques instants dans la chapelle de ce couvent de Tuy, où l’amour de Dieu s’épancha du Ciel sur la terre, feux, eaux torrentielles de grâce et de miséricorde... où sœur Lucie vécut pendant près de vingt ans et souffrit beaucoup, comme le racontera le livre de frère François.

C’était la nuit tombée quand nous arrivâmes à Pontevedra à la maison des Dorothées. « Cette maison, disait volontiers sœur Lucie, c’est Fatima en Espagne ! »

Car c’est ici que, le 10 décembre 1925, fut révélée à la jeune postulante la dévotion réparatrice qui contente tellement le Cœur du Bon Dieu : « Aie compassion du Cœur de ta très sainte Mère, entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment... toi du moins, tâche de me consoler. » Nous pûmes longuement prier dans sa petite cellule transformée avec goût en chapelle. Et le lendemain, après avoir célébré la messe du Cœur Immaculé de Marie, nous allâmes en procession réparatrice jusqu’au jardin où l’Enfant-Jésus apparut à sœur Lucie, lui rappelant sa mission d’avoir à répandre cette dévotion, en dépit de tous les obstacles : « C’est vrai, lui dit Jésus, que la Mère supérieure, toute seule, ne peut rien, mais avec ma grâce, elle peut tout. » Voilà, c’est aussi simple que cela.

Et, après avoir accordé toutes facilités pour que le plus grand nombre d’âmes pratique cette dévotion réparatrice, l’Enfant disparut comme il était venu, « sans que je sache rien d’autre des désirs du Ciel jusqu’aujourd’hui, écrit sœur Lucie. Quant aux miens, ils sont que dans les âmes s’allume la flamme de l’amour divin et que, grandissant dans cet amour, elles consolent beaucoup le Saint Cœur de Marie. Du moins j’ai le désir, quant à moi, de consoler beaucoup ma bonne Mère du Ciel, en souffrant beaucoup pour son amour. »

De Porto à Pontevedra, les deux saintes se rejoignent dans la même soif de satisfaire aux désirs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, et le même désir de souffrir. Quant à nous, il nous restait à nous rendre à l’église Sainte-Marie toute proche. Elle était fermée, mais la sacristine, encore sur le seuil de sa porte, s’empressa de nous ouvrir. C’est dans cette église que Lucie envoya le Saint Enfant avec cette prière : « Ô ma Mère du Ciel, donnez-moi votre Enfant Jésus ! » Admirablement tenue, l’église s’honore de plus de quarante statues de la Vierge ! Un petit paradis de dévotion ! Chacun s’y retrouve et prie, ou médite, devant la statue de son choix.

Il fallut s’arracher, et reprendre le car qui nous ramenait à Burgos, où nous devions rejoindre les deux autres groupes de pèlerins, non sans avoir fait une halte à Palencia, à laquelle nous avait préparé dans le car la lecture de la touchante biographie du bienheureux Manuel Garcia, son évêque (1873-1947), grand apôtre de l’Eucharistie, qui voulut être enterré dans la chapelle du Saint-Sacrement de sa somptueuse cathédrale, « pour que mes os après ma mort, disait-il, comme ma langue et ma plume durant ma vie, puissent toujours dire aux passants : Jésus est là ! Ne le laissez pas seul ! »

En butte aux persécutions des révolutionnaires, il avait pris comme devise : « Sainte Marie, que je sois aujourd’hui votre joie et vous la mienne ! »

LISBONNE, GUADALUPE, AVILA

Les pèlerins du car de frère Gérard passèrent par Lisbonne pour visiter l’orphelinat de Notre-Dame des Miracles fondé clandestinement par mère Godinho au temps de la persécution et de l’exil de toutes les congrégations religieuses. C’est elle qui reçut, en janvier 1920, Jacinthe et sa mère. Les personnes qui devaient les recevoir, et d’autres encore qui furent sollicitées s’y refusaient en constatant l’état misérable de l’enfant, épuisée, et dont la plaie purulente répandait une odeur affreuse. Nous avons lu le récit de ce voyage, de ce calvaire en vérité, et prié au pied du lit de la petite victime. Il nous semblait l’entendre dire : « Ô Jésus ! vous pouvez sauver beaucoup d’âmes car je souffre beaucoup. » Les sœurs clarisses nous ont dit que ce petit sanctuaire où la Sainte Vierge est apparue est très peu connu et très peu visité. On y est pourtant aux portes du Ciel. Quand son petit corps sera exposé dans l’église des Anges, il répandra au contraire une merveilleuse odeur.

Nous avons traversé encore les vieux quartiers de Lisbonne et nous sommes montés à la cathédrale qui fut le premier sanctuaire reconstruit après la délivrance de Lisbonne en 1147. Les Maures régnaient encore à Grenade et sur tout le Sud de la péninsule, c’est pourquoi la cathédrale fut édifiée comme une forteresse. Saint Antoine de Padoue est né tout à côté de la cathédrale.

Le 1er novembre 1755, Lisbonne fut détruite par un tremblement de terre qui fut considéré comme un châtiment de Dieu, mais notre guide nous fit remarquer, quand nous passâmes devant Notre-Dame de la Conception, que sa façade était restée intacte ainsi que la cathédrale. Le monastère des hiéronymites, à l’ouest de la ville, fut également épargné. Il a été construit à l’emplacement d’une chapelle dans laquelle les grands explorateurs portugais venaient faire vœu à la Sainte Vierge de porter son Nom jusqu’aux contrées les plus lointaines du monde païen.

Il nous restait 400 km à parcourir pour gagner Guadalupe que l’on ne peut pas appeler le grand sanctuaire espagnol, malgré sa magnificence royale parce que, si vous interrogez un Espagnol, il vous dira que c’est Lourdes et Fatima qui sont ses sanctuaires privilégiés. Dans le car, nous avons écouté frère Bruno raconter la merveilleuse histoire de Notre-Dame de Guadalupe au Mexique et nous expliquer la volonté de la très Sainte Vierge d’unir le Mexique et l’Espagne dans une même Chrétienté en se nommant à Juan Diego Notre-Dame de Guadalupe.

L’origine du sanctuaire espagnol est presque contemporaine de la première évangélisation puisqu’il s’agit d’une statue de la Vierge Marie que la tradition attribue à saint Luc, et que saint Grégoire le Grand avait donnée à saint Léandre, archevêque de Séville. Fuyant l’invasion des Maures, les clercs de la cathédrale de Séville l’enfouirent près des rives de la rivière Guadalupe. Plus de cinq siècles après, en 1326, un humble berger, parti à la recherche d’une vache perdue, la trouve morte. Il s’apprête à la découper et fait sur elle le signe de la croix avec son couteau quand la bête se relève. La Mère de Dieu lui apparaît aussitôt et lui fait part des volontés du Ciel. À l’endroit même il doit creuser, et trouvera « une image de moi » et il devra construire une « maisonnette pour l’y installer ».

Le berger fait part de cette révélation à son curé, qui ne veut rien entendre, mais celui-ci se ravise quand le fils du berger étant mort, ressuscite à la prière de la Vierge, que l’on appellera désormais Notre-Dame de Guadalupe. En 1355, le roi de Castille prend la « maisonnette » sous sa protection, il fait construire une église puis un immense et magnifique monastère pour honorer la Vierge de Guadalupe qui devint le palladium de la Reconquista.

En 1571, sa bannière et celle du Saint Suaire flotteront à la poupe du navire amiral de la flotte chrétienne de don Juan d’Autriche à Lépante ; Jésus et Marie donneront ainsi la victoire au pape saint Pie V, victorieux de l’islam après l’avoir été du protestantisme.

Nous avons dormi dans les cellules royales du monastère et nous avons vénéré l’antique statue au nom de toute notre Phalange vouée à son Immaculée Conception pour le salut de l’Église et la Reconquista.

Avila fut pour nous la dernière étape sur la route de Burgos. La pensée de sœur Lucie dut plus d’une fois revenir au berceau des fondations de sainte Thérèse, le carmel Saint-Joseph, et l’immense et magnifique carmel de l’Incarnation. Burgos fut sa dernière fondation en Espagne. Frère Pierre a montré dans une très belle conférence l’intime relation de Fatima et du Carmel non seulement parce que la Sainte Vierge est apparue avec le scapulaire du Mont-Carmel mais parce que la vocation carmélitaine au seizième comme au vingtième siècle, et au vingt et unième ! est de Contre-Réforme mystique et apostolique, réparatrice de tous les blasphèmes et ingratitudes dont le Cœur Immaculé de Marie est victime.

LE BON PLAISIR DE NOTRE TRÈS CHÉRI PÈRE CÉLESTE

Jean chante l'apparition du 13 septembre 1917
Jean chante l'apparition du 13 septembre 1917 (Oratorio de frère Henry, Fatima, l'Alliance dans le Cœur Immaculé de Marie, 2010) : « Pendant l'apparition, les pèlerins ont vu un merveilleux spectacle (la pluie de pétales)... Que c'était beau ! »

Rentrant à la maison après le pèlerinage, Pol et Agathe Roland-Billecart apprirent la mort de leur plus jeune frère, Jean, et notre mère Marie-Gertrude et sœur Marie-Josèphe, ses sœurs, se retrouvèrent bientôt autour de leurs parents pour offrir à Dieu ce sacrifice avec un courage admirable et une résignation parfaite.

Si cette famille amie montre tant de vertus, c’est grâce à la prédication, au travail et à la vie de sacrifice de notre bien-aimé Père, qui a institué dans nos familles cet esprit de sacrifice et de soumission, et cela au sein même d’une vie mondaine, avec toutes ses tentations. C’est la CRC qui nous préserve d’y succomber radicalement. C’est la CRC qui a préparé Jean à recevoir la grâce d’un dies natalis anticipé, car seul compte le Ciel ! Et il est accordé par la miséricorde de Jésus et la médiation du Cœur Immaculé de Marie, à ceux qui leur sont fidèles.

Un sermon de notre Père, prononcé à la Toussaint 1975, nourrit la méditation de la veillée funèbre :

« Comme leur mort nous fait du bien à nous-mêmes, nous qui continuons à vivre, parce qu’il nous semble que, ayant maintenant des liens charnels, très proches, très humains avec ce Ciel qui était peut-être pour nous jusqu’alors une terre étrangère, il nous semble que nous avons déjà nos entrées dans le Paradis, quelqu’un de chez nous est auprès de Dieu. »

Frère Gérard, les frères et les sœurs arrivèrent en fin de matinée pour la levée du corps. C’était toujours la famille, un peu élargie.

M. Roland-Billecart a confié à sa fille, mère Marie-Gertrude : « Si le Bon Dieu nous envoie cette croix, c’est qu’il attend quelque chose de nous, que nous soyons plus fervents. » Et son épouse : « Le Bon Dieu donne des enfants et les reprend quand il lui plaît, pour le couvent ou pour le Ciel. »

Seule compte l’Adorable volonté d’un Dieu qui est Père, infiniment, et suprêmement dans ce qui est crucifiant.