Le Chrétien parjure a remis l'Algérie au Musulman assassin,
avec la complicité de l'Église de France
« QU'AS-TU FAIT DE TON FRÈRE ? » (Gn 4, 10)
Le 1er juillet, en la fête du Précieux Sang de Notre-Seigneur, le Chrétien parjure a remis l’Algérie au Musulman assassin. Cette monstrueuse livraison est le fruit d’une étroite collaboration, savante de ruse et pleine de violence, du Pouvoir avec l’Ennemi dans la crucifixion de toute une communauté historique de nom français et d’âme chrétienne. C’est un fait sans précédent dans l’histoire de notre pays. Mais il était également inouï de voir pour atteindre un tel but une véritable coalition de la police et du clergé, de l’administration et de la presse, du gouvernement et de la magistrature, en bref d’une tyrannie de trahison avec les libres pouvoirs spirituels. Car ils demeurent libres, ces pouvoirs, et ce qui arrive, ils l’ont voulu, accepté et ils s’en félicitent maintenant : grâce à eux, l’État a pu amener méthodiquement à l’abîme une magnifique province française, au désespoir des millions d’innocents qui avaient cru aux serments du roumi, au malheur absolu des chrétiens nos frères, aussi dignes d’intérêt que nous.
Cette Algérie tranquille de 1954, ces bonnes gens qui vivaient dans une entente remarquable à l’ombre du drapeau français, et jouissaient des biens de la civilisation chrétienne, se sont vu contester leurs droits, réprimander, oublier, abandonner par les plus hautes instances spirituelles, au même moment où le Pouvoir les trahissait, l’Armée les abandonnait, la gendarmerie les désarmait. Ne leur restait plus qu’à mourir sous le couteau fellagha, ou connaître pour cause de rébellion les tortures et les camps de concentration de la police française. Deux noms personnifient à jamais, et ceux qui les portent s’en font gloire, en sont loués, cet effroyable retournement d’une Église et d’un État contre leurs propres enfants : ceux de Charles de Gaulle et de Léon-Étienne Duval, archevêque d’Alger. Ce qui paraît grand-pitié au royaume de France et à l’Église romaine est pour eux une victoire. Leurs laudateurs précisent d’ailleurs que cette victoire est belle parce qu’elle n’est pas celle des soldats de l’aln [Armée de libération nationale] contre notre armée, mais de la France sur elle-même, en particulier d’une « élite chrétienne » animée d’une authentique charité évangélique sur la masse des catholiques rétrogrades et Français égoïstes dénommés « pieds-noirs ». Le gpra [Gouvernement provisoire de la république algérienne] a d’ailleurs reconnu publiquement que seules ces « élites chrétiennes » les avaient sincèrement aidés depuis le commencement et nous tenons de source indiscutable qu’ils ont exprimé le vœu de voir l’archevêque d’Alger promu cardinal [ce qui adviendra, sous Paul VI, le 22 février 1965], en témoignage de leur haute estime et de leur satisfaction.
Tout cela divise profondément le clergé et les fidèles. Sans doute n’est-il pas question de l’essence même de la foi et nous avons donc toute liberté d’en débattre, ne représentant d’ailleurs que nous-même. Il ne s’agit pas toutefois de stricte politique où la division des esprits serait somme toute peu profonde. Il s’agit de ce fait qu’en présence d’une même suite d’événements, fort graves, on ne peut plus graves, les catholiques français se partagent en deux camps tellement opposés qu’ils deviennent étrangers – et ennemis – les uns aux autres. Le camp des « nationaux » trouvait normale et bienfaisante une Algérie française à dominante chrétienne que l’autre camp travaillait à détruire, en accord avec les forces de la révolution mondiale, en pleine terreur, pour sauver les « droits de la Personne humaine » et le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Et ce même camp « progressiste » trouve maintenant normal que les chrétiens et les musulmans amis tombent sous la coupe d’un pouvoir arabe fanatique et raciste, ce que les premiers trouvent affreux. Les uns pleurent tout le jour, tandis que les autres tiennent la victoire de leurs idées et sont satisfaits. Bien sûr, il y a de la casse, ils le reconnaissent, mais ils ont demandé l’omelette et la trouvent bonne.
Avant de juger et de prévoir où nous mène cette division, tâchons de l’analyser et de voir d’où elle vient. Personne ne peut s’offusquer de nous voir mener cette étude dans le seul désir d’atteindre la vérité. Nous exerçons là un droit simple de réflexion et de critique. Il y a encore de la liberté dans l’Église !
Tous reconnaissent qu’il s’est produit dans l’Église de France il y a trente ans environ une subversion, une mue profonde tant de la doctrine que de la discipline dont bien peu d’esprits ont alors compris l’étendue et mesuré les conséquences. Le dogme et la morale certes demeuraient immuables, mais une révolution s’opérait dans les domaines plus pratiques de l’apostolat et de la vie sociale. Des théories nouvelles se développaient professées par un personnel clérical et laïc nouveau, qui, mises en œuvre, devaient donner à notre vieille Église une vie, une liberté, une séduction conquérantes. Il fallait délier la foi, disait-on, des fidèles qui la pratiquaient et Dieu, des croyants. Trop de « blocages » politico ou socio-religieux avaient donné à l’Église une allure de ghetto. On affirmerait en toute occasion que le christianisme n’était pas enfermé dans l’Église ni la charité limitée au monde des baptisés. Il était urgent de dissocier l’Idéal chrétien, très pur, des chrétiens concrets et de leurs scandaleux alliages des fidélités charnelles et spirituelles. D’abord répudier le patriotisme cocardier des masses, dénoncer le mythe de la civilisation latine et chrétienne, enfin se libérer de tout ce climat « de droite », démolir toutes ces barrières vétustes accumulées par des années de conflits surannés, pour rejoindre l’ennemi d’hier et l’aimer librement comme un frère.
C’était précisément contre cette dissociation séduisante, ambitieuse, du concret et de l’abstrait, de la société catholique et de l’Idéologie chrétienne, de l’Église romaine et de l’Évangile, que le saint pape Pie X s’était dressé. Entre les deux guerres, une lutte sourde, dont quelques éclats cependant retentirent jusqu’aux foules inattentives, se poursuivit entre les tenants des deux écoles. Une équipe réformiste montait, à mesure des épurations, accédait aux postes-clés, aumôneries d’a. c., présidences de syndicats, bureaux de presse, en attendant de parvenir aux sièges épiscopaux. La révolution gagnait les esprits et les cœurs, elle ne tarderait pas à se traduire dans les faits. Quand elle serait assez forte, cette « avant-garde », cette « élite chrétienne » émancipée des fidélités traditionnelles saurait avec force mettre en accusation des chrétiens, dissocier la foi de la cause catholique, reconnaître en plein combat comme véritables frères et authentiques témoins de l’Évangile ceux mêmes qui s’en déclarent ouvertement les ennemis.
La guerre d’Espagne, celle d’Éthiopie, en donnèrent de premières occasions à ceux qu’on appela tout de suite les « rouges-chrétiens ». D’avoir pris passionnément parti pour les déterreurs de religieuses et tortionnaires de prêtres leur valut une suspicion qui freina leur progression. Mais avec un peu de lucidité on pouvait deviner cependant que cette petite secte réprouvée serait à la prochaine occasion favorable maîtresse en France. On dira un jour pourquoi l’autorité ecclésiastique ne pouvait rien lui refuser, et pourquoi séminaires et mouvements d’Action catholique lui étaient exclusivement ouverts. Tandis que le peuple chrétien, un peu désarçonné, continuait à croire que l’Église était la Cité de Jésus-Christ et la France la fille aînée de l’Église, la grande nation civilisatrice et missionnaire, une autre vision était devenue de règle dans la jeune Église de France : le monde des pratiquants, véritablement irrespirable, était un repaire de faux chrétiens où l’on utilisait la foi pour le triomphe de convictions politiques rétrogrades ou d’intérêts patronaux ; l’Évangile devait se trouver à l’état pur en dehors, au-delà de cette masse inerte des « bien-pensants », chez les autres... chez les révolutionnaires !
Dès lors, l’histoire de l’Église de France et de la Révolution mondiale est une. Elle développe implacablement son mouvement et, concertante, détermine le « sens de l’Histoire ». La Libération de 1944 en constitue la première grande victoire. Notre 1er juillet 1962 en est la seconde. La troisième est devant nous maintenant. Ce sera la démocratie populaire au pouvoir, la persécution de « l’Église contre-révolutionnaire » et l’institution d’une Église schismatique à Paris. Or rien de cela n’aurait été et ne serait demain possible si, au mépris de tout droit, de toute justice, de toute vérité, des chrétiens n’avaient pris le parti des ennemis de Dieu contre leurs frères.
C’est dire où est la voie du salut.
Abbé Georges de Nantes
Lettre à mes amis n° 112, 1er juillet 1962

La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle