64. LES NATIONS SONT MORTELLES
1. Oubliant qu'ils étaient nés d'un profond et puissant sentiment religieux, brisant avec les principes chrétiens qui les constituaient, les monarques, dans les temps modernes, ont rompu tout lien d'allégeance et les nations rejeté toute soumission à Dieu ; ils ont revendiqué et affirmé leur indépendance laïque. Les nations résulteraient d'un fait de nature, ou d'une volonté humaine collective, ou d'une création du droit. Les rois ne tiendraient leur autorité de personne et n'en devraient de compte à personne.
L'affaiblissement de l'influence ecclésiastique, la restauration dès le XIVe siècle d'un droit romain étatique et individualiste, le continuel effort des pouvoirs politiques pour s'émanciper de la tutelle pontificale, et la vie séculière prenant le pas sur la piété catholique, ont provoqué l'avènement du naturalisme politique, coupé des sources religieuses de la vie sociale et des vertus domestiques.
2. Ces nations, lentement formées en mille ans de Chrétienté, leurs monarchies sacrées par l'Église, se sont longtemps maintenues par tradition, puis par autorité plus que par piété, par force plus que par consentement. L'ère du « despotisme éclairé » a suivi et, depuis la Révolution de 1789, les nations européennes subsistent comme par inertie, attendant le choc qui les brisera.
Nous assistons à la disparition des dernières monarchies chrétiennes, à la dissolution du sentiment patriotique et de l'unité nationale. La décomposition des nations dont la foi chrétienne a disparu, et, avec la foi, toute vertu civique, est proche, tandis que surgissent des États nouveaux, créations de pure aventure, sans passé ni avenir.
3. L'Église qui vivait bien avant les nations qu'elle a suscitées, baptisées, formées et soutenues, n'est certes pas liée à elles. On dit parfois qu'elle peut partir ailleurs. Mais non ! Elle doit demeurer partout où elle a été fondée, où il y a des hommes à sauver, et surtout des chrétiens à garder. Elle peut survivre dans le chaos qui suivrait l'effondrement des vieilles nations chrétiennes. Mais elle n'a aucun intérêt, aucune justification, aucun droit à les laisser glisser à ce chaos !
4. L'Église peut et doit au contraire sauver les nations qu'elle a créées, du bouillonnement d'apostasie où elles se perdent. Et elle seule le peut. Nées d'une volonté chrétienne commune de vivre dans la sécurité et la perfection d'une existence politique supérieure, nos nations ne peuvent se suffire d'une autorité politique laïque, ni d'un intérêt matériel commun, ni de la force de l'habitude.
La renaissance chrétienne seule peut leur rendre la foi en leurs destinées supérieures, en leur rôle irremplaçable au sein de la Chrétienté, l'espérance de leur redressement et de leur rayonnement mondial continué, l'amour d'elles-mêmes dans l'accomplissement du dessein de Dieu, auquel n'existe aucune solution de rechange. Il faut que la France vive !


