
| Rédaction : Maison Sainte-Thérèse | N° 168 – Mai 2009 |
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LA BATAILLE DES PLAINES D'ABRAHAM
Le projet de reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham, à l’occasion de son 250e anniversaire, le 13 septembre prochain, vient de susciter une vive polémique dans toutes les tribunes médiatiques. Tout ce que le Québec compte d’indépendantistes a fait chorus avec la Société St-Jean-Baptiste pour exiger « que le gouvernement fédéral abandonne son projet de célébrer dans la capitale nationale du Québec, sur les plaines d’Abraham, le 250e anniversaire d’une bataille fatale pour la Nouvelle-France et du début de la domination anglaise. »
Cette polémique n’est en réalité qu’une nouvelle manifestation du vieil antagonisme entre les historiens de “ l’école de Québec ” et ceux de “ l’école de Montréal ”.
La Commission des champs de bataille nationaux, en particulier son président, André Juneau, a opté sans complexe pour “ l’école de Québec ”. Pour eux, la défaite française sur les plaines d’Abraham ne peut être cause de honte ou de dépit puisqu’elle nous a ouvert les portes du progrès par le don qui s’ensuivit des institutions démocratiques et du capitalisme moderne, sans effusion de sang. À leurs yeux, il est donc légitime de fêter l’événement et d’y ajouter même une finale originale : les deux généraux ennemis, Montcalm et Wolfe, morts sur le champ de bataille, se relevant pour se serrer la main ! De quoi faire un beau spectacle, attirant à Québec la manne financière des touristes tout en confortant le sentiment fédéraliste des Québécois.
C’était oublier les fermes convictions anglophobes et nationalistes de beaucoup d’entre eux, puisées chez les historiens néo-nationalistes de “ l’école de Montréal ”, ces successeurs de l’abbé Groulx, mais qui travaillèrent dans un tout autre esprit que le sien. Pour eux, la défaite des plaines d’Abraham est l’événement marquant de notre histoire : c’est la fin brutale de la Nouvelle-France, le début de la domination anglaise, et donc de notre oppression.
Leurs arguments puissants, fondés sur l’étude très documentée des événements mêmes qui ont conduit à la défaite française, renvoient au néant les a priori “ idéolo-giques ” de “ l’école de Québec ”.
Cependant, leurs conclusions ne sont pas pour autant exemptes de tout reproche : eux aussi ont péché par a priori “ idéologique ”, à dire vrai par esprit anticatholique.
Reprenons donc cette question que nous avons étudiée en détail dans notre Histoire sainte du Canada, publiée dans La Renaissance catholique au Canada,durant l’année 1991, afin de mieux cerner la vérité historique et aboutir à une conclusion véritablement nationaliste.
UNE NOUVELLE-FRANCE VICTORIEUSE
À l’origine de cette guerre de Sept ans qui allait opposer l’Angleterre et la France en Amérique du Nord, se trouve une volonté délibérée de George Washington, maître-maçon à 21 ans, et de grands propriétaires de Virginie. Les autres colonies anglaises d’Amérique n’avaient pas encore de visée expansionniste malgré l’augmentation importante de leur population. Leur lutte sanglante contre les autochtones, les guerres meurtrières et coûteuses contre la Nouvelle-France où la mère patrie les avait déjà entraînées, leur faisaient aspirer alors à une vie paisible à l’abri de la frontière naturelle de la chaîne des Appalaches. La bourgeoisie virginienne, elle, voyait plus loin ! Certes, ses principes très antipapistes – la Virginie sera le berceau de la Déclaration des Droits de l’Homme ! – lui rendaient insupportable l’expansion de la Nouvelle-France catholique vers l’Ouest. Mais des intérêts plus mercantiles animaient aussi les futurs fondateurs des États-Unis : être les premiers à s’emparer des terres de la vallée de l’Ohio, pour réaliser de substantiels bénéfices le jour où l’expansion démographique contraindrait les Britanniques américains à franchir les Appalaches. Dès 1748, ils intriguèrent donc à Londres pour arriver à leurs fins.
Cependant, les gouverneurs de Québec n’avaient pas attendu cette date pour prévoir et endiguer cette expansion vers l’Ouest des possessions anglaises. Ils ont encouragé, parfois même à l’encontre des ordres reçus du ministre des colonies, la conquête de l’Ouest par les missionnaires jésuites et des explorateurs, et ils firent leur possible pour y installer des garnisons militaires aux endroits stratégiques.
Le but était certes d’assurer la sécurité de l’approvisionnement en fourrures, principale ressource de la colonie, mais tout autant d’encercler les treize colonies anglaises. Dans cette formation d’un véritable empire, le génie colonisateur français se révéla d’autant plus que nos moyens financiers et militaires étaient dérisoires par rapport à l’immensité du territoire à couvrir.
« La colonisation à la Française, en conformité avec la théologie catholique traitant du salut des païens et poursuivant l’œuvre évangélisatrice de l’Église, ne pouvait que se concilier les nations indiennes. Cette grande faveur de la France auprès des Indiens fit contrepoids à l’hostilité anglaise pour assurer la pérennité de notre établissement au Canada. »
Nos gouverneurs et intendants mirent sur pied également un système de milice particulièrement remarquable et efficace. « Chaque paroisse enrôle sa compagnie, rassemblant tous les hommes de dix-huit à soixante ans. Ainsi le pays lèvera 6 977 miliciens en 1727, 11 687 en 1750. La moitié cependant sera réellement disponible dans la nécessité où se trouve la Province de ne pas entraver gravement la production agricole et artisanale qui assure existence et prospérité. Entraînées aux méthodes de la “ guerre à l’indienne ”, ces milices se sont révélées redoutables et ont permis les succès de Frontenac et de Vaudreuil. Le plus grand héroïsme ne les effrayait pas. Ne les a-t-on pas vues, en plein hiver, progresser en raquettes sur quatre pieds de neige pour aller surprendre les postes anglais de la Baie d’Hudson ou ceux de la région de Boston et d’Albany ? »
L’efficacité de cette défense mise en place par les Français explique la réticence du gouvernement anglais à se lancer dans une nouvelle guerre contre la colonie. Il a fallu la détermination et la ruse de Washington et de ses Virginiens, pour l’entraîner en 1755 dans l’aventure…
Une aventure qui faillit d’abord très mal tourner pour les “ habits rouges ” ; ce sont des évènements qu’il nous faut rappeler, puisque “ l’école de Montréal ”, si elle ne les tait pas, n’en tire cependant aucune conclusion. Relisons cette belle page de notre Histoire sainte :
« À peine a-t-il débarqué sur le rivage américain, que le général anglais, Braddock, met en œuvre le plan d’invasion du Canada, selon les ordres du cabinet britannique. Il va nous attaquer sur trois points de la frontière. En Acadie, où les habits rouges, dès juin, s’emparent aisément des forts de Gaspéreau et Beauséjour. Sur le lac Champlain, tentant de frapper au cœur même de notre Province. Sur l’Ohio, où Braddock va prendre lui-même la tête des opérations.
« Commandant une colonne de 2 000 hommes tirant avec elle de l’artillerie lourde, il s’avance contre le fort Duquesne qu’il se flatte présomptueusement de saisir, au point qu’il date déjà son courrier de la place française.
« Fort Duquesne envoie à sa rencontre une petite troupe de 70 soldats du Roi, assistés de 146 miliciens et de 637 Indiens. Le contact des deux armées se fait près de la rivière Monongahéla, le 9 juillet 1755. Nos soldats ouvrent le feu, par rangs de quinze. Les Anglais mettent en batterie leur artillerie qui semble devoir nous écraser sous son feu, quand une contre-attaque des Indiens dissimulés dans la forêt va aider au retournement inexplicable de cette situation difficile. La longue colonne anglaise immobilisée ne peut manœuvrer, et Braddock se dépense vainement pour ranimer le courage des siens. La panique s’empare des Anglais, que les Indiens taillent en pièces de leurs terribles armes tranchantes. On comptera 420 morts anglais contre 23 dans nos rangs. Braddock lui-même est terrassé après avoir vu tuer cinq chevaux sous lui. La saisie d’importants documents dans les dépouilles de l’ennemi, notamment toutes ses directives générales et ses plans d’attaque, achève une victoire qu’un fort butin vient enrichir de surcroît. La stupéfaction qui saisit nos adversaires au soir de leur défaite nous est rapportée par l’un d’eux. En effet, Washington écrit le 2 août suivant : “ Nous avons été battus, honteusement battus par une poignée de Français qui ne songeaient qu’à inquiéter notre route. Quelques instants avant l’action, nous croyions nos forces presque égales à toutes celles du Canada ; et cependant, contre toute probabilité, nous avons été complètement défaits, et nous avons tout perdu. ”
« On voit bien ici s’illustrer la force de la France colonisatrice : cette efficacité impressionnante née de l’union harmonieuse des troupes royales, des milices et des corps indigènes. Mais ce qui nous rend plus chère encore cette victoire, c’est ce trait que l’on va dire maintenant et que même nos historiens modernes ne peuvent omettre, tel Frégault : les soldats anglais attestèrent avoir vu “ une dame au-dessus des Français, et que les balles se perdaient dans les plis de son manteau ”. De leur côté, les combattants français avouèrent n’avoir pu s’expliquer que leurs ennemis braquent trop haut leurs armes, tirant ainsi au-dessus d’eux !
« On le voit, c’est l’Histoire sainte de la Nouvelle-France qui se déroule sous nos yeux pour encore quelques années. »
Le 24 août 1756, les troupes françaises s’emparent du fort de Chouaguen sur les bords du lac Ontario, principale place forte anglaise de la région, avec ses 1780 soldats. Le butin est considérable, et toute l’organisation ennemie est disloquée. Une nouvelle fois, Vaudreuil vient de donner une année de répit à la colonie.
En 1757, 11 000 soldats anglais sont rassemblés à Halifax dans le but de prendre la forteresse de Louisbourg qui garde l’embouchure du Saint-Laurent, pour ensuite remonter jusqu’à Québec. Vaudreuil tente alors un nouveau coup d’audace et décide d’attaquer par surprise fort William-Henry, qui verrouille l’accès à New-York. L’opération réussit, le fort et ses 2 200 hommes sont pris ! Paniqués, les Anglais décident l’abandon de toute offensive pour réorganiser leur défense. Le génie militaire de Vaudreuil compensant la faiblesse de nos effectifs par l’intelligence de nos actions nous valait de demeurer maîtres du sort des armes. Une année de sûreté nous était encore accordée. Mais combien de temps cela durerait-il ?
Car la situation de la Nouvelle-France n’en était pas moins précaire. Deux années successives de mauvaises récoltes ont rendu la vie quotidienne d’autant plus difficile que la population doit nourrir en plus les 6000 soldats venus de France. De leurs côtés, les Anglais ont la maîtrise de l’océan, et ils se préparent à envoyer 23 000 hommes en renfort, auxquels va s’ajouter la levée de 21 000 miliciens, payés au prix fort par le trésor anglais.
En 1758, ils réussissent à s’emparer de la vallée de l’Ohio, et surtout de Louisbourg, mais trop tard pour attaquer Québec, d’autant plus que Montcalm, le 8 juillet, remporte la victoire de Carillon. Lui-même la qualifiera de “ miraculeuse ”, puisque 3 500 Français ont réussi à mettre en déroute 15 300 Anglo-américains !
VERS LA DÉFAITE
L’année 1759 sera donc décisive. Tout dépendra de la stratégie militaire, mais aussi du moral de la population. Or, celui-ci est sapé d’abord par l’attitude de l’intendant Bigot qui multiplie concussions et scandales. En outre, la franc-maçonnerie, introduite au pays par des officiers venus de France, répand la philosophie des Lumières et son anglomanie. Ces mêmes officiers impies ridiculisent la dévotion au Sacré-Cœur du gouverneur Vaudreuil et son engouement pour la “ guerre à l’indienne ”. Le mauvais esprit et le libertinage qui se répandent ainsi dans la bourgeoisie malgré les mises en garde de Mgr de Pontbriand, le digne successeur de Mgr de Laval sur le siège de Québec, finissent par émousser la volonté de résistance de l’élite.
Sur ces entrefaites, la nomination de Montcalm à la lieutenance-générale et à la direction des opérations militaires, obtenue par ses amis de la cour de Versailles, notamment Mme de Pompadour, suite à sa prestigieuse victoire de Carillon, achève de discréditer le parti des “ Canadiens ”. De bon gré, et par souci du bien commun autant que par obéissance à son Roi, Vaudreuil lui cède le pas et ne lui ménagera pas son aide.
Car les nouvelles des préparatifs anglais pour le printemps 1759 ne sont pas réjouissantes. Heureusement, loin de se décourager, le bon peuple connaît un nouveau sursaut patriotique. En avril, l’évêque de Québec ordonne des prières publiques et les églises se remplissent.
Quinze mille miliciens sont recensés ; certains n’ont que quinze ans, mais des vieillards de quatre-vingts ans n’hésitent pas non plus à se présenter. Ils viendront épauler les cinq mille soldats réguliers du général de Montcalm.
Bourlamaque est dépêché à la tête de deux mille cinq cents hommes au lac Champlain pour contenir l’avancée anglaise au cœur de la colonie. Ce qu’il parviendra à faire pendant un an !
Mais le 27 juin, le corps expéditionnaire anglais qui a remonté le Saint-Laurent débarque dans l’île d’Orléans, face à Québec. Le 29, un détachement atteint la pointe de Lévis, sur la rive sud. En revanche, les Anglais échouent dans leur tentative sur la rive nord du fleuve. Le général Wolfe, qui commande l’expédition, fait alors subir à Québec un terrible bombardement de deux mois. Heureusement, le site de la ville est naturellement défensif, certes les destructions sont considérables dans la cité, mais les murailles ne sont pas ébranlées, la perspective d’une prise rapide de Québec s’éloigne chaque jour.
Lorsqu’au début septembre, l’amiral prévient Wolfe qu’il lui faudra impérativement lever l’ancre avant la fin du mois, celui-ci décide de tenter le tout pour le tout.
Alors qu’en juillet et en août, les tentatives successives d’assaut avaient échoué, cette fois, le jeudi 13 septembre, à 1 h du matin, conduits par un déserteur français et bénéficiant d’une nuit profonde qui cache leur manœuvre, les Anglais glissent le long du fleuve sur des bateaux plats et atteignent en grand silence l’Anse-au-Foulon. Depuis leur débarquement et tout au long de leur cheminement sur la berge et sur le raidillon indiqué par le traître, peu défendu malgré les avertissements de Vaudreuil, ils neutralisent les rares sentinelles. C’est ainsi qu’à 8 h du matin, toute une armée de 4 500 hommes, se retrouve en haut de la falaise sur les plaines d’Abraham, du nom de leur premier propriétaire, et se range en ordre de bataille à peu de distance de la muraille de la ville. Toutefois, la position qu’ont prise les Anglais est bien téméraire, car elle leur rend impossible toute retraite rapide. Ils n’ont, de plus, que deux petites pièces d’artillerie. Les jeux sont donc loin d’être faits.
Montcalm prévenu arrive en hâte. Il dispose de cinq mille soldats et miliciens. Comme le fait remarquer l’historien Eccles, « l’ennemi virtuellement à sa merci, Montcalm choisit la seule ligne de conduite qui lui garantissait la défaite ». Alors que Vaudreuil lui conseille de se retrancher et d’attendre un renfort dont l’arrivée est imminente, il préfère brusquer l’attaque avant que l’ennemi ait assuré ses positions. Sous ses ordres, l’armée française s’avance avec une telle précipitation que bien vite le mouvement n’a plus aucun ensemble. Les bataillons se dépassent, se gênent, tirant en désordre. Arrivant à portée de feu des Anglais rangés en carré, ils sont fauchés par un tir précis et compact. Les rangs français sont aussitôt disloqués. Les Anglais contre-attaquent alors à la baïonnette. En moins d’un quart d’heure la déroute française est totale. Montcalm et Wolfe sont tous deux mortellement blessés.
Lorsque paraît Bougainville, en fin de matinée, il est déjà trop tard. Il amenait au pas de charge deux mille hommes d’élite, ceux que Vaudreuil voulait attendre avant de lancer l’assaut.
La mort de Montcalm rend au sage Gouverneur la direction des opérations. Il ne juge pas la situation désespérée, puisqu’il peut soutenir un siège avant l’arrivée du froid qui contraindra la flotte anglaise au repli. Mais les officiers de Montcalm, habitués par leur chef à dédaigner ce “ canadien ”, refusent de lui obéir et cèdent à un soudain mouvement de panique. Dans la soirée, ils décident le repli de l’armée sur la rivière Jacques Cartier, à… 50 km de Québec ! Sans défense, Québec est alors livrée aux Anglais.
Certes, au printemps suivant, le 28 avril 1760, Lévis avec les troupes françaises qui voulaient bien encore se battre remporta brillamment la bataille de Sainte-Foy, et délivra Québec. Mais quelques jours plus tard, c’était la flotte anglaise qui, la première, mouillait devant la ville ! Sans renfort et sans ressources, Québec puis Montréal durent capituler.
Telle est la triste histoire de la perte du Canada français. Et, de fait, il n’y a aucune raison d’en fêter les circonstances dramatiques. Faut-il pour autant en déduire que la Conquête marque l’inéluctable asservissement des Canadiens français ?
MAIS LA GUERRE FUT PERDUE PLUS TARD !
Pour répondre correctement à cette question, il faut d’abord comprendre les raisons de l’interruption soudaine de la protection divine sur la Nouvelle-France, alors qu’elle avait été manifestement constante depuis 1629. Dieu ne voulut pas accorder la victoire aux Canadiens contre les Anglais, d’une part parce que la Couronne de France s’obstinait toujours à ne pas obéir aux demandes de son Sacré-Cœur, et d’autre part parce que la colonie s’était laissé corrompre : libertinage, mauvaises mœurs, malhonnêteté dans les affaires, prévarication, et engouement pour les philosophes des Lumières formaient le triste catalogue des maux qui la ravageaient.
Pourtant, dès que le peuple, sous la conduite de son évêque, Mgr de Pontbriand, accepta chrétiennement l’épreuve, le Canada français retrouva la protection divine. Quoi qu’en dise “ l’école de Montréal ”, la politique d’assimilation décidée à Londres échoua une première fois lorsque la Couronne anglaise finit par reconnaître les privilèges de l’Église catholique dans sa colonie américaine !
Certes, les Anglais ne renoncèrent jamais à leurs visées anticatholiques, et on a beau jeu de le montrer. Cependant, les Canadiens français non seulement surent y résister, mais se lancèrent dans une reconquête qu’il ne faudrait pas passer sous silence. Cela s’appelle la renaissance catholique conduite par Mgr Bourget, dont le fruit politique fut la reconnaissance d’une province catholique largement autonome au sein de la confédération canadienne. Ce fut aussi l’œuvre de colonisation des terres du Québec, menée par l’Église, et qui se prolongea par la conquête de l’Ouest et du Nord-Ouest canadiens à la suite des missionnaires Oblats de Marie Immaculée.
Or, l’échec de cette expansion franco-catholique est principalement imputable non aux Anglais, mais à la trahison des Taschereau, Chapleau et autres Laurier, trahison qui ne fut possible qu’avec la garantie du pape Léon XIII, lequel finit par interdire en 1898 à l’épiscopat toute action politique antigouvernementale. C’est alors que les Anglais eurent le champ libre pour dominer le Canada français.
En faisant de la défaite des plaines d’Abraham le grand tournant de notre histoire, les néo-nationalistes se trompent. Ce n’est qu’une péripétie, peu glorieuse certes, mais qui pouvait être l’occasion d’un sursaut des vrais Canadiens fidèles à la foi catholique qui est l’âme de leur patrie.
La vraie conquête que tout nationaliste devrait pleurer et honnir, eut lieu sur le champ de bataille de la démocratie, c’est la victoire du libéralisme catholique ! Si l’on ne s’insurge pas contre lui, l’appel à la révolte contre les menées actuelles des “ fédéralistes ” ne redonnera pas un souffle de vie au Canada français, car celui-ci n’a qu’une âme et elle est catholique.



