Une communauté historique à sauver
La vérité morale s'impose au moraliste ! Il n'est pas libre de la fabriquer à son gré ! Elle se refuse fort bien, grâce à Dieu ! aux violences que certains lui font subir dans des vues partisanes. On ne lui fera pas consacrer le désordre établi ni la lutte contre l'ordre au nom d'un idéal meilleur. Elle résiste. Et cela se voit. Nos chambardeurs sacrés s'y sont cassé les dents et ils n'ont pas fini ! Qu'un moraliste reconnaisse le droit de propriété ou mieux l'ordre patrimonial ne veut donc pas dire qu'il se met au service des propriétaires ou des possédants, ni qu'il les approuve en tout ce qu'ils font. Il s'élève contre l'abus du même mouvement qu'il en défend l'institution, sans contradiction.
Un ordre institué est nécessaire, qui ne puisse être remis en question à chaque instant par la volonté individuelle, fût-ce celle de la multitude. Ainsi tranche d'abord le moraliste qui sait préserver par ce respect sacré la paix des hommes.
On voudra donc bien ne pas mépriser inconsidérément celui qui déclare à propos de l'institution coloniale qu'elle est un fait, un ordre concret qui ne se discute pas, qui ne doit à aucun prix être mis en question. Nous ajoutons aussitôt – ce qui est maintenant une prédiction post eventu – qu'en discuter au seul énoncé de désordres partiels est la plus grave atteinte possible à la morale, je veux dire au bien souverain des personnes. Discuter de l'ordre, c'est rendre la tâche impossible au moraliste, qui est de redresser, au nom de cet ordre même, les travers et les injustices des individus. C'est livrer la société aux pires agents de dissolution. C'est le mal absolu.
D'aucuns prétendront que le colonialisme est un fait brutal, qui n'est pas un ordre établi mais une pure violence sans légitimité, un désordre au sein d'un ordre plus vaste et meilleur qu'il blesse. Le papier souffre tout, même cela. Et pourtant, admise la contre-vérité historique et juridique d'un colonialisme de pur brigandage, nos protestataires ont encore toutes les peines du monde à inventer cet ordre plus vaste, ce corps d'institutions meilleures que le fait colonial gêne, que sa disparition laisserait intact et tout-puissant. Ordre économique libéral ? s'il est autre chose qu'un rêve irréalisable de technocrate, il est encore à naître. Ordre soviétique ? mais quel moraliste prendra la responsabilité de le considérer comme un ordre déjà établi, respectable et sacré ? Ordre de l'Église catholique ? Je sais que nombre d'ecclésiastiques, ici et là-bas, théologiens de France et clergé indigène, se laissent prendre à ce grand rêve : le colonialisme serait une tache sur la robe immaculée de l'Église. Qu'il disparaisse, et les institutions spirituelles de celle-ci sauveront l'ordre moral. Tentations de Jésus dans le désert... l'Église n'est pas un ordre politique, elle ne peut se passer de lui et, plus que la morale naturelle, elle s'appuie sur lui et le consacre. Le saut dans le vide, non, Jésus l'a refusé à Satan. Il serait bon que missionnaires et théologiens s'inspirent de cette sagesse et, selon l'image même, de cette retenue.
Il faudrait que cette grave affirmation s'enfonce comme un coin dans l'esprit de mon lecteur, au point de modifier ses jugements et les soumettre à ce premier principe, absolu : l'ordre établi ne se discute pas. L'institution matrimoniale ne se discute pas, quelque soit la valeur des conjoints et les charges qu'elle leur impose. Le fait même d'hésiter sur son caractère inviolable, au vu des souffrances dont il est l'occasion, ruine toute possibilité de paix familiale. Le moraliste qui y consent perd le point d'appui de toutes ses exigences. On m'objectera que la comparaison ne vaut pas, que le mariage est un sacrement chrétien et un lien de nature reconnu par tous, tandis que le système colonial est une institution humaine, facultative, produit des circonstances historiques, bref, de l'ordre de l'accidentel. Sans doute la différence est grande entre deux institutions dont l'une est directement l'expression d'une nécessité de nature, l'autre une ordonnance rationnelle consacrée par la coutume, définie par le droit positif. Mais cette différence de degré ne touche pas la question examinée ici : on ne peut diriger les personnes vers leur bien si on ne les met en présence d'un certain idéal défini, institué, transcendant et sacré, par rapport auquel toutes leurs actions doivent sagement s'ordonner. Si le moraliste laisse en discussion cet idéal, il ne peut inviter les gens à se sacrifier pour lui !...
Qu'une nouvelle portion de ce que nos moralistes ont pris honte d'appeler l'Empire devienne le théâtre d'une mise en question de l'ordre colonial, l'on constate aussitôt la conséquence fatale : les parties dénouées sont rendues à leur égoïsme brutal, les colons à leurs intérêts, les indigènes à leurs désirs de razzias ou à leurs ambitions. L'institution seule – et peut-être assez mal, peut-être aussi fort bien – les faisait vivre les uns avec les autres, les uns pour les autres. La démission de l'État, de l'Opinion et du Corps des moralistes les rend soudain étrangers les uns aux autres, ils sont, comme on a osé écrire, « condamnés à vivre ensemble » en attendant d'être condamnés à se battre jusqu'à l'épuisement. Tant que l'institution demeurait indiscutée, le moraliste pouvait les rappeler tous à ce devoir d'entraide, à cette mutuelle justice qui en est la loi profonde ; du jour où l'institution est soumise aux opinions et aux vœux des individus, devenue chancelante, elle a perdu sa force : la morale a quitté ces lieux inhabitables pour y laisser rôder le fratricide et la haine.
Nous connaissons des politiques et des moralistes sages qui ont annoncé le jour de la promulgation de la Charte de Brazzaville le retour au chaos de l'Empire français tout entier. À dater de ce jour, la pente de l'intérêt des indigènes était de chasser le blanc, se substituer à lui partout et prendre ses biens, l'intérêt des colons était de plier bagages et aller faire fortune en Amérique en jurant qu'on ne les reprendrait plus à considérer au-delà de leur intérêt bassement matériel un idéal d'entraide entre peuples. L'admirable, qui forcera l'étonnement de l'historien futur, c'est la lenteur de ce processus de dégradation. Le lien de colonisation était si profondément inscrit dans les âmes, vécu dans la vie quotidienne que, jusqu'à l'explosion de la terreur révolutionnaire et encore malgré elle, les colons demeurent fidèles à leur vocation aimée, et la meilleure part de la population indigène attachée à un ordre coutumier qu'elle ne se résigne pas à voir disparaître. Ici, le moraliste salue avec émotion cette haute fidélité qui subsiste, privée de tout appui. Il sait que la disparition de l'institution entraînera tout cela nécessairement, à moins que sa protestation obstinée soit entendue : il ne faut pas pour le bien des mortels mettre en question les institutions qui règlent toute leur vie. II ne faut pas discuter de l'institution coloniale. Le repos, la vie, la destinée spirituelle de millions d'êtres humains interdit ce caprice insensé.
À quoi bon ces réflexions anachroniques, diront certains. Le mal est fait, on ne revient pas en arrière ! Il ne reste qu'à partir sur la pointe des pieds, ce dont les peuples libérés nous sauront un certain gré, ou tenter des solutions de compromis qui sauvegardent les intérêts des européens.
Ce raisonnement est dans toutes les têtes. Il est cependant dénué de toute valeur, morale, économique ou politique. Il manifeste une totale incompréhension de ce qu'est le bien moral et sa valeur temporelle. On s'imagine que la faute commise, il ne reste qu'à la reconnaître et continuer dans la même voie ! Comme ferait un automobiliste engagé dans un sens interdit : bast ! espérons ne pas rencontrer de flic, et allons-y ! Cet homme ne réfléchit pas à la jointure étroite qui lie à la faute morale, soit un danger, soit un mal physique. L'automobiliste est en contravention avec le code et ses gendarmes, mais surtout avec la sécurité de la route et les autres conducteurs qui se fient à lui par un accord tacite. Il en va de même de la colonisation : le moraliste qui soutient envers et contre tous la valeur transcendante de ce bon ordre indique par là même que la ruine de ce système ne peut objectivement aller sans grand désordre et grand mal tout à la fois moral et matériel.
Si mon lecteur est quelque peu philosophe, il reconnaîtra dans ce débat la lutte du moraliste français contre le dualisme kantien du devoir et du bien naturel. Nos intellectuels et journalistes en sont pétris : avant la crise, ils font bon marché de l'ordre économique et politique au nom de leur grande conscience et de ses exigences catégoriques, mais le mauvais coup accompli et la morale la plus rudimentaire bafouée, ils en négligent la plainte au nom du « réalisme » et prônent les plus barbares contrefaçons de l'ordre publie. Pauvres fous ! Nous, au contraire, n'avons reconnu à la colonisation un caractère moral sacré qu'en raison de sa grande, de son irremplaçable valeur sociale et politique. Notre conscience entend cette leçon des réalités avant d'inventer des oukases extravagants. Nous sommes donc logiques en pensant qu'on ne tourne pas si facilement la page criminelle : si l'on a ruiné follement l'ordre colonial, il faut travailler à la reconstituer, vivement, puissamment, au nom de la morale, pour le bien temporel et spirituel de tous, indissociablement.
Ne nous contentons donc pas d'affirmer – un peu tard ! – que l'ordre colonial était une bonne institution digne du respect du moraliste et du service de tous les citoyens. Tenons à cet ordre, pour le sauver et le restituer dans sa plus grande perfection possible. Voyez-vous, notre civilisation a progressé et rayonné tout le temps que les moralistes ont soutenu les institutions d'ordre sans s'effrayer d'aucun désordre individuel, sinon pour le stigmatiser. Ils ont sacré les rois, assermenté les chevaliers, donné des patrons aux corporations, béni les croisés et les découvreurs de terres nouvelles. L'Église romaine en tête de ce mouvement de confiance. Mais les rois opprimaient, les chevaliers pillaient, les conquérants faisaient briller des monceaux de cadavres païens ! Les moralistes réprimandaient les hommes, ils n'en cessaient pas moins d'imposer et fortifier le respect dû aux institutions. C'est par leur audacieuse autorité que l'ordre a prévalu, s'est établi. Lentement, par cet ordre, les forces anarchiques ont été canalisées et tempérées.
À l'inverse, notre civilisation décline par la faute des moralistes. Ils sont rongés d'un mal obscur, le mépris des institutions d'ordre, le délire du « personnalisme ». Toute faute particulière leur est occasion de condamner l'institution, toute imperfection du « bon ordre » leur parait une tare essentielle, une raison de plus d'en détruire le respect dans les meilleurs esprits. Qu'un colon pressure ou qu'un Arabe tue, c'est toujours la faute de l'institution ! Mais que celle-ci décriée disparaisse, ces hommes fautifs deviendront-ils des agneaux du seul fait qu'on les aura rendus à leur instinct spontané ? Les moralistes modernes veulent être seuls à régner directement sur les âmes. Ils se croient bien forts ! Voyez-les déclarer avec passion que la colonisation n'est qu'un état transitoire, qu'il faut rendre ces peuples à leur liberté. À croire que leur morale est toute sortie des rêves de Rousseau.
Cette erreur, la plus grande hérésie des temps modernes, pour parler le langage de Michel Mourre, s'en prend à l'ordre français parce que mieux que tout autre il a su s'inscrire si profondément dans l'histoire qu'il est associé intimement à l'ordre même de la nature. En le défendant, ce n'est pas une théorie personnelle que nous défendons, c'est la vie même d'immenses sociétés que l'on frappe à mort. Cet ordre n'est pas artificiel, surajouté, factice, il adhère à la chair et à l'esprit. On ne peut l'attaquer sans être homicide, et un million de fois.
Il faut partir de ce principe : la France n'a pas le droit d'abandonner ni les colons ni les indigènes et son devoir moral le plus strict est de sauvegarder l'ordre, la justice au sein de la communauté qu'ils forment sans en discuter le principe. Ailleurs, là où les grands empires marchands n'ont jamais su qu'installer des comptoirs et gagner de l'argent, il a été possible à l'Européen de reprendre le bateau sans grande perturbation du pays indigène inchangé. Il est arrivé que des colonies se soient séparées de la mère patrie, mais pourquoi oublier que c'est la communauté toute entière européo-indigène qui a tranché ce lien ? On nous propose, chez nous, de détruire une telle communauté, de trancher non un texte législatif mais en pleine chair pour rejeter de la colonie tout ce qui est sang et esprit européen... Non, une telle division n'est plus possible, parce que le Français est colonisateur dans l'âme. Sans doute respecte-t-il la différence de race ; il n'a pas créé, comme les peuples espagnol et portugais, une nouvelle race métisse. Mais tous les liens de fraternité spirituelle et sociale, il les a créés, développés à un point que ne soupçonne même pas celui qui, tel Guy Mollet, n'a pas mis le pied sur le sol colonial. Le résultat de cette symbiose, c'est une fédération de peuples, une amitié aux bienfaits multiples que personne ne veut dénouer. Seuls l'agitateur là-bas, et de ce côté de l'eau, le pécheur de lune ont pu concevoir une telle destruction de civilisation. Eh ! bien, la morale est là pour en autoriser, et même en ordonner aux pouvoirs la juste répression.
RÉPRESSION MILITAIRE. Parfaitement. La morale a toujours fait l'apologie de la force au service de l'ordre. J'ai souri avec tristesse de voir M. Folliet, dans la « Vie Catholique illustrée », retrouver ce langage vieux comme le monde, non certes à propos de l'armée française, mais à propos des nouvelles forces de police de M. Bourguiba ! Le moraliste clairvoyant, sachant tout ce qu'on sait sur les injustices françaises et en ajouterait-on à profusion, connaissant bien les excès que peut commettre une armée luttant sous un soleil implacable centre un ennemi qui se dérobe, ce moraliste fixant le but de l'entreprise, le maintien de l'ordre, ne peut qu'encourager l'État à mener fermement la répression, aussi loin qu'il le faudra. Il sait que les peuples aspirent naturellement à l'ordre et ne se laissent guère ébranler par ces tonitruantes enquêtes de journalistes révélant que tout le monde est prêt à sacrifier la paix au goût de la Liberté. Il prônait déjà la fermeté et la répression d'une juste guerre contre le Vietminh ; il continue. L'expérience malheureuse montre qu'il se montre ainsi le véritable ami des peuples.
RÉPRESSION POLITIQUE. Le moraliste enseigne depuis des millénaires que le gouvernement est au service de la Nation, non le contraire. C'est donc un devoir moral pour les chefs d'État de n'en pas décider à leur guise, ni de permettre cet arbitraire à toute l'engeance politicienne. Nous stigmatisons donc la fausse souveraineté qui laisse à M. Mollet ou Mendès la liberté de modifiez par décret les statuts des terres lointaines. Il ne s'agit pas ici de dire si ces procédés violents sont constitutionnels ou non, mais de les reconnaître immoraux. Et dire qu'on a fait la Révolution contre le pouvoir absolu ! Nous reconnaissons le pouvoir absolu, le jugement laissé en dernier ressort au chef, mais nous condamnons comme immoraux le pouvoir arbitraire, l'immunité et l'irresponsabilité qui l'accompagnent : il y a le fait d'un ordre colonial que les hommes politiques doivent travailler à améliorer, qu'ils n'ont pas le droit de détruire d'un trait de plume. Il ne s'agit même pas – ce qu'on évite soigneusement – de consulter les gens de là-bas, car le bien commun ne dépend pas des volontés individuelles. Il s'agit de respecter l'ordre établi, intangible par qui que ce soit. Qu'on prenne exemple sur Salazar, le « dictateur » : lui sert son pays jusqu'en ses terres lointaines, et le respect qu'il en a, suffit à l'inspirer à tous ses sujets. Voilà qui est moral. Le gouvernement doit à l'Empire un semblable respect, et il doit l'imposer aux partis : qu'on discute, qu'on s'agite, mais qu'on ne touche pas à la réalité de l'ordre national, de l'ordre tout court. Je ne vois pas qu'il existe une immunité qui permette aux députés, représentants du peuple ou journalistes, d'être homicides au nom de la liberté de pensée. C'est pourtant ce qui est et qu'il nous faut travailler par souci de moralité à supprimer. La tête d'un journaliste félon n'est pas moralement plus respectable que celle d'un rappelé, ni non plus celle d'un pauvre Arabe que son verbiage tue.
RÉPRESSION IDÉOLOGIQUE. Nous touchons là un point particulièrement délicat. Depuis dix ans il existe un adversaire de plus en plus dangereux de l'ordre politique et de l'ordre moral, c'est le « prophétisme » religieux. Il n'est pas de loi civile – sauf le respect dû à la démocratie – qui n'ait reçu condamnation de quelque mystique nouvelle, dite chrétienne ou autre. On sait que, pendant plus de mille ans, l'Église a tenu sa réputation de protectrice de l'ordre moral et de la paix publique grâce aux bûchers de l'Inquisition. L'État n'ayant pas compétence dans le domaine de la foi c'était l'Église qui dépistait, jugeait et condamnait ceux qui ramenaient, au sein même de la civilisation, l'anarchie des barbares sous le prétexte fallacieux de la révélation chrétienne ou de révélations particulières. Or ce pouvoir n'existe pratiquement plus et l'idée même d'un examen rationnel et dogmatique des sentiments individuels est rejetée par l'opinion religieuse de la France contemporaine. Il est paradoxal de dire, mais tous peuvent le constater, que l'Évangile est devenu aux mains d'habiles propagandistes le meilleur auxiliaire mental de la révolution. En France lui seul pouvait à ce point dégrader le moral national, dans les colonies il conjugue son autorité avec celle du Coran. Pour moi, catholique docile, je sais qu'il s'agit là d'un Évangile mal entendu, défiguré. Mais quelle autorité peut aujourd'hui s'élever au-dessus des diverses appartenances religieuses pour en décider sans appel ? Les catholiques mêmes font copieusement sourde oreille à leur Hiérarchie !
Là encore le moraliste ne peut que recommander la lutte contre le mensonge, contre le mal, même et surtout quand il se camoufle sous des ornements sacrés. Devoir humain, nécessité naturelle, antérieurs à toute révélation, toute objection de conscience qui ne peut le contredire sans venir du Malin ! On admire, en ce domaine, la vigilance et la courageuse protestation de l'élite catholique contre cette scandaleuse presse dite de « Témoignage Chrétien » dont l'effort principal est de ruiner l'ordre français au nom de pseudo-arguments religieux ! Nul ne peut interdire à quiconque cette lutte dont dépend aussi bien l'ordre moral et sa reconnaissance par les chrétiens, que l'ordre chrétien lui-même en passe d'être transmué en anarchie sacrée. Tout montre qu'il s'agit là au contraire d'une véritable et douloureuse confession de foi, à la face de la puissance de mensonge.
Lutter pour sauver l'être même d'une communauté de civilisation, qui n'est pas à faire comme l'Europe, qui n'est pas économique comme le pool charbon-acier, ni diplomatique comme l'OTAN, ni culturelle comme l'UNESCO, mais qui est historique et mêle toutes les démarches et toutes les créations de la vie dans une synthèse riche que l'institution politique protège. Tel est notre devoir moral. C'est un devoir militaire pour tant de jeunes amis, et il mérite d'être accompli jusqu'à la mort. C'est un devoir civique pour nous tous, citoyens d'un pays où notre avis doit être entendu. C'est un devoir moral et religieux aussi, le sort du christianisme dépend de cette fidélité aux lois fondamentales de la civilisation chrétienne. Seul le moraliste habitué à peser les âmes peut entrevoir le crime contre l'homme que constitue l' « anticolonialisme ».
Abbé Georges de Nantes
L'Ordre français n° 6, octobre-novembre 1956

La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle