
| Rédaction : Maison Sainte-Thérèse | N° 173 – Décembre 2009 |
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UNE VOIE D'ENFANCE POUR CULTE DE L'HOMME
Marcel Van, ce jeune religieux vietnamien mort dans un camp de rééducation nord-vietnamien en 1959, est-il un saint ? La question vaut d’être posée parce que sa mystique, qui lui aurait été enseignée par sainte Thérèse, la Sainte Vierge et même Notre-Seigneur, se répand aujourd’hui chez les charismatiques et dans les communautés nouvelles, aussi bien que dans des milieux plus traditionalistes. La popularité de Van n’est donc pas le fait d’un hasard, elle correspond à un courant de spiritualité qui s’inscrit sans difficulté dans l’Église postconciliaire.
Pour nous, l’enjeu est semblable à celui des apparitions de Medjugorje, qui confirmaient certes l’enseignement de Vatican II et de Jean-Paul II, mais dont l’examen critique aboutit à nier leur caractère surnaturel et met en évidence les contradictions avec le message de Fatima. La voie d’amour de Van va nous paraître un indéniable soutien au culte de l’Homme, mais inconciliable avec la véritable petite voie de sainte Thérèse et la doctrine catholique. Lisez plutôt.
LES APPARENCES DU BIEN
Commençons par admettre que la vie de Van, dont nous vous avons présenté un résumé le mois dernier, peut paraître édifiante, pour trois raisons. Tout d’abord, elle semble témoigner d’une grande simplicité d’âme. C’est d’ailleurs ce qui a séduit son maître des novices : « La vie exemplaire du frère Van, écrira-t-il, sa limpidité d’âme, sa parfaite obéissance à son père spirituel et sa générosité en face du sacrifice, nous donnent un préjugé favorable touchant sa véracité et partant l’authenticité de ses communications. »
De plus, son ardeur dans l’adversité est impressionnante. Ses souffrances d’enfant maltraité, sa persévérance à vouloir se consacrer au Christ, et surtout sa fin héroïque dans un camp de concentration communiste, plaident évidemment en faveur d’une réelle sainteté.
Enfin, la révélation de l’amour de Dieu, infini, miséricordieux, paraît un écho moderne des révélations du Sacré-Cœur, ou même des écrits johanniques. Dieu veut sauver tous les hommes, il veut nous faire entrer dans son amour. Et lorsque Van parle d’abandon, de confiance, d’enfance spirituelle, on peut facilement se sentir ému, réconforté, apaisé.
Alors, vraie ou fausse mystique ? Le partage est facile à faire selon les règles de discernement connues. Pour les âmes qui reçoivent des grâces mystiques insignes, comme Van le prétend, il faut examiner l’exactitude dogmatique de ces révélations avant toute autre considération. Une seule erreur, et le jugement tombe implacable : fausse mystique !
LES ERREURS DOGMATIQUES
Or, nous allons en trouver plusieurs, sans même prétendre en dresser la liste exhaustive. Commençons par un indice flagrant : une contradiction avec les demandes de Notre-Dame de Fatima.
La Sainte Vierge évoqua, en septembre 1945, le premier samedi du mois, jour qui lui est consacré, précisa-t-elle, mais c’est aussitôt pour dire qu’elle ne demande rien de spécial : « Mon petit Van, voici une chose que je te recommande et que tu devras mettre en pratique… je fais la même recommandation à ton père spirituel : demain, premier samedi du mois, jour qui m’est consacré, je ne te demande rien d’extraordinaire, mais seulement d’offrir tes œuvres à l’intention de mes petits apôtres – ceux là qui doivent plus tard établir mon règne sur terre – afin que remplis de ferveur et de courage, ils puissent tenir tête au monde et à l’enfer. » Aucune mention du Cœur Immaculé, ni de la dévotion des cinq premiers samedis du mois. La Sainte Vierge aurait-elle changé d’avis ? Ou bien cette révélation ne détourne-t-elle pas Van et les siens de cette petite dévotion que Notre-Dame de Fatima nous a présentée comme une condition sine qua non de la paix du monde et du triomphe de l’Église ?
Les révélations de Van au sujet de la Sainte Vierge n’ont pas fini de nous surprendre. L’enseignement des saints et les apparitions mariales reconnues annoncent le triomphe du Cœur Immaculé comme un préalable nécessaire à l’établissement universel du Règne du Christ ; saint Louis-Marie Grignion de Montfort, par exemple, affirmait : « C’est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par elle qu’il doit régner sur le monde ». Chez Van, la perspective se renverse :
« Mon règne [c’est la Sainte Vierge qui est censée parler] arrivera après celui de l’Amour de Jésus ; et ce règne sera plus ou moins stable ici-bas, selon qu’il y aura plus ou moins de prières. Si l’on prie peu, il durera peu ; mais plus on priera, plus aussi mon règne sera solide et de longue durée. Vu que mon règne viendra après le Règne de l’Amour de Jésus, il ne sera que le signe qui révélera clairement aux hommes le Règne de l’Amour de Jésus, et amènera le monde à reconnaître que je suis vraiment Mère. »
C’est une autre perspective que celle du triomphe du Cœur Immaculé de Marie annoncé à Fatima, c’est-à-dire de la victoire décisive et définitive de la Sainte Vierge sur Satan ! Mais c’est celle du Concile Vatican II reléguant la Sainte Vierge et « son rôle subordonné » au dernier chapitre de Lumen gentium !
D’ailleurs, dans les révélations reçues par Van, il n’est pas fait mention d’un combat entre la Vierge Marie et Satan. Au contraire ! Celle-ci se lamente sur le démon, qu’elle aime parce qu’elle est sa mère ! « Mon enfant, jamais, absolument jamais je ne parle au démon avec dureté. Si je le faisais, mon petit Van, je ne mériterais pas d’être ta Mère. C’est parce que les gens veulent donner plus de force à mes paroles qu’ils me font parler ainsi. (…) Moi-même, je n’ai pas non plus de haine pour le démon mais uniquement pour son péché. Le démon ne me reconnaît pas pour sa Mère, mais je suis quand même sa vraie Mère. » (p. 279, « Écrits spirituels »)
Non, la Sainte Vierge n’est pas la mère du démon, pas plus que celle des anges, tout simplement parce qu’elle ne leur donne pas la vie. Alors qu’elle est notre vraie Mère à nous, pauvres pécheurs, parce qu’elle nous a enfantés à la vie éternelle au pied de la Croix, son Cœur Immaculé ne faisant qu’un avec le Cœur sacré de Jésus dans cette terrible Passion, et parce qu’elle est la mère de Jésus dont il nous faut « manger la chair » pour avoir la vie éternelle (Jn 6).
Des anges, elle est la reine. Et sa présence est insupportable aux démons, anges déchus. À Lourdes, par exemple, lorsque les démons s’agiteront durant une des apparitions, la Sainte Vierge n’aura qu’à froncer légèrement le sourcil, nous dit sainte Bernadette, pour qu’aussitôt les démons s’enfuient apeurés.
Il n’y a vraiment que le diable pour faire dire à la Sainte Vierge qu’elle l’aime !
Cependant, il nous faut aller plus loin et remarquer que cette affirmation scandaleuse, blasphématoire, est parfaitement conforme à l’essentiel du Message de Van, à savoir la révélation de l’amour infini de Dieu. Alors que l’infini dans la théologie catholique qualifie la perfection divine, Van l’entend dans son sens commun actuel : l’universalité, l’absence de limite. Donc Dieu aime tout.
« Cependant, tu dois comprendre que l’Amour est infini et c’est pour cette raison que Dieu Trinité traite le démon avec bonté, comme je le fais moi-même [c’est toujours la Sainte Vierge qui parle !]. Si l’on s’en tenait à ce que tu penses, on ne pourrait pas dire que l’Amour est infini. Pourquoi le Bon Dieu n’anéantit-il pas le démon immédiatement ? C’est encore par amour pour lui ; l’amour l’attend toujours, désirant qu’il se repente et redevienne ce qu’il était auparavant. C’est pour cela qu’il ne le punit pas en l’anéantissant, car l’Amour est infini. De fait, même le démon pourrait profiter des mérites de Jésus, mais à cause de son grand orgueil il ne consent pas à les accepter.
S’il les acceptait, comment le Bon Dieu pourrait-il l’accueillir ? Mon enfant, parce que l’Amour est infini, infini et infini, il attend encore que le démon se repente et revienne à lui, l’infiniment infini. Impossible de m’exprimer de façon à te faire comprendre davantage.
Si je ne traite jamais durement le démon alors que je suis vraiment sa mère toute bonne, à plus forte raison ne le ferai-je pas pour les hommes puisque je suis encore davantage cette mère pleine de bonté. »
Or, l’enseignement de Notre-Seigneur, transmis sans faille par l’Église, nous apprend qu’il ne peut y avoir de repentir pour les démons, et donc pas de rémission. Jésus n’a pas offert son sacrifice pour les démons, mais pour le salut des hommes !
L’AMOUR INFINI DE DIEU
En fait, cette miséricorde étonnante pour les anges déchus doit conduire le lecteur de Van à une autre considération qui concerne directement les pécheurs. Lisez plutôt ce dialogue entre Van et Jésus :
« Van : Jésus, d’après ce que tu dis, je pense qu’il n’est pas certain qu’une âme puisse tomber en enfer. Je continue à penser qu’il est certainement très difficile pour le démon d’arracher une âme de tes mains, que c’est même là une chose presque impossible.
Jésus : Petit frère, tu as raison de penser ainsi, mais malheureusement les hommes ne pensent pas de même. »
L’un des aspects de la mission de Van sera donc de persuader les hommes que l’Amour de Dieu est infini, si grand que les péchés des hommes ne l’atteignent pas. Vous vous souvenez de cette vision que Van présente comme une des plus importantes qu’il ait reçues, une foule haineuse entoure Jésus, blasphème et lui jette des pierres en visant la tête, or elles ne l’atteignent qu’aux jambes :
« Au milieu des injures, Jésus gardait un visage plein de bonté et regardait cette foule avec amour, oui, avec amour, un immense amour ! En les voyant persister dans leur folle attitude, il eut compassion d’eux et laissa couler une à une ses larmes sur sa poitrine. (…) Jésus me regarda et me dit : “ Mon enfant, prie beaucoup et fais de nombreux sacrifices pour tous ces hommes malheureux ! Sauve-les, en union avec moi !... ” » Mais attention, il ne s’agit pas ici de sacrifice rédempteur, mais du témoignage de l’Amour inconditionnel. Jésus ne pleure pas sur l’injure faite à Dieu, ou sur le sort tragique des pécheurs voués à l’enfer éternel. Il pleure sur le malheur actuel des hommes qui ne connaissent pas l’Amour.
Ce soi-disant Jésus n’est pas le Sacré-Cœur qui apparaissait à sainte Marguerite-Marie, lui montrant et la sainteté de justice de Dieu réclamant réparation pour le moindre péché, et la sainteté de miséricorde pardonnant, certes, mais en offrant le sacrifice rédempteur !
Pour être convaincu que ce message de Van ne vient pas du Ciel, qu’on se souvienne aussi des paroles de Notre-Dame, empreintes de bonté et d’une immense tristesse, après qu’elle a montré l’enfer aux trois petits enfants de Fatima : « Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. » Ou encore, le 19 août 1917, lorsqu’elle se fait plus pressante : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »
En revanche, le message de Van rejoint la gnose wojtylienne ; c’est le même esprit qui parle. « – Van : Jésus, je t’aime bien gros. Et maintenant, je te pose une question. Comment se fait-il qu’on entende certains dire qu’ils ont grand peur de toi ?
– Jésus : Oh ! Van, c’est bien étrange, n’est-ce pas ? Moi-même, je trouve cela surprenant et je ne comprends pas pourquoi bon nombre d’âmes ont ainsi peur de moi. Elles ont tellement peur qu’elles n’osent même pas ouvrir la bouche pour m’adresser une parole d’amitié. Pourtant, je me comporte envers ces âmes tout comme envers toi. [vous remarquerez l’égalité de traitement entre toutes les âmes, indépendamment de leur état, de leur religion, de leur foi !] Cependant, Van, il ne faut pas que cela t’étonne outre mesure : ce qui explique l’attitude de ces âmes, c’est qu’elles n’ont pas assez d’amour pour moi, qu’elles ne veulent pas écouter mes paroles ni recevoir mes baisers. (…). On a peur parce qu’on veut bien avoir peur, car je ne fais rien qui soit de nature à effrayer qui que ce soit, et si jamais mon amour voulait semer la terreur parmi les hommes, il ne mériterait plus le nom “ d’Amour ”. [Et voilà les colères de Dieu et ses châtiments de l’Ancien Testament, comme ceux annoncés par l’Évangile, effacés d’un trait de plume, théologiquement inacceptables, au bénéfice de qui ? certainement pas des pécheurs qui n’ont plus à se convertir !]
« Quand j’exerce ma justice, ce n’est pas pour punir les âmes qui m’aiment mais uniquement celles qui ne m’aiment pas. Lorsque ces dernières disent qu’elles ont peur de Dieu, c’est qu’elles considèrent Dieu comme étant le péché. » (p. 170)
Cela fait immanquablement penser à la conception du péché originel exposée par le cardinal Wojtyla lors d’une retraite au Vatican sous Paul VI, selon laquelle le péché d’Adam et d’Ève n’est pas d’avoir désobéi à Dieu, mais d’avoir cru que Dieu puisse interdire quelque chose. C’est donc parce que les hommes ont une conception erronée de Dieu qu’ils ne l’aiment pas. Qu’on rétablisse la vérité sur Dieu, c’est-à-dire qu’on explique que Dieu est un amour infini, sans condition, et les hommes aimeront ce Dieu, ce Dieu qui nous veut heureux, beaux, épanouis, simples, en un mot : qui respecte la dignité de l’homme.
ENFANCE SPIRITUELLE ET CULTE DE L’HOMME
Ce que le Jésus de Van appelle l’enfance spirituelle, n’est autre que l’attitude de l’homme face à cet amour infiniment respectueux de sa dignité : « Sais-tu pourquoi je propose souvent l’exemple des enfants pour conduire les hommes à la plénitude ? C’est que les enfants, en agissant comme ils le font, sont déjà parfaits ; il ne reste plus qu’à leur apprendre à aimer et alors ils sont vraiment parfaits. Tout homme, quel qu’il soit, doit en arriver là sous peine de ne pas être admis au ciel. »
Est-ce bien catholique de reconnaître une perfection aux enfants sans que le baptême y soit pour quelque chose ?
La comparaison des propos de Van avec la petite voie de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous permet de distinguer la vraie sainteté, celle de sainte Thérèse, de sa singerie…
« Voici le génie de sainte Thérèse, explique l’abbé de Nantes : s’adressant à l’une puis à l’autre de ses novices, elle comprit qu’à la racine de toutes les résistances elle se heurtait à leur quant-à-soi, à la “ personne humaine libre et autonome ” qu’il fallait respecter dans sa dignité, dans ses convictions, dans son jugement propre ou qui, ultime piège, se complaisait dans son humilité, ou prétendait être la victime de sa communauté, de sa famille, ou de Dieu, assurément trop dur avec elle ! En un mot, l’obstacle à toute sainteté, c’est ce fameux moi, moi, moi, qui interdit à Jésus d’entrer dans notre âme et de la vaincre par son amour. »
Pour sainte Thérèse, il y a donc une œuvre de sanctification à opérer, un combat à mener. Et l’enfance spirituelle consiste à s’abandonner à la volonté de Jésus qui le mène. Elle rappelait donc à ses novices que tout ce qui nous arrive, agréable ou non à la nature, conforme ou non à nos goûts, à notre dignité, à nos désirs, à nos plaisirs, à notre propre volonté, est voulu par Dieu pour purifier notre âme pécheresse, la rendre plus digne de son amour. Chez sainte Thérèse, la simplicité de l’enfance est la vertu qui ouvre l’âme à l’action purificatrice de son époux. Pour Van, la simplicité est la perfection, comme elle l’était dans le quiétisme de Mme Guyon, fausse mystique du 17e siècle condamnée par l’Église, qui prônait le pur amour et déjà l’enfance spirituelle.
Citons encore sainte Thérèse : « Ce que Jésus désire, c’est que nous le recevions dans nos cœurs ; sans doute, ils sont déjà vides des créatures [elle s’adresse à des carmélites !] mais hélas, je sens que le mien n’est pas tout à fait vide de moi et c’est pour cela que Jésus me dit de descendre… » Notre Père commente : « tout le secret de la Petite Voie d’enfance tient en ceci : n’être rien à ses propres yeux. Je sais que je ne peux rien faire de bon par moi-même ; je ne revendique rien ; je n’ai nulle ambition si ce n’est d’aimer Jésus seul et d’accueillir son amour, pour Lui faire plaisir. Je lui rends les clefs de mon âme et mets ma main dans la sienne. Tout d’un coup, me voilà emportée. Il n’y a plus qu’à aller où l’amour me pousse, pour faire des progrès dans la vertu et entamer une course de géant. »
L’amour chez sainte Thérèse est une vertu active, même l’oraison est d’abord une application de l’âme. La grâce est première, certes, miséricordieuse, mais elle implique une réponse. Tandis que chez Van, l’amour, la confiance tient lieu de vertu.
« Van, tu dis n’avoir aucune vertu ? C’est vrai, petit frère, mais qu’as-tu besoin d’avoir des vertus quand ton cœur renferme déjà toutes les vertus ? Ces vertus, cependant, ne sont pas à toi ; elles sont à moi seul. Ainsi donc, tout ce que tu as à faire c’est d’être prêt à contenir l’Amour et ensuite l’Amour sera tout pour toi. Allons, Van, sois joyeux : je n’aime pas rester avec les enfants tristes. Les enfants qui sont portés à pleurer, je puis encore les consoler et les faire sourire mais avec les enfants portés à la tristesse, je ne puis rien faire et c’est bien dur pour moi de demeurer avec eux ! » (p. 252)
Nous pourrions aussi montrer que la véritable voie d’enfance conduit à l’admiration sans bornes de l’Église, des saints, de la Chrétienté, autrement dit de toute l’œuvre divine dans notre histoire, sans exception. Elle conduit à participer aux combats actuels du Christ. Sainte Thérèse ne se contentait pas d’admirer sainte Jeanne d’Arc, elle vibrait aux combats de l’Église de son temps contre les anticléricaux et les franc-maçons. Dans l’affrontement du parti de Dieu contre le parti du Diable, on ne doute pas de l’objet des prières et des sacrifices de la petite Thérèse.
Il en va tout autrement pour Van. La libération de son peuple, l’exaltation de la liberté le passionnent davantage que l’œuvre des missions et de la colonisation catholique qu’il ne comprend pas.
Une autre différence saute aux yeux lorsqu’on compare les écrits de ce prétendu petit frère de sainte Thérèse à ceux de l’authentique sainte de Lisieux. Dans ses manuscrits, celle-ci est remarquablement discrète sur les désordres du clergé et ceux de sa communauté. Son âme sainte ne se fait aucune illusion, mais elle n’éprouve pas le besoin de s’en faire l’accusatrice ni de les raconter.
Quel contraste avec les écrits de Van toujours prompt à souligner les imperfections de son entourage et les mauvais traitements qu’il a subis.
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Non, décidément, ce jeune religieux n’est pas animé par l’Esprit de Dieu. Mais alors, comment expliquer sa séduction sur les âmes et l’ouverture de son procès de béatification à Rome ?
Une lecture trop superficielle des écrits de Van et les documentaires télévisés savamment arrangés pour éviter les controverses ne suffisent pas à expliquer ce phénomène que trois raisons plus profondes font mieux comprendre.
SENSUALISME
L’abbé de Nantes conclut son étude « Vraie et fausse mystique » par des conférences remarquables sur les trois écueils de la vie spirituelle longtemps aride pour les chrétiens ordinaires, car elle suppose une purification de l’âme et une application de la volonté à celle de Dieu. C’est le moment propice pour le démon ! Trois types de tentations, qui sont d’ailleurs celles de Jésus au désert, assaillent alors l’âme pour la détourner du bon chemin. Le sensualisme, tout d’abord, c’est-à-dire la recherche de la satisfaction de ses sens. Puis, le messianisme : au lieu d’avoir « le Ciel comme unique but de nos travaux », l’âme recherche le bonheur ici-bas, et s’enthousiasme pour l’instauration d’un royaume de Dieu terrestre. Quant à la troisième tentation, la plus terrible, c’est le gnosticisme, l’invention d’une nouvelle religion toute à la gloire de l’homme, qui vient justifier le sensualisme et le messianisme. Comme les écrits de Van satisfont ces trois désorientations, tout chrétien tenté, en butte à l’aridité de la vraie vie spirituelle, s’y complaira.
Même si Van semble avoir été d’une pureté remarquable tout au long de sa vie, ses prétendues révélations encouragent néanmoins le sensualisme, très répandu dans notre société actuelle, par le peu d’importance qu’elles accordent au péché :
« D’ordinaire, écrit Van, il m’est très pénible de me confesser, car au moment de la confession tous mes péchés s’envolent quelque part ; j’ai beau les chercher, je ne les trouve pas. De plus, je n’ai d’ordinaire qu’un seul péché grave, celui de me fâcher un peu contre toi, Jésus, pour t’être absenté depuis si longtemps et ne faire plus aucun cas de ton pauvre petit ami. C’est là rien moins que d’être ingrat… (…) C’est parce que tu ne m’emmènes pas au ciel que je tombe dans le péché… »
« Dans les âmes enflammées d’amour pour moi, dit le Jésus de Van, je ne vois aucune imperfection car dès qu’elles ont commis une faute, elle est immédiatement consumée dans le feu de mon amour de sorte que ces âmes sont toujours pures devant mes yeux… » Le immédiatement est de trop… ou alors, il faudrait préciser qu’il faut tout de même le repentir, la confession.
Il faut mentionner aussi les passages où Van critique l’ascétisme traditionnel. Par exemple, lorsqu’il ne voulait pas rester chez les Dominicains « parce que dans votre ordre, il n’y a que des saints qui ne mangent pas, qui gardent une barbe épaisse et se rasent la tête comme vous. Je reconnais que je ne puis me sanctifier de cette manière-là. J’ai besoin de manger à ma faim, de me baigner, de me raser, d’être propre et de garder la juste valeur dans les soins à garder au corps. » Comparez avec sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui, tout en déclarant que la voie d’enfance spirituelle ne met pas au premier plan les pénitences corporelles, pratiquait avec ardeur toutes celles du Carmel !
MESSIANISME ET GNOSTICISME
Mais c’est surtout l’écueil du messianisme et du gnosticisme que favorisent les écrits de Van, puisqu’il paraît comme le prophète d’un monde nouveau où la paix régnera par l’Amour. Cela le conduit à un total désintérêt pour l’œuvre de l’Église. À preuve, sa condamnation du colonialisme, qui ne distingue pas le principe même de la colonisation et l’œuvre indiscutablement bénéfique des missionnaires et des colons catholiques en Indochine, de l’action néfaste des francs-maçons. Tous les français sont arrogants parce qu’ils ne mettent pas la « nation vietnamienne » sur un pied d’égalité avec la France. Par contre, les crimes des révolutionnaires sont justifiés et n’éveillent chez lui aucune horreur.
Peu de temps avant le départ des Français, Van écrit à son maître des novices un long texte où il condense sa conception en matière politique. C’est une évasion totale dans le surnaturel, un refus du combat, jugez plutôt :
« Je ne veux pas devenir un héros l’épée à la main, un guerrier armé d’un fusil. Je ne veux être qu’un héros animé d’un esprit pénétrant qui lutte pour la réforme de la vie, un guerrier puissant qui sait utiliser l’arme de la prière, qui sait sacrifier son corps pour la patrie en renonçant à sa volonté propre, en menant une vie cachée dans l’amour de Dieu. Par conséquent, les sentiments que j’éprouve aujourd’hui sont les sentiments d’un héros et d’un guerrier catholique, sauveur de la patrie. (…) Aujourd’hui, le Vietnam est hanté par la crainte d’une invasion des communistes chinois. Les catholiques surtout, rien qu’à entendre le mot communiste… tremblent de peur, comme s’ils avaient le glaive sur le cou ou le canon d’un fusil braqué sur la tempe ou la poitrine. (…) Si les gens décident de combattre le communisme et de le détruire par les armes, est-ce qu’ils ont une chance de réussir ? Non. »
La seule arme qu’il prône, c’est la prière. « Nous qui avons compris et démasqué ces gens au drapeau rouge, nous avons l’obligation, comme chrétiens, de combattre leur doctrine opposée à la foi catholique en utilisant contre cet ennemi numéro un la force qui nous vient de Dieu. » Il parle tout de même d’efforts de conversion à faire, mais finalement il termine par une prophétie que les faits ont contredite : « Les communistes chinois ne peuvent envahir le Vietnam. J’en suis toujours personnellement certain, à cause de ma ferme confiance en Dieu. » Le communisme a bien envahi le Vietnam et l’Église catholique y a été affreusement persécutée.
Cette fausse mystique méprise l’ordre catholique traditionnel, sa sagesse politique et les leçons de l’histoire. Comment peut-on accepter que Van se prétende le petit frère de celle qui avait une telle dévotion pour sainte Jeanne d’Arc, qui partageait les convictions monarchistes de sa famille, qui aurait voulu être missionnaire, mais aussi zouave pontifical pour aller se battre, être martyre !
Enfin, ces révélations développent une gnose, celle de la civilisation de l’Amour. Comme toute gnose, elle a une apparence catholique : on en retrouve tout le vocabulaire, certaines pratiques de vertus, et même des prières catholiques, mais dans une tout autre perspective. Puisque Dieu est si bon, infiniment bon, il ne peut vouloir que le salut des hommes. Il les admire et se plaint d’une chose : ces hommes ont peur de lui, ils ne sont pas assez familiers avec lui. La nécessaire conversion, l’adhésion à l’Église catholique, seule arche de salut, le mystère de la rédemption avec son aspect dramatique, la crainte de l’enfer, la nécessité de la dévotion à la Sainte Vierge, le Cœur Immaculé de Marie etc… etc… tout cela est absent ou minimisé, nous l’avons déjà vu.
L’amour et la confiance tiennent lieu de vertu. C’est finalement plus proche du protestantisme que de la foi catholique. Luther disait : « pèche fortement, mais aie la foi plus fortement encore et tu seras sauvé », Van dit : « ayons une confiance sans borne en Dieu et nous serons sauvés ».
On pourrait nous objecter certains écrits de sainte Thérèse, par exemple : « Dites bien, ma Mère, que, si j’avais commis tous les crimes possibles, j’aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d’offenses serait comme une goutte d’eau jetée dans un brasier ardent. » Ou encore : « Je comprends si bien qu’il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre agréables au Bon Dieu, que cet amour est le seul bien que j’ambitionne. Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine, ce chemin c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père. »
Cependant, comme nous l’avons déjà dit, chez sainte Thérèse, cet abandon n’exclut ni l’effort constant pour acquérir la vertu, ni la lutte contre les tentations, ni la pratique nécessaire des sacrements.
Surtout, il implique la participation de l’âme au combat de l’Église contre les puissances du Mal déchaînées. La carmélite qui prie et se sacrifie dans son couvent pour attirer la grâce, le fait comme membre d’un corps aux limites connues, prise dans un combat que d’autres soutiennent avec peut-être autant d’amour qu’elle, mais de différentes manières. Dans ce combat contre Satan pour le salut des âmes, l’Église a besoin de sa hiérarchie avec ses pouvoirs spirituels et divins, mais aussi du soldat, du juge, du théologien, de l’école catholique, de l’hôpital catholique, de la mission etc… Toutes ces institutions, animées par l’amour de Jésus et de Marie, sont nécessaires contre un monde dominé par Satan.
Or, tout cela est absent chez Van, car… l’amour de Dieu est infini ; qui l’a compris, n’a plus de souci à se faire…
Comparons avec ce que notre Père dit dans sa Mystique pour notre temps, du “ tragique amour ” de Jésus.
« Jésus combat contre le Péché, pour arracher toutes les âmes à l’enfer. Et c’est ce combat qui le mène à se faire homme, se laisser ranger parmi les esclaves, les criminels, les condamnés de droit commun, et crucifier. À notre contemplation esthétique de la condescendance divine manquerait l’élément le plus profond si nous imaginions que cet abaissement fut tout de liberté et d’amour gratuit du paradoxe. Il faut y ajouter le combat contre le mal, la haine de l’enfer, l’expiation du péché, la victoire à obtenir contre la corruption et la mort. Aucun dilettantisme, aucun humanisme dans l’Incarnation. Mais un rendez-vous avec Satan, pour le vaincre et lui arracher ses victimes. »
L’amour authentique de Dieu oblige à défendre la foi dans toute sa pureté, comme à se battre en politique pour arracher à Satan son emprise sur la société, et pour donner à l’humanité les institutions qui lui assurent la paix et la prospérité dans le respect de la loi divine. Prenez tous les saints, un saint Jean de la Croix, un saint François de Sales, un saint Pie X, une sainte Thérèse d’Avila et une sainte Thérèse de Lisieux, aucun, aussi mystique soit-il, ne s’est désintéressé de toutes ces questions pour se réfugier dans le pur amour.
Soloviev, ce penseur russe de la fin du 19e siècle, à qui nous devons un pénétrant et saisissant portrait de l’Antéchrist, pacifiste et apôtre de l’Amour, mettait en garde ses lecteurs : « La certitude du triomphe définitif pour la minorité des vrais croyants ne doit pas nous mener à l’attente passive. Ce triomphe ne peut pas être un miracle pur et simple, un acte absolu de la toute puissance de Jésus-Christ, car s’il en était ainsi, toute l’histoire du christianisme serait superflue. Il est évident que Jésus-Christ, pour triompher justement et raisonnablement de l’Antéchrist, a besoin de notre collaboration ».
Toutefois, ce que suppose un tel combat, outre l’amour de Dieu, c’est, comme le fait encore remarquer l’abbé de Nantes, « la foi exacte, précise, tragique » en l’existence de l’enfer : il ne faut pas conclure « que Dieu mettant toute sa Sagesse et sa puissance au service de son Amour, donc à notre service, il n’y a plus de Loi ni de Justice qui subsistent à l’encontre, et donc plus d’enfer… ». C’est justement ce que fait Marcel Van, comme le feront les Pères conciliaires à Vatican II.
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Nous avons donc démontré que le message de Van est une fausse mystique, mais bien assortie aux erreurs modernes répandues dans toute l’Église à la faveur de Vatican II.
Quant à juger de Van lui-même c’est inutile, et cela ne revient qu’à Dieu. Qu’il soit mythomane ou victime consentante de phénomènes démoniaques, peu importe. Son enseignement est faux, à le suivre ou à l’admirer on quitte le chemin de la perfection bien balisé par les saints et l’enseignement constant de l’Église, on tombe dans la désorientation diabolique dénoncée par l’authentique message de Fatima !





