La foi catholique n'est pas un rêve

« Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains. Et il s'étonna de leur manque de foi. » (Mc 6, 5-6)

RésurrectionLa foi, nous l’avons vu dimanche dernier, c’est vraiment la vertu qui fait “craquer” le cœur du Christ, et lui fait faire, ex opere operato pour ainsi dire, le miracle sauveur. Nos anciens avaient la foi et Dieu multipliait les miracles en leur faveur. Aujourd’hui, la foi se perd. Alors, nous qui sommes de pauvres gens, simples fidèles, prêtres ou religieux, pourquoi avons-nous encore la foi ? Pourquoi avons-nous pour l'instant, grâce à Dieu, résisté à ce flot impétueux de l’apostasie ? Comment expliquer la dérive, la désorientation de ces masses d'hommes et de leurs chefs intellectuels et religieux ; pourquoi, comment en sont-ils venus à abandonner la foi de leurs Pères ?

Il me semble que c’est à cause d’une hérésie majeure que saint Pie X a condamnée sous le nom de modernisme. C'est une théorie philosophique et théologique qui est difficile, complexe. Pour vous la faire comprendre, je vous dirai tout simplement que les modernistes sont des savants, des théologiens, des rédacteurs de catéchismes qui ne croient pas à la réalité objective, à la pleine vérité historique des événements ou des personnages fondateurs de notre religion. Pour eux ce sont des mythes inventés par les hommes pour donner une consistance, de l’épaisseur aux états intimes de leur conscience.

Pour nous catholiques, Adam et Ève sont des individus aussi personnels, aussi riches en humanité que n'importe lesquels d'entre nous ; ils ont vécu il y a très longtemps. De même pour Abraham, et Moïse tout pareillement. Le passage de la mer Rouge est un événement aussi réel et scientifiquement attesté que la guerre du Péloponnèse ou bien que la conquête de la Gaule par César.

Et puis on en arrive à Notre Seigneur, à la Sainte Vierge, à saint Joseph, à saint Jean-Baptiste. Le précurseur est un être humain qui a existé, on sait à quelles dates, on sait exactement quel était son caractère, ce qu'il a dit, son enseignement, la manière dont il a été accepté ou refusé. Et puis pour JÉSUS, c’est pareil... (…)

Et donc, nous catholiques, avec les saints de tous les temps nous affirmons et proclamons « le parfait accord de la foi, de la raison et de la chaîne des faits historiques qui relient le passé et le présent : tout indique et tout prouve par exemple qu’il n’y a qu’une seule réalité de Jésus-Christ, homme de notre histoire ayant dit et prouvé par prophéties et miracles de manière surabondante, qu’Il était et qu’il est le Fils de Dieu sauveur. » (cf. Point 10 des 150 Points de la Phalange)

Pour les modernistes par exemple, Jésus a bien existé. Le « Jésus de l’histoire », comme ils disent, fut un homme certes extraordinaire, mais qui n’a évidemment pas pu faire tous les miracles qu’on lui attribue. Ces miracles furent l’invention de la communauté primitive, une manière pour elle d’évoquer son expérience intime du divin au contact de l’homme Jésus.

Saint Pie X a parfaitement démasqué l’hypocrisie de cette hérésie qui nie finalement la divinité du Christ ou la réalité objective des interventions de Dieu dans l’histoire, comme celle de la Vierge Marie à Lourdes ou Fatima par exemple. Cette hérésie est subtile, bien faite pour tromper, car les modernistes feignent de conserver toute la foi chrétienne, son vocabulaire, sa piété même, mais tout cela n’a plus de fondement objectif, et est rejeté par eux dans le domaine de l’irréel, de l’irrationnel, autant dire dans le néant. (…)

Pour tout ce qui est du domaine des faits religieux : Que Jésus-Christ ait marché sur les eaux, multiplié les pains, etc. que Jésus de Nazareth soit ressuscité, qu’il se soit fait toucher par ses apôtres, qu’il ait mangé avec eux, et qu’il soit finalement monté aux Cieux quarante jours plus tard, tout cela, nous, le “populo catholique”, nous y croyons dur comme fer. Mais pour les modernistes, ce sont des mythes, des inventions humaines, des « images pour dire que », etc. C’est en toutes lettres dans les catéchismes, alors, étonnez-vous que les enfants perdent la foi ?

Ces gens qui ne sont pas tellement sûrs que Moïse ait existé, ni JÉSUS-CHRIST lui-même, aiment pourtant la religion, mais celle-ci n’est plus qu’une poésie, un charme de la vie, un esthétisme, un vernis mondain. Ce n’est plus la vérité absolue. Vous comprenez bien alors que pour lutter contre ses passions, mener une vie d'efforts afin d'aller au ciel, on ne peut pas s’appuyer sur ces chimères. C’est bien pourquoi d’ailleurs ils doutent aussi du Ciel et sont certains qu'il n'y a personne en enfer…

Les gens atteints de cette maladie du modernisme sont dès lors accessibles à n'importe quelle grande erreur qui passe. Il n'y a pas de doute que le progressisme a fait des ravages chez les modernistes. Dans les difficultés de l'existence, dans les injustices qu'on peut rencontrer, dans les malheurs qui peuvent nous frapper, qu'est-ce que vous voulez que fassent l'odeur de l'encens, la beauté d'un chant d'orgue dans une église ! La religion esthétique ou purement cérébrale des modernistes, cela ne nourrit pas son homme ! Cela ne vous console pas le jour où vous avez perdu votre fille ou bien le jour où vous avez envie de trahir votre femme ! Ce ne sont pas les beautés de la liturgie ni les arcanes de l’herméneutique qui vont vous empêcher de suivre vos passions !

Passe alors un grand mouvement, et le moderniste lassé de l’incertitude de son esprit, aux prises avec les désordres des sens, s'embarque dans le progressisme chrétien : il va changer la société. À sa religion moderniste qui était fade, irréelle, succède tout d'un coup une idéologie, un parti, quelque chose d'efficace qui va remuer le monde. Il s'y accroche, s'y engage totalement, ce n'est plus le même homme : il est traversé par un enthousiasme, il a enfin trouvé quelque chose de réel. Pour nous il a trahi le réel pour le rêve. Lui pense qu’il n’a trahi que la religion de son enfance, ensemble de fables très jolies, très puériles, pour quelque chose d'adulte, de véritable et qui va transformer le monde.

Mais quand il s’aperçoit que cette lutte purement terrestre n’aboutit à rien, qu’elle le dessèche encore davantage, notre homme, mi-moderniste, mi-progressiste va s’ouvrir au charismatisme, et là, il va découvrir la vraie vie. Combien de braves chrétiens à la foi vacillante se sont fait happer par cette désorientation d’origine protestante ?

— « Mais vous étiez catholique ? Mais vous communiiez ? »

— « Oui, mais ce n'était rien pour moi »

— « Ah bon ! mais vous disiez votre chapelet ? »

— « Oui, par routine, ce n'était rien pour moi. »

Et on s'aperçoit que toute leur religion traditionnelle n'était rien pour eux. Ces évêques, ces cardinaux qui ont fait le Concile Vatican II, ils disaient leur messe, faisaient des saluts du Saint Sacrement, même pieusement, ils faisaient leur chemin de croix, mais ce n’était qu'un exercice superficiel, un sentiment passager qu'ils excitaient quand les choses allaient bien. Ce n'était pas la réalité absolue, dramatique du salut des âmes pour laquelle on abandonne toute chose.

Il y a donc entre nous et eux une contradiction totale. Nous avons dit nos trois chapelets aujourd'hui, qu'est-ce que cela a de nouveau, de passionnant, d'esthétique ? Eh bien nous croyons vraiment que la Sainte Vierge, cette mère de Jésus, qui habitait à Nazareth, est montée dans les cieux, qu'elle est vivante, qu'elle a un corps, une âme, un cœur qui bat, des yeux qui nous regardent, des oreilles qui nous écoutent lorsque nous disons notre chapelet. C’est la Mère de Dieu en personne et notre mère à tous, Elle est là haut toute puissante dans le ciel, elle nous écoute lorsque nous la prions pour nos enfants malades ou pour toute autre intention… Notre chapelet, il est souverainement réel, consolant, c’est un cœur à cœur… Alors bien sûr que nous resterons attachés à cette religion jusqu'à la fin, sans jamais dire : « Oh ! mais le chapelet, c'est vieux jeu ! Il vaudrait mieux prier en langue ou faire je ne sais quoi… »

Si nous croyons la vérité de JÉSUS-CHRIST présent dans l'Hostie, nous n'avons pas besoin de danser en nous distribuant du pain ni de chanter : « Shalom shabbat ! Shalom shabbat ! » etc. Pour nous, c'est ridicule ça ! Tandis que tout à l'heure recevoir la bénédiction du Saint Sacrement, avoir reçu JÉSUS dans nos cœurs ce matin, c'est Dieu fait homme qui est descendu dans mon cœur ; c'est sublime ! Alors cela s'entoure de respect, il faut que je sois à genoux, que l'on fasse brûler de l'encens pour adorer le Seigneur le plus dignement possible. Ce n'est pas pour la saveur de nos narines, ni pour la beauté des fleurs et des lumières, c'est pour Lui, pour Lui montrer que nous croyons que cette hostie consacrée, c’est bien lui le Fils de Dieu !

Telle est la vérité immortelle de notre religion, c'est pourquoi on quitte tout pour elle. Que voulez-vous trouver de mieux ?

Voilà mes chers frères, ce qu'est le modernisme et comment cette erreur a tout empoisonné dans l’Église. J’aurais pu vous l'expliquer d'une manière très savante, mais ceux qui veulent en savoir plus n'ont qu'à lire l'Encyclique Pascendi de saint Pie X. Il avait bien vu que : « Le modernisme conduit à l’anéantissement de toute religion. Le premier pas fut fait par le protestantisme, le second est fait par le modernisme, le prochain précipitera dans l’athéisme. »

Méfiez-vous donc des humanistes qui ont l'air d'être catholiques, ils sont ouverts à toutes les idées modernes et ne résistent à aucun vent de la mode qu’elle soit progressiste ou charismatique. Méfiez-vous d'eux et dites-vous : le vers est dans le fruit, le doute est au centre de cette âme. Il récite tout son « Je crois en Dieu », mais il n'y croit pas comme moi. Il y croit au sens vulgaire du mot croire, c'est son opinion, c'est une chose qui flatte son esprit, son imagination, son cœur, voilà. Mais il n'y croit pas comme moi, il ne dit pas : « C'est absolument vrai, réel, en toutes ses parties ». Pour nous, c’est ce qu’il y a de plus réel, de plus important dans l'histoire du monde. Pour nous la religion, c’est Dieu le Père créateur de l’univers visible et invisible, c’est JÉSUS son fils unique mourant sur la croix, mais ressuscitant trois jours après et montant ensuite aux Cieux ; lors de son Assomption la Vierge Marie l’y rejoint. C’est la femme de l’Apocalypse qui se bat contre le démon. Elle est du Ciel, mais elle sait aussi en redescendre pour nous venir en aide au temps de la grande apostasie - telle est la raison d’être des grandes apparitions mariales de la rue du Bac (1830) à Fatima (1917).

Être catholique aujourd'hui, c'est donc croire que tous ces événements historiques sont porteurs du dessein et de la grâce de Dieu pour le salut de l'humanité tout entière. Tel est la foi, l’espérance et la charité qu’il faut prêcher à ceux qui ne croient pas et qui n’espèrent ni n’aiment plus. Quant à nous qui sommes honorés du baptême, de la confirmation et des autres sacrements, réjouissons-nous, durant cette courte vie, du bonheur d’être les amis de Dieu et promis à la vie éternelle.

                                                                                        Ainsi soit-il !

Abbé Georges de Nantes
Extraits du sermon de clôture de la retraite Être catholique aujourd'hui, 29 juin 1986,  Josselin
(En audio : A 36)