La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 117 – Mai 2012

Rédaction : Frère Bruno Bonnet‑Eymard


 « De par le Roy du Ciel. »

Les mystères glorieux de notre Rosaire se résument la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts, monté aux Cieux où il siège à la droite de Dieu son Père, pour paître les nations avec « une verge de fer », nous dit le Psaume 2. Il nous faut relire et méditer les cinquante points de notre politique, révisés par frère Pierre selon la volonté et l’enseignement de notre bienheureux Père. C’est la seule manière de célébrer dignement le sixième centenaire de sainte Jeanne d’Arc, puisque « le phalangiste a pour unique pensée de reconnaître sur lui et sur les siens l’empire souverain et tout aimable de Jésus et Marie, et de leur plaire en tout service » (Point 51).

Tel est précisément le message de Jeanne.

Le phalangiste « veut pour cela vivre en charité, justice et paix avec son prochain, sans que nulle idéologie, nulle envie, nulle cupidité ne l’entraîne dans des oppositions, des conflits contraires à l’idéal des béatitudes évangéliques » : « Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre » (Mt 5, 4), c’est-à-dire le Ciel, unique but de nos travaux, comme l’ont établi nos cinquante premiers points.

« MON ROYAUME N’EST PAS DE CE MONDE. »

Cette parole du Seigneur à Pilate « laisse la science politique aux savants et l’art politique aux gouvernants. C’est la fureur de se mêler de politique, de s’y prétendre tous et chacun compétents et responsables, qui est chose moderne, anormale et funeste. Le disciple de Jésus est, en politique comme en religion, soumis aux autorités, selon la maxime : “ Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. ” »

Cependant, ce n’est pas indifférence aux « malheurs qu’attire sur elle une société mal gouvernée ». C’est même cette “ angoisse de la patrie ” qui a conduit notre Père à s’occuper de politique, « par charité pour le prochain que ces maux accablent et risquent de perdre » (ibid.).

La politique de l’abbé de Nantes est tirée de l’Écriture sainte et de l’expérience d’une civilisation chrétienne « héritée de l’Évangile, conservée de siècle en siècle, enrichie des multiples apports des traditions des peuples, mais peut-être élevée à son plus haut degré de perfection par “ la doulce France ”. » (Point 52)

Il n’a cessé d’analyser, à cette lumière, l’actualité de la deuxième moitié du vingtième siècle, à partir de la révolution de 1944, et d’expliquer les difficultés et les erreurs dont celle-ci fut la cause. Les 150 Points de la Phalange énoncent les réfutations efficaces et les solutions véritables dont le peuple chrétien a besoin pour retourner en Chrétienté, dans la concorde fraternelle promise par Notre-Dame à Fatima : « À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix. »

FRÈRE UNIVERSEL

« Le phalangiste considère la fraternité humaine universelle comme une possibilité, un droit, une espérance, et par suite un devoir.

« 1. La fraternité universelle est fondée sur l’unité de l’espèce humaine, qui témoigne de la commune origine de tous les hommes, selon les données certaines de la philosophie et les hypothèses scientifiques les plus probables, unité antérieure à toute inégalité de race et de civilisation, comme à toute diversité de langues et de mœurs. Le genre humain forme une famille, provenant selon la Révélation divine, en accord avec la raison philosophique et la plus grande probabilité anthropologique, d’un couple unique. C’est pourquoi Dieu, qui en est à proprement parler le Créateur, peut être dit analogiquement, ou métaphoriquement, le Père de tous les hommes, donnant par sa volonté providentielle à leur fraternité naturelle un caractère sacré, une valeur morale de vérité, de bonté et de beauté idéales.

 « 2. Cependant, cette fraternité a été refusée, violée, détruite par les refus et les crimes des hommes, conséquences funestes du péché originel, leur première révolte contre Dieu leur Père. Cette fraternité ne cesse pas pour autant d’être un devoir naturel, elle subsiste dans toute son étendue et toute sa vérité, même si son observance paraît héroïque dans notre monde cassé et même souvent impossible sans un secours d’En-Haut.

« 3. Mais si les autres hommes y renoncent pour accommoder leurs religions, leurs philosophies et leurs lois à leurs passions et à leurs mœurs fratricides, les chrétiens proclament que Jésus-Christ par sa Croix a détruit toutes les barrières de l’orgueil, de l’égoïsme et de la haine, réconciliant tous les hommes avec Dieu, qui se révèle en lui et par lui véritablement leur Père, et ainsi les réconciliant entre eux, absolument tous, en vertu de leur commune adoption de fils de Dieu.

« Ainsi la fraternité humaine universelle, admirablement constituée par le Créateur et fondée sur l’unité de nature et la communauté de grâce et de justice originelles, restaurée de manière plus admirable encore par le Christ, est déjà acquise en droit à tous les hommes, en attendant d’être vécue en fait par eux dans l’Église moyennant la foi.

« 4. Il s’ensuit que, avec l’Église, le phalangiste ne peut que stigmatiser et condamner toute idéologie et tout système politique qui prônent le racisme et autre forme d’élitisme philosophique, religieux ou moral, et qui, de l’inégalité des individus et des peuples ou des races, concluent à une différence de nature, de fin ultime et de loi morale, les surhommes étant appelés au savoir, au pouvoir et à l’avoir, les races inférieures, les sous-hommes, étant vouées à l’esclavage et à l’anéantissement. Tel fut le nazisme, essentiellement antichrétien, avec son germanisme outrancier et son antisémitisme frénétique, son inepte racisme à prétentions scientifiques et sa morale nietzschéenne. Tel est toujours le communisme marxiste-léniniste-stalinien, la plus effroyable barbarie totalitaire de tous les temps, qui transpose le racisme biologique en lutte des classes, où la dialectique historique fait de la suppression des gêneurs la condition du bonheur futur de l’humanité.

« Au contraire, le phalangiste se fera, selon la parole et l’exemple du Père de Foucauld, « le frère universel ». Sa politique n’est pas un domaine séparé de sa foi. Elle n’est bienfaisante pour ses frères que dans la mesure où elle est heureusement concertée avec la mission de l’Église qui est d’accomplir l’œuvre de la Rédemption en réalisant cette fraternité universelle pour laquelle le Christ est mort. Il renoue ainsi avec l’idéal de la Chrétienté qui seul provoqua un progrès réel de l’humanité, comme l’atteste notre histoire. » (Point 53)

AUGUSTINISME POLITIQUE

« Jusqu’au concile Vatican II, l’Église n’a cessé de prêcher aux peuples la soumission aux autorités dont la légitimité vient de Dieu, même si elles sont païennes, injustes ou cruelles. C’est cette si étonnante loyauté des chrétiens envers les pouvoirs qui leur a valu, souvent après bien des persécutions, estime, respect et enfin liberté. Dans la même mesure où les rois commençaient de reconnaître l’Église, celle-ci leur apporta son concours éclairé, formant avec eux une alliance de plus en plus étroite et féconde. Elle les aidait dans leur rôle humain d’ordre et de paix, et ils coopéraient avec elle au règne du Christ, à la défense de la foi et au salut des âmes.

« Mais quant au statut et aux limites des États, quant aux régimes politiques et aux choix majeurs de la vie temporelle, l’Église s’est laissé guider par les circonstances, dans un empirisme empreint de confiance surnaturelle au Christ, maître du monde et de l’histoire humaine.

« 1. L’Église primitive, d’abord centrée sur Jérusalem puis bientôt sur Rome, s’est dégagée des conceptions théocratiques, racistes et impérialistes du judaïsme ancien, pour se constituer en société spirituelle, universelle, sans projet politique, au sein de l’Empire romain dont elle reconnaissait l’autorité sans pourtant en accepter l’idolâtrie. La chute de Jérusalem puis la chute de la Rome païenne, annoncées par les Écritures, la délivreront de toute tutelle politico-religieuse. Elle se répandra dans le monde au-dessus de toute race et de tout État.

« 2. Pendant des siècles, toutefois, par la force de l’habitude, l’Église conservera l’idée d’un Empire universel chrétien dont l’empereur serait la réplique temporelle du pontife romain catholique. Mille ans de déceptions seront nécessaires pour que l’Église comprenne de son Seigneur, par la leçon des événements, qu’il lui fallait renoncer à l’utopie d’un Saint Empire romain hégémonique, trop dangereux pour sa liberté et la liberté des peuples, qu’elle devait subsister seule universelle dans le concert des empires, nations, peuples et villes de la Chrétienté.

« 3. Ainsi s’établit pour l’avenir la distinction claire des deux pouvoirs, spirituel et temporel, tous deux souverains, de l’Église et de l’État, celui-ci pourtant établi par Dieu serviteur de celle-là, recevant d’elle, en revanche, la reconnaissance de sa légitimité, l’aide spirituelle et morale qui lui est nécessaire, afin de coopérer au bien naturel et surnaturel de leurs communs sujets. Tels furent jusqu’à nos jours “ l’augustinisme politique ” et sa “ théorie des deux glaives ”. » (Point 54)

NATIONALISME CATHOLIQUE

« C’est la Chrétienté qui a fait les nations, et d’abord les nations européennes, en assagissant les rois, en moralisant les peuples.

« 1. Pendant les siècles de l’effondrement de l’Empire romain et des invasions barbares, la religion du Christ se répandit partout, elle était à tous, aux Latins comme aux Barbares, sans considération de leur appartenance ethnique ou politique. Des rois, des chefs de guerre conquirent des pays, échangèrent des peuples, avancèrent et refluèrent dans un va-et-vient auquel l’Église n’était pas mêlée. Toutefois, elle maintenait avec la foi et la discipline chrétiennes tous les trésors de pensée, d’ordre et de civilisation que les peuples de l’Empire avaient hérités de la Rome décadente.

« 2. Très tôt cependant l’Église reconnut l’autorité de fait des rois barbares et consentit aux partages des terres d’empire qu’ils avaient envahies, en autant de royaumes plus nominaux que réels, sans cesse changeant de main et de fortune. C’est pourtant de ces royaumes, à force d’intelligence et de patience, que l’Église saura faire des communautés humaines stables, organisées sur le modèle romain, qui deviendront lentement des nations ayant, comble de perfection, une foi, une loi, un roi, rendues capables dans leur unité, de siècle en siècle plus formée et plus affirmée, de se maintenir et de prospérer à travers les pires ébranlements.

« L’existence nationale est donc un fruit spécifique de notre civilisation chrétienne, au point de convergence idéal de l’État racial juif, de la Cité grecque, et de l’Empire romain. C’est l’Église qui, par sa force spirituelle et son génie civilisateur, a engendré ce type supérieur de communauté humaine, la nation.

« L’unité nationale ne peut donc donner lieu à une définition cartésienne, à une idée claire et distincte. Ce n’est pas seulement un territoire contenu dans d’éventuelles frontières naturelles, ni une race, ni une langue ; ce n’est pas seulement une tradition commune, ni un intérêt commun. Les nations européennes sont le résultat, l’œuvre admirable de la Providence, d’une lente formation de l’unité spirituelle et temporelle, en partie innée, en partie volontaire, spontanée et organisée, de sentiment et de raison, œuvre de nécessité mais aussi de puissance, sous l’influence de l’Église leur créant une âme commune, et sous l’autorité d’un pouvoir politique constant et heureux.

« 3. La Chrétienté, qui était d’abord une civilisation sans autre support que l’Église, seule restée debout dans les ruines de l’Empire, s’est transformée, par un lent mûrissement politique, en un concert des nations chrétiennes, chef-d’œuvre rare, incomparable, de l’Église dans le champ du temporel. D’une multitude de peuples barbares, déferlant sans arrêt sur l’Europe, sans cesse brassés et bousculés, sous la contrainte de chefs encore féroces et païens, l’Église saura faire une mosaïque d’États acquis à l’idée de leur coexistence pacifique, du respect des traités, et de leur union chrétienne contre toute barbarie extérieure menaçante.

« Un immense progrès politique s’est accompli ainsi sous l’égide de l’Église romaine. Le monde barbare s’est stabilisé, civilisé, romanisé, christianisé. Des royaumes connurent l’ordre et la paix intérieurs ; ils modérèrent leurs querelles à l’appel de l’Église et commencèrent à ressentir l’unité du monde chrétien face aux périls extérieurs. Ainsi se dégagea de l’œuvre patiente des évêques gallo-romains “ passant aux barbares ”, plus exactement, convertissant et civilisant les barbares, une politique chrétienne admirablement réaliste, cohérente et féconde. » (Point 55)

UNE FOI

« Avant la Révolution, dans notre France chrétienne, les hommes vivaient sous la loi de Dieu, la loi naturelle, ou mieux le décalogue, et mieux encore la loi du Christ. Leur fraternité ne s’y trouvait pas définie horizontalement par des maîtres penseurs, ni fondée sur la dignité et les droits de l’homme par un État totalitaire ; elle naissait spontanément de leur filiation divine et de sa double loi, d’amour de Dieu, père de tous, et d’amour du prochain, “ frère universel ”. Il en résultait un certain ordre social et certains régimes traditionnels, où la justice et la paix n’étaient pas un idéal collectif proclamé dans l’abstrait et réalisé par une contrainte étatique, mais les effets heureux des efforts vertueux de chacun dans l’observation de la loi divine, soutenus par la prédication et les sacrements de l’Église.

« 1. Le fondement de l’ordre y était donc l’obéissance religieuse à Dieu où chaque personne trouvait à la fois son devoir, sa perfection quotidienne et le commencement de son bonheur éternel, parce qu’une telle obéissance est, en vertu d’une disposition merveilleuse de la sagesse divine, la meilleure participation possible de chacun au bien commun universel. Le rôle de chaque fils de Dieu dans la communauté humaine se concevait dans l’ordre du bien divin, de la perfection personnelle, de l’amour, donc de la liberté pleine et entière sous la loi de Dieu qui culmine dans la charité. Les rapports humains ne se comprenaient pas en termes de droits opposés aux devoirs, et encore moins de dignité contre toute aliénation.

« L’inégalité naturelle y était protectrice, la réciprocité des engagements et des services y était bienfaisante. Les situations privilégiées et les fonctions hiérarchiques y étaient reconnues comme de droit naturel ou positif, comme parfaitement légitimes et, dans leur ensemble, favorables au bien de la communauté.

« 2. Le ressort héroïque de pareille société était dans l’appel du Christ, spontanément entendu par les meilleurs à le suivre en disciples et à porter avec lui leur croix quotidienne. L’acceptation d’une vie renoncée pour le salut du monde et en vue de la gloire à venir, demeurait, à l’opposé de tout humanisme froid et de toute exaltation forcée de la solidarité raciale, nationale ou mondiale, le secret de la justice et de la paix humaines.

« Les pacifiques et les doux selon l’Évangile acceptaient sans rébellion, sans revendications, sans plaintes, la part qui leur était faite, et même toute pauvreté, injustice, oppression ou violence, sachant que tout tourne au bien de ceux que Dieu aime. Mais c’est ainsi qu’ils se faisaient les meilleurs serviteurs de leurs frères ! Ils laissaient aux autorités légitimes le soin de régler l’ordre et la justice en ce monde, et à Dieu de parfaire toute justice et tout ordre dans la vie éternelle. » (Point 56)

UN ROI

« Avant la Révolution de 1789, la puissance politique se tenait à mi-chemin entre Dieu et le père de famille, comme dans l’Ancien Testament déjà cette figure d’ombre et de lumière, le roi théocratique, devenue, depuis l’Évangile, cette figure humaine investie d’une auréole sacrée, le Roi très chrétien. De la même manière qu’il existe dans l’Église un Pape, vicaire du Christ et pasteur du troupeau, il existait au temporel une autorité vouée à gouverner le peuple selon la volonté et par la volonté de Dieu. Ce que nous disons du “ Roi très chrétien ”, doit s’entendre en fait de toute autorité temporelle qui s’affirmait de droit divin et exigeait d’être reconnue comme telle. Car dans l’ancienne Chrétienté, sans aucun souci d’uniformité idéologique, la plus grande diversité de régimes politiques existait : empire, royaume, principautés, villes libres, républiques...

« 1. Le Roi, et tout particulièrement le roi de France de par son sacre, entretenait un rapport mystérieux avec Dieu qui lui donnait une autorité souveraine sur son peuple au temporel comme le Pape et les évêques l’ont reçue au spirituel. Tous donc le considéraient comme un homme investi par Dieu du pouvoir de décider en toute chose politique et de régler les devoirs et les droits de chacun pour le bon ordre général. Même désagréables ou injustes, ses décisions devaient être acceptées et suivies comme l’expression d’une volonté plus haute, ou tout au moins d’une permission de Dieu. Seuls seraient nuls des lois ou des commandements contraires à ceux de Dieu et de l’Église.

« 2. Le Roi entretenait un rapport naturel constant avec le bien commun politique, c’est-à-dire l’ordre, la paix, la prospérité de la communauté dans son ensemble à l’abri de ses frontières. En cela il avait quelque affinité mystérieuse avec la providence divine, en haut, comme, en bas, avec l’autorité de tout père de famille. Cette relation du père à sa famille, du chef à ses sujets, lui donnait un sens naturel, un instinct, un souci du bien de tous, du bien commun, antérieur au bien individuel, et distinct de la somme des biens particuliers. C’est la base de tout ordre politique. Or cette autorité, inscrite dans la nature, était reconnue providentielle. Car cette habitude du roi, du chef, du père de famille, d’être l’homme de tous, ne résultait pas d’une volonté passagère, elle n’était pas encore une vertu morale, elle résultait de leur situation, de leur état. C’était un fait de nature, heureux.

« Ainsi, le roi d’Ancien Régime chrétien ne se donnait pas pour mission de rechercher le plus haut degré du bien-être, de la richesse, de la culture de ses sujets, ce qui l’aurait conduit au totalitarisme, ni leur vertu et leur salut éternel, ce qui l’aurait versé dans le cléricalisme théocratique. Il se savait l’organe spécifique du bien commun temporel, souverain dans son domaine, en vertu d’une légitimité divine, et donc souverain politique chrétien.

« 3. L’autorité royale française est devenue dynastique, par la sagesse de nos Capétiens, comme était, en vertu des promesses messianiques, celle des rois de Juda. La raison en était profondément surnaturelle : elle s’enracinait dans la foi au mystère de la génération divine dont toute génération humaine est l’image et la ressemblance. Comme le Père donne tout à son Fils unique, dans la vie trinitaire, en l’unité d’un même Esprit, ainsi le roi au premier-né de la France. “ Le roi ne meurt pas. ” La famille royale dure comme la Vie divine et elle assure à toute famille du royaume une semblable légitimité, la même stabilité d’une autorité paternelle et dynastique. » (Point 57)

UNE LOI

« Avant la Révolution, le peuple vaquait à ses dévotions, à ses affaires, à ses amours, à son travail, à ses loisirs dans une étonnante liberté. Étonnante pour les citoyens de nos sociétés dites démocratiques, pour lesquels la règle commune est la servitude, la contrainte militaire, fiscale, administrative, laïque, socialiste, centraliste... Par un anachronisme qui n’est pas innocent, on imagine l’Ancien Régime chrétien comme un double totalitarisme, clérical et royal. Il n’y a rien de plus contraire à la réalité qui, en regard de notre vie réglementée de mille manières sous prétexte d’égalité démocratique, nous paraîtrait même scandaleusement anarchique !

« 1. La loi qui gouvernait l’existence individuelle, c’était la liberté. Elle résultait de la vocation spécifique et de la modération traditionnelle des autorités religieuses et politiques chrétiennes. Certes les papes et les évêques, les rois et les princes ont commis dans l’histoire bien des actes arbitraires, des injustices, des violences. Mais à la différence du totalitarisme révolutionnaire, ces abus de pouvoir et de situation n’ont jamais trouvé de justification dans aucune théorie absolutiste. Ce furent des injustices, ce ne fut jamais la règle.

« 2. Dans le cadre de la loi divine nécessaire au salut et des lois civiles nécessaires au bien commun temporel, chacun trouvait à se mouvoir et à vivre selon les mille et une occupations et sollicitations de son intérêt privé. Ainsi se constituait, s’organisait et se ramifiait à l’extrême une société d’hommes libres, dans leurs familles, leurs communes, leurs corporations et confréries dont la règle essentielle, exempte de toute hypocrisie, était la recherche de leur intérêt propre.

« Les deux systèmes hiérarchiques qui les gouvernaient de haut, de loin, n’intervenaient que rarement pour un petit nombre d’obligations absolument essentielles et, pour le reste de la vie, laissaient faire, arbitraient les conflits, incitaient au bien et au meilleur service.

« 3. Cela n’avait rien de commun avec “ l’anarchie plus un ” que certains proposent comme remède au totalitarisme démocratique moderne : une “ anarchie ” contrôlée par un pouvoir libéral ou par une monarchie débonnaire. C’était le profond et absolu respect porté à Dieu et à l’Église, c’était l’inviolable fidélité au Roi et à son service, qui fournissaient des cadres assez sûrs, un esprit d’ordre et de grandeur assez fort, pour qu’au reste la vie fût toute de liberté civile et de spontanéité morale. D’où résultaient, malgré les mille souffrances ordinaires et singulières de la vie, cette joie dont témoignent les historiens, cette douceur de vivre que nous avons perdues aujourd’hui. » (Point 58)

Dieu veuille nous les rendre par la grâce du Cœur Immaculé de Marie que nous implorons.

LES ŒUVRES DE L’ANTICHRIST

« Partout où se fait l’œuvre de Dieu, Satan survient pour la combattre et tenter de l’anéantir. L’œuvre de civilisation et de concorde internationale conduite par l’Église a rencontré, au cours de sa longue histoire, quatre grands obstacles, d’importance croissante.

« 1. Le premier obstacle fut Le Grand Schisme d’Orient (1054) qui lui ferma longtemps la Méditerranée et l’accès de l’Asie et de l’Afrique. L’expansion de l’islam survenant, en conséquence et châtiment de nos divisions et trahisons chrétiennes, le Proche-Orient demeure un verrou fermé à notre civilisation et une poudrière. Ah, si les Croisés avaient réussi ! S’ils avaient rencontré à Byzance l’amitié au lieu de la perfidie, le secours au lieu de la trahison !

« 2. Le protestantisme (1517), plus gravement encore, a dressé des nations chrétiennes en rivales et en ennemies irréductibles des nations catholiques, et d’autant plus mortellement que les États protestants conjuguèrent leurs efforts, au dix-huitième siècle, avec ceux de la judéo-maçonnerie, ennemie absolue de la Chrétienté.

« Des guerres européennes sont nées de cette déchirure, toujours suscitées contre Rome et contre les nations catholiques, pour aboutir à l’édification d’une “ communauté européenne ”, émancipée de la loi du Christ, censée apporter la paix et la prospérité !

Finie la Croisade. Nous n’avons plus ni la capacité, ni même la volonté, de dresser une défense commune contre la menace des barbares.

« 3. La Révolution française (1789) a porté le troisième coup à l’œuvre de paix séculaire de l’Église, en livrant les nations catholiques elles-mêmes à leur ennemie mortelle, l’alliance judéo- maçonnique universelle, par le truchement de gouvernements “ démocratiques ”, destructeurs de l’ordre traditionnel.

« 4. Enfin, la révolution du concile Vatican II (1965), en prétendant réconcilier l’Église avec ce monde ennemi, l’a réduite à jouer un rôle d’animatrice spirituelle de la démocratie universelle, ennemie des États encore ouvertement catholiques. À ce prix, elle se flatte d’être reconnue par les instances nationales et internationales, mais ses interventions moralisatrices n’ont d’efficacité que consentie par les puissances qui les contrôlent, c’est-à-dire dans la mesure où elles contribuent à détruire les derniers bastions de la Chrétienté.

« C’est donc la révolution qu’il faut combattre, sous toutes ses formes. » (Point 59)

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

« 1. Les origines de notre système politique contemporain sont rationalistes et maçonniques. Elles remontent à la guerre d’Indépendance américaine mais surtout à la Révolution française, c’est-à-dire à l’arrachement de la France à l’Église et à sa monarchie, et sa remise à un État républicain, laïque et libertaire.

« Au dix-huitième siècle, les “ philosophes des Lumières ” et les “ sociétés de pensée ” travaillèrent à émanciper le peuple de l’Église à laquelle il était profondément attaché. Mais ils se heurtaient à l’obstacle formidable de la monarchie très chrétienne qui leur fit barrage en interdisant la franc-maçonnerie, en 1740. Renonçant à la gagner et à la dominer, ils se jurèrent de la renverser ; Dieu et le roi ont partie liée. Avec l’aide de l’étranger, de l’Anglais ennemi, un complot antichrétien, antifrançais, s’organisa pour exacerber les mécontentements, susciter des troubles dans le royaume, soudoyer des agitateurs à Paris, déclencher enfin la Révolution, le 14 juillet 1789.

« Le but fut atteint le jour où la Convention prononça la déchéance du roi Louis XVI, ordonna l’ouverture de son procès et enfin le conduisit à la guillotine. Ce martyre, voulu par les loges en haine de la foi, décrété au nom du peuple français, brisa l’alliance millénaire de la nation avec son roi, et, plus haut que lui, avec “ Jésus-Christ, qui est vrai Roi de France ”, selon sainte Jeanne d’Arc. C’était le 21 janvier 1793, et le crime moral en sera renouvelé le 29 juillet 1830, lorsque Charles X, le dernier de nos rois sacrés à Reims, fut contraint d’abdiquer.

« 2. Tous les pères de famille, tous les patrons, furent ce jour-là guillotinés en effigie, car le roi était leur vivante image et le garant de leur autorité naturelle. Dieu est détrôné avec le roi. La déesse Raison est adorée siégeant sur l’autel de la cathédrale de Paris ; elle représente l’homme qui se fait dieu comme déjà il s’est fait roi. La République proclame la souveraineté du peuple et l’instaure dans le sang de la famille royale, des prêtres, des nobles et d’innombrables gens du peuple, bons catholiques ou simples mécontents. Déjà, quelles hécatombes au nom de la Liberté ! La Terreur, qui présage les horreurs des États totalitaires modernes, a commencé l’année de la mort du roi.

« 3. Tel est le mythe fondateur de la République française et de toutes les républiques maçonniques qui dans le monde, la devançant ou la suivant, en adoptent les principes : sorti de l’esclavage des prêtres et des nobles, du Pape et des rois, enfin le peuple décide de se gouverner lui-même. » (Point 60)

L’ENFER SUR TERRE.

Tous les régimes politiques issus de la Révolution s’accordent pour la destruction de l’ordre ancien, chrétien, et la construction d’un ordre nouveau, humain, diabolique. C’est l’enfer sur la terre !

Il nous faut constater que toutes les grandes révolutions qui ont suivi celle de 1789 et les propos incendiaires de Félicité de Lamennais, prêtre apostat, puis les révolutions marxistes, sont une caricature intégrale de la rédemption chrétienne en trois actes : chute, rédemption, salut. « Ce drame en trois étapes est d’une telle puissance, il éclaire d’une si forte lumière l’intelligence et réchauffe tant le cœur, que tous les grands mouvements religieux et toutes les philosophies du monde lui ont emprunté leurs lignes générales. Ils n’ont eu de force en vérité sur les peuples de l’univers que dans la mesure où ils ont adopté et suivi de près ces vérités éternelles. »

« La révolution moderne est “ satanique dans son essence » (Joseph de Maistre). »

« C’est pourquoi l’humanisme athée, d’Orient et d’Occident, raciste ou bolchevique, dictatorial ou démocratique, est persécuteur, nihiliste et esclavagiste. Persécuteur, car toute seigneurie du Christ doit être abolie et la Chrétienté anéantie. Nihiliste, parce que tous les pouvoirs légitimes et les lois séculaires de la civilisation ancienne sont voués à la même destruction. Esclavagiste enfin, parce que toute différence, toute indépendance doivent être rabotées et disparaître.

« Le phalangiste ne peut avoir que la haine de la Révolution moderne, même dans les formes les plus communément acceptées aujourd’hui du capitalo- socialisme. Il sera réputé contre-révolutionnaire. Et de fait il le sera, soit passivement s’il subit la violence, les prisons, l’esclavage et le martyre, ou tout simplement la persécution quotidienne de la pression sociale, soit activement s’il se bat pour sa légitime défense et plus encore celle de ses frères.

« Pour le phalangiste qui est catholique d’abord, mais qui appartient aussi à une nation catholique, sans que jamais ces deux fidélités puissent s’entre-déchirer dans son cœur, la cause est entendue. Il pourra se soumettre à ces Républiques maçonniques. S’y rallier, y adhérer, y participer, jamais ! Depuis leur instauration, si on excepte de rares moments comme, en France, le temps de la Restauration et celui de l’État français du maréchal Pétain, s’opposent pour lui son pays réel auquel il est passionnément attaché, et la République, pays légal qui en est le chancre dévorant, auquel il ne peut accorder qu’une soumission extérieure et maugréante, due à toute autorité de fait et même à un pouvoir foncièrement athée, persécuteur et corrupteur. » (Point 61)

L’UTOPIE D’UNE SOLIDARITÉ UNIVERSELLE

« Si l’Église, fidèle au commandement de la charité fraternelle, ne peut que réprouver toutes les idéologies de la haine et du mépris, cela ne signifie pas qu’elle peut approuver toutes les idéologies ou systèmes politiques prônant la paix universelle ou le mondialisme.

« Avant le Christ, des philosophies, d’ailleurs panthéistes, avaient déjà prétendu considérer le monde comme un tout, l’humanité comme un corps solidaire et fraternel ; mais sans le moindre commencement de réalisation pratique, elles renforçaient l’orgueil des sages et le despotisme des princes. Au temps de la Chrétienté, des visionnaires, d’ailleurs hérétiques, ont annoncé l’imminence d’un nouvel ordre mondial de fraternité universelle, qui devait naître de la révolution spirituelle et sociale qu’ils prêchaient. Dans nos temps “ postchrétiens ”, la religion de l’humanité solidaire et fraternelle est devenue l’une des idéologies dominantes du monde moderne.

« 1. Nos contemporains prétendent édifier un nouvel ordre mondial sur le seul fondement de la nature universelle, un ordre politique de liberté, d’égalité et de fraternité. Mieux, infiniment mieux que la Chrétienté, hors de la foi chrétienne, ce monde nouveau sera l’œuvre de la raison et de la bonté de l’homme. Ce sera la démocratie universelle.

« 2. Récusant le passé, s’établissant dans l’avenir absolu, cette philanthropie sans frontières refuse tout à la fois le péché et la grâce, les misères physiques et morales de l’humanité d’hier comme les religions et les contraintes sociales qui cherchaient à y remédier. Tout cela est nié, dépassé. Dans l’avenir il n’y aura plus ni Dieu ni démon, ni péché originel ni rédemption, mais l’ordre humain naturel, scientifiquement défini, rigoureusement établi, impeccable, parfait. Alors régneront entre tous les hommes sans distinction une égalité totale, une liberté illimitée mais orientée vers le bien de tous, et donc une pleine fraternité.

« 3. Même si la religion est tolérée dans la sphère privée, et l’Église admise à animer spirituellement cette démocratie universelle, il n’empêche que Dieu, tel que révélé par Jésus-Christ et enseigné par le magistère infaillible de l’Église romaine, est exclu de ce projet. Bien plus, on le présente comme le néfaste créateur du mal par sa loi qui en l’interdisant le fait connaître aux hommes, l’injuste instituteur d’inégalités, de contraintes, de discriminations par sa prédestination, sa grâce, son salut. Le Christ et toute sa pensée, toute son œuvre, sont détestés et combattus, à cause de la condamnation qu’ils portent contre tout essai nouveau de construction d’une tour de Babel. Il faut que soit anéanti et oublié le christianisme pour qu’un tel humanisme réussisse ! L’Homme lui-même, l’homme concret, individuel, donné et non construit dans l’abstrait, lui aussi est exclu, mutilé et sacrifié à la nécessité de l’ordre total et universel. Avec lui, la vie spontanée des sociétés civilisées traditionnelles, dans leur aimable diversité de mœurs et de lois, sera sacrifiée au totalitarisme des Grands Principes et au monstre froid de l’État mondial. » (Point 62)

LES TROIS INVENTIONS DE SATAN

LES DROITS DE L’HOMME.

La révolution prétend établir, sur les ruines de la Chrétienté, l’égalité entre tous les hommes, leur donner la liberté, et instaurer la fraternité comme le ressort héroïque de la société nouvelle. En fait, le dessein secret des puissances financières et idéologiques qui mènent le monde, est de réduire les peuples à une sujétion totale, implacable, par le biais des Droits de l’homme.

« 1. Selon cette théorie, universellement répandue aujourd’hui, l’homme se voit reconnu le droit de se gouverner et de participer au gouvernement du monde par ses propres lois. L’autorité à tous ses degrés n’est que la représentation de la liberté individuelle, les gouvernements ne sont que les mandataires du peuple souverain, seul législateur ; l’État n’est, ne veut, ne peut que ce que le peuple veut.

« La Révolution instaure la démocratie, le régime politique et social où le droit de chacun est porté à son plus haut degré de puissance. Elle proclame, honore et défend les droits de tout homme à qui elle n’impose aucun devoir que son sentiment de la solidarité humaine ne lui fasse vouloir avec enthousiasme. Ainsi l’homme y est comme Dieu, souverain, maître de lui-même et du monde. C’est l’humanisme apparent de la Révolution moderne, qui met l’homme à la place de Dieu.

« 2. En réalité, la Révolution moderne livre les pauvres hommes et les peuples désarmés au totalitarisme sans limites d’une race, d’une classe, d’un parti que Dostoïevski appelait d’un nom prémonitoire, “ les Possédés ”, plus exactement “ les Diaboliques ”. C’est son antihumanisme réel. En effet, la théorie de la Révolution est nécessaire et universelle ; elle ne souffre ni exception ni retard ni ménagement. Le pouvoir doit déclarer les Droits de l’homme dans l’absolu et veiller à ce que rien ne s’y oppose. Ainsi le pouvoir s’en trouve-t-il armé d’une formidable puissance et d’un rôle universel d’intervention constante dans la vie publique et privée, pour tout soumettre, actions, intérêts, convictions, à l’idéologie destructrice de l’ordre chrétien.

« Une énorme machine répressive est mise en place sur les ruines des inégalités, des libertés, de l’ordre ancien : un appareil administratif, policier, carcéral au service de la classe de ceux qui détiennent le pouvoir ou qui savent s’en servir à leurs fins.

« Le phalangiste a la Révolution moderne en horreur, parce qu’elle conduit l’humanité soit aux abattoirs de l’univers concentrationnaire, soit à la misère de peuples déracinés, désenchantés, désespérés. On songe à la vision de la petite Jacinthe de Fatima : “ Ne vois-tu pas tant de routes, de chemins et de champs pleins de gens qui pleurent de faim et n’ont rien à manger ? ” (Point 63)

LE DROIT DES PEUPLES.

« 1. Le péché originel des rois de droit divin se prévalant de leur autorité comme d’un droit laïc, souverain, contre l’Église, et l’orgueil des nations chrétiennes secouant le joug du Christ-Roi, ont excité à leur tour des ambitieux sans science ni conscience, des peuples sans passé et sans vertu, à revendiquer les mêmes droits et à les conquérir par la violence. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, au nom de la Liberté, a été parfois invoqué pour libérer d’antiques nations de l’oppression injuste de puissances étrangères, mais cela n’a été que la couverture d’une insurrection générale des “ peuples ” contre leurs autorités légitimes, contre le cadre traditionnel de leur existence politique dans le concert des nations et le respect des traités internationaux.

« 2. Le phalangiste, résistant à l’entraînement révolutionnaire, conteste la légitimité d’un tel droit des peuples à s’affranchir de toute tutelle pour accéder à l’indépendance nationale, comme si celle-ci constituait un bien nécessaire et primordial, pour la dignité de chaque peuple, pour ses valeurs, son progrès humain, voire même le salut éternel de ses membres ! Au contraire, l’histoire nous présente des exemples d’empires et de royaumes multiraciaux, multiculturels, des fédérations ou confédérations de peuples ou d’États, comme il existe des communautés historiques émiettées en principautés, villes ou républiques dénuées de toute institution politique commune et d’ailleurs de tout sentiment national.

« Même s’il paraît justifié en quelques cas d’oppression évidente, ce principe ne doit jamais être invoqué ni accepté parce qu’il est intrinsèquement pervers, inhumain et antichrist. Il revendique comme un droit absolu, hors de toute grâce, de tout effort et de tout mérite, de toutes garanties politiques, sans besoin de bénédiction d’Église ni de reconnaissance internationale, ce qui doit être, en vérité, le fruit longuement et valeureusement préparé, mérité, demandé et attendu, enfin obtenu, de l’effort chrétien et humain de tout un peuple.

« 3. De fait, ce principe révolutionnaire a mis à feu et à sang l’Europe du dix-neuvième siècle et le monde colonisé au vingtième siècle. Les guerres qu’il engendre sont massives, interminables, inexpiables ; elles tournent au génocide, des tyrannies effroyables en résultent. Car ce droit prétendu, création de pure raison, suppose une impossible définition a priori de ce qu’est un peuple. Revendiqué arbitrairement par des hommes et des partis qui font de leur “ peuple ” opprimé une totalité homogène et exclusive, ce droit à l’autodétermination nécessite une traque et une extermination des minorités, une exaltation hystérique du droit à la différence, et bientôt, pour ce peuple, une prétention impérialiste à conquérir à l’extérieur tout ce qui par quelque côté semble devoir lui revenir. Existence menaçante et menacée, cette souveraineté nationale née de la Révolution est la caricature folle, et dangereuse, de nos vieilles nations historiques. Combien elles ont perdu de leur paisible légitimité et force, à refuser de se soumettre aux volontés du Sacré-Cœur et de se proclamer chrétiennes !

« 4. Aujourd’hui, ce principe est invoqué pour affaiblir ou détruire des États reconnus internationalement, mais dont l’existence gêne la libre exploitation des richesses naturelles ou la défense des intérêts stratégiques des grandes puissances. Il sert aussi aux organisations internationales comme menace permanente pour soumettre les gouvernements à leurs diktats, sous peine de voir encouragées puis reconnues les revendications régionalistes et séparatistes. » (Point 64)

L’INTERNATIONALE.

« Satan avance par bonds contradictoires, mais le jeu qu’il mène est d’une effroyable logique. Après avoir poussé les peuples à secouer le joug des nations et empires séculaires, au nom du droit sacré à l’autonomie hors de laquelle il n’y aurait ni bonheur ni salut pour personne, le voilà qui les convainc de renoncer à leur souveraineté pour remettre leur sort à de gigantesques organisations mondiales et pour se fondre dans de grands ensembles internationaux hors desquels on les persuade qu’ils ne peuvent survivre !

« 1. Le phalangiste dénonce dans ces théories successives et contradictoires les étapes cohérentes de la Révolution conduite par des puissances occultes en vue de leur domination mondiale. Le principe fondamental de la franc-maçonnerie en livre la clef : Solve et Coagula. Par les soulèvements des peuples contre leurs institutions séculaires et contre les traités internationaux, ce sont les puissantes autorités légitimes, les nations chrétiennes et leur concert qui sont visés et renversés. Solve : dissous les liens fondés sur la nature et la grâce, qui retiennent hors de tes prises les peuples que tu convoites. Puis, par les abandons de souveraineté suggérés à ces peuples nouvellement libérés du despotisme, au nom de la solidarité humaine et de l’organisation mondiale de la paix, toute la puissance, toute la richesse, toute la réalité du monde tombera au pouvoir de ceux qui préparaient de longue main cet asservissement. Coagula : de cette poussière d’individus et de peuples, orphelins de leur Dieu et de leurs rois, alors tu te rendras maître et tu en feras une tour consacrée à celui par qui tu règnes enfin sur le monde : Satan !

« 2. Le phalangiste, instruit de cette incohérence apparente mais de sa logique profonde, comme des fins recherchées, combattra ce plan diabolique à sa racine : le nationalisme révolutionnaire et son complément inavoué, l’internationalisme maçonnique, dont le mondialisme est le dernier avatar. Et pour cela il soutiendra, défendra de toutes ses énergies de catholique, avec le secours de la grâce et de la sagesse traditionnelle de l’Église romaine, l’ordre établi, reflet d’un droit divin, œuvre d’une justice et d’une paix séculaires, état de fait et de possession tranquille des nations et des empires, tel que le garantissent les traités et accords internationaux qui définissent la paix.

« À toute idéologie prétendument religieuse, morale, juridique ou scientifique, le phalangiste opposera le bien de la paix réelle, fruit de droits historiques, de services rendus, de sauvegarde assurée contre des dangers encourus par la communauté des nations, paix de concertation bénie, arbitrée et garantie par le Vicaire du Christ, Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » (Point 65).

frère Bruno de Jésus-Marie.