63. LA NATION, CRÉATION CHRÉTIENNE
L'existence nationale est un fruit spécifique de notre civilisation chrétienne, au point de convergence idéal de l'État racial juif, de la Cité grecque, et de l'Empire romain. C'est l'Église qui, par sa force spirituelle et son génie civilisateur, a engendré ce type supérieur de communauté humaine, la nation.
1. L'unité nationale ne peut donner lieu à une définition cartésienne, à une idée claire et distincte. Ce n'est ni un territoire contenu dans d'hypothétiques frontières naturelles, ni une race, ni une langue, ni une tradition commune, ni un intérêt commun. Les nations européennes sont le résultat, fortuit mais admirable, d'un lent mûrissement d'unité spirituelle et temporelle, en partie innée, en partie volontaire, spontanée et organisée, de sentiment et de raison, œuvre de nécessité mais aussi de puissance, sous l'influence de l'Église leur créant une âme commune, et sous l'autorité d'un pouvoir politique constant et heureux.
C'est dire que l'indépendance nationale ne se décrète pas, ne se revendique pas comme un droit ; elle se mérite, elle se conquiert. Sa légitimité n'est pas au commencement mais au terme d'un long effort et d'une suite de hasards heureux, ou de bénédictions divines.
2. La forme parfaite de l'État national souverain et indépendant n'est pas le seul type enviable de communauté politique. Il existe des empires et des royaumes multiraciaux, multinationaux, des fédérations ou confédérations de peuples ou d'États, comme il existe des nations émiettées en principautés, villes ou républiques, dénuées de toute institution politique commune et d'ailleurs de tout sentiment national.
La réussite incontestable des grands empires coloniaux impose de considérer aussi comme un destin politique viable l'union d'une nation civilisatrice avec des peuples colonisés, en vue d'une réciprocité de services pouvant aboutir à une profonde communion spirituelle et une inviolable communauté de destin. Nul ne peut dire, en droit ou en fait, au nom de la foi ou de la morale, quel sera l'avenir de ces unions impériales dont le lent perfectionnement suffit à établir la légitimité.
3. Le phalangiste considère, dans sa foi chrétienne, qu'il se faut accommoder du destin historique et de l'ordre politique qui sont nôtres, plutôt que de tenter de les bouleverser. Le nationalisme n'est pas une règle universelle. Il n'est pas de nécessité de salut temporel et encore moins de salut éternel, pour un peuple, d'accéder à l'indépendance politique. En revanche, rien ne condamne les nations à se renoncer pour former des ensembles politiques plus vastes ou différents.
Même si l'avenir, comme il semble probable, voit le monde partagé en nations à l'instar de l'Europe, leur mère et maîtresse, il est à souhaiter que leur nationalisme en imite aussi la sagesse, romaine, chrétienne, ou il y a fort à croire qu'elles s'entre-dévoreront et retourneront au chaos des temps barbares.


