
| Rédaction : Maison Sainte-Thérèse | N° 181 – Octobre 2010 |
|
LA RELIGION DE SAINT FRÈRE ANDRÉ
Frère André : « un ami, un frère, un saint. Frère André est l’initiateur de l’Oratoire Saint-Joseph, l’âme, le sens, l’inspiration de ce patrimoine qui suscite beaucoup d’enthousiasme chez nous comme de plus en plus à l’étranger. » C’est par ces mots que le site internet de l’Oratoire invite à se préparer à la canonisation du frère André, le 17 octobre.
Pour rejoindre nos contemporains dans leur vécu, le frère André est présenté tout d’abord comme « l’homme de l’accueil ». Certes, il le fut, mais dans quelle intention ? Il nous faut la rappeler ici, quitte à en conclure que le frère André pratiquait une autre religion que celle que le Concile Vatican II a imposée dans l’Église.
L’ANGOISSE DU SALUT DES ÂMES
La vie du frère André est dominée par un drame qui l’obsède : celui du salut des âmes. À un ami qui cherche la raison de l’abondance des guérisons miraculeuses à l’Oratoire Saint-Joseph, l’humble frère répond : « C’est pour ouvrir les yeux du monde, le convertir, mais on dirait qu’il ne voit pas clair ».
Tout commença dans l’église de Saint-Césaire, lorsque saint Joseph se montra pour la première fois aux yeux ravis du jeune Alfred Bessette et enflamma son cœur. Le chef de la Sainte Famille, Patron de l’Église universelle et protecteur du Canada, montra à cet adolescent orphelin, pauvre, sans avenir, mais pieux, comment bien faire son chemin de croix. De ce jour, dévotion à saint Joseph et dévotion à la Passion du Christ allèrent de pair dans l’âme simple et droite du futur frère André. Ayant connu le cœur paternel de saint Joseph, il reçut du même mouvement la compassion pour les souffrances de Jésus et pour les âmes des pauvres pécheurs.
De cette vérité, les archives de l’Oratoire et, en particulier, les procès de béatification et de canonisation du frère André, gardent d’innombrables et irrécusables témoignages.
« Quand le frère André tombait sur ce sujet, il ne s’arrêtait plus », lit-on plusieurs fois. « Un jour, à ma maison de campagne, un homme dont la conduite laissait à désirer voulut le voir. Le frère André lui parla de la Passion durant plus de trois heures. Nous l’écoutions tous et nous en étions tous émus. Sa figure à lui était contractée ».
C’est que le saint frère ne faisait pas de l’éloquence, il laissait déborder le trop-plein de son cœur. « Le frère André, alors, prend un aspect tout autre. Il parle les yeux baissés, ou le crucifix entre les mains. Il détaille le drame sanglant, comme si chacun de ses épisodes se présentait là devant lui : le procès de Jésus ; il sait le nombre de coups reçus dans la Flagellation ; il suit les détails du chemin de la croix, la rencontre de Jésus et de sa Mère. Il connaît la comparaison prophétique : un ver et non un homme. Il a devant lui le crucifiement ; les clous s’enfoncent dans les mains, dans les pieds. Il a une manière à lui de parler de ces choses ; l’émotion, certes, est vive, mais le langage est clair. Il parlait de la Passion comme s’il la vivait. À voir ses traits, on pourrait croire qu’il souffre ce que Notre-Seigneur a enduré.
« Il se plaisait souvent à dire que Dieu le Père avait envoyé son Fils sur la terre par amour pour nous, et que nous devions lui rendre amour pour amour. Notre-Seigneur est venu souffrir pour nous, répétait-il. Il n’était pas obligé de souffrir, et il a cependant accepté de souffrir par amour pour nous. »
Ne nous étonnons pas que ce fût sa méditation constante. « Il venait tous les soirs dans ma chambre, raconte un de ses confrères. Il se mettait le coude sur mon bureau, parlait de la Passion, récitait par cœur des textes de l’Évangile. Il pleurait. »
On sait comment, un jour, visitant sœur Leblanc dans sa communauté, il vit dans une vitrine une statuette de Jésus flagellé, enchaîné, tout ensanglanté ; elle était en plâtre, mais elle était si émouvante qu’il voulut aussitôt l’avoir. La sœur fit un marché : « Vous aurez la statue, si vous pouvez m’obtenir telle grâce… » dit-elle. « Le Frère me l’a obtenue ; je la lui ai donnée. » Cette statue, qu’on peut voir aujourd’hui au musée de l’Oratoire, il la rangeait dans le tiroir de son bureau et il la mettait sous les yeux des pécheurs qu’il entreprenait de convertir. Ses supérieurs, un jour, l’inviteront cependant à ne plus en faire usage ; le réalisme en était tel que certains tempéraments en étaient bouleversés...
Chaque jour, il faisait son chemin de croix. À partir de 1919, il y eut à l’Oratoire un chemin de croix chaque vendredi, en présence du frère André. « Comme il était beau de voir cette foule suivre les stations, une à une ». De là, la dévotion se répandit dans les églises de Montréal. En 1923, les statistiques du diocèse indiquent 36 000 chemins de croix pour 50 paroisses !
Le frère André avait dit à un ami : « Ce qui plaît le plus à notre grand Maître, c’est un chemin de croix fait dans toute sa signification. Plus tu souffriras de douleurs dans un chemin de croix, plus tu auras de ressemblance avec le divin Crucifié. (…) Un chemin de croix pour demander notre conversion, aussi bien que pour la conversion des pécheurs, a un mérite infini. (…) Si par un chemin de croix tu parviens à sauver une âme, sois assuré que la tienne est sauvée. »
L’amour de la Croix sera aussi à l’origine de ses grandes amitiés spirituelles. Par exemple, celle d’Azarias Claude à qui il avait proposé de guérir sa main atrophiée, mais qui répondit : « Frère André, si le Bon Dieu a des faveurs à me faire, il y aurait beaucoup d’autres choses plus importantes que cela pour le salut de mon âme. » Stupéfait de cet abandon surnaturel, frère André prophétisa : « Dans ce cas-là, vous allez garder votre bras comme vous l’avez là. Plus tard, il se présentera autre chose qui sera plus important. Vous aurez peut-être à souffrir ; il ne faudra pas oublier que la souffrance est quelquefois nécessaire ». Puis il parla des souffrances que Jésus endura sur le chemin de la Passion, « et que malheureusement le monde ne semblait pas comprendre ».
La religion du frère André est celle de Jésus crucifié pour le salut des pécheurs. Toute sa vie, mais aussi toute son action auprès des innombrables visiteurs qui venaient le plus souvent demander la guérison du corps, s’expliquent par cette vérité dogmatique qui est pour lui l’expression la plus parfaite du Cœur divin : « L’amour qu’a eu Notre-Seigneur dans sa Passion met en lumière l’amour du Bon Dieu pour nous. »
SE CONVERTIR, SE CONFESSER
Il faut donc fuir le péché, se convertir. On l’a remarqué : le confessionnal était sur la route du bureau du frère André, il fallait y passer ; si ce n’était pas à l’aller, ce serait au retour. Il lui arriva de donner cet avis préalable : « Allez à l’Oratoire, mettez votre âme en règle avec le Bon Dieu ; vous reviendrez mieux disposé ».
« Quand je vois, expliquait-il, que j’ai affaire à un pécheur, je lui rappelle que son âme a été rachetée par le Sang de Notre-Seigneur ». Les miracles conduisent donc au confessionnal, et le refus de se confesser empêche le miracle.
Un jour, M. Pichette vit un aveugle sangloter dans la chapelle, parce que frère André ne l’avait pas guéri. Il le consola et l’encouragea à retourner voir le Frère, mais l’aveugle essuya un autre refus. Le soir, à M. Pichette qui plaidait sa cause, frère André répondit : « Pas de danger qu’il soit guéri, en vivant avec la femme d’un autre.
– C’est lui qui vous l’a dit ?
– Pas grand danger qu’il le dise ».
Les exemples de la sévérité de « l’homme de l’accueil » abondent ! C’est que le péché est grave parce qu’il conduit en enfer celui qui s’y adonne, mais aussi, et pour le frère André c’est peut-être le plus triste, parce qu’il fait souffrir le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie.
HUMILITÉ, OBÉISSANCE
Si l’indispensable conversion du pécheur se prouve par la confession de ses fautes, elle implique aussi l’humilité de l’âme qui n’est autre que l’obéissance à la volonté de Dieu. « Plusieurs malades n’obtiennent pas la guérison demandée, confie-t-il, à cause de leur manque de foi et de leur peu de soumission à la volonté de Dieu. Souvent, ils ne font pas ce que je leur dis de faire ; car, vous savez, il faut de la foi pour se frictionner avec la médaille ou l’huile. »
De nombreux miracles illustrent cette nécessité de l’abandon aveugle à la volonté de Dieu. Un jour, le frère André reçut un paysan atrocement blessé aux jambes par une faucheuse. Il lui dit qu’il était guéri, qu’il devait aller porter ses béquilles en ex-voto et se remettre au travail le lendemain. L’homme obéit sans même être guéri : il alla déposer ses béquilles ; il rentra chez lui et le lendemain, souffrant toujours, se remit au travail ; on le traitait de fou, mais il avait confiance : le jour suivant, il fut parfaitement guéri.
La foi et la confession des péchés impliquaient évidemment pour le frère André le strict respect de la morale catholique. Oui, le frère André était rigoureux parce qu’il savait la justice divine rigoureuse : il lui arriva d’accueillir un malade par ces mots : « Pourquoi avez-vous laissé entrer les pourceaux dans votre âme ? Dehors, allez vous confesser ! ». C’était d’autant plus frappant qu’il était d’une bonté sans limite.
Il s’en prenait en particulier aux tenues indécentes. Un jour, une mère vint lui apporter son enfant très handicapé. Le Frère le considéra et voyant la femme très décolletée, il lui dit : « – Comment ça va, Madame ?
– Pas trop mal. Quelquefois un petit mal à la gorge.
– C’est parce que vous êtes trop serrée… Votre petit ange, priez donc le Bon Dieu qu’il vienne le chercher. » Pour son ami témoin de la scène, le Frère ajouta : « Il y a bien des enfants que c’est fréquent que c’est la mère qui est coupable. »
Mais le frère André était surtout soucieux de l’application au devoir d’état. On n’en finirait pas de raconter les miracles qu’il fit pour permettre aux malades de s’en acquitter. Telle cette mère de famille de cinquante ans qui a encore des enfants en bas âge : « Ah bien ! Vous allez guérir, et vite ; car il faut que le Bon Dieu vous laisse le temps d’élever votre famille ».
Ou cet ouvrier des chemins de fer qui se traînait à l’aide de ses béquilles. « Depuis trois mois, raconte-t-il dans l’antichambre où il attend son tour, je souffre de rhumatismes inflammatoires. Je suis venu ici à plusieurs reprises ; mais maintenant j’en suis à mes derniers vingt-cinq cents. Je suis un homme fini. » Il resta cinq minutes auprès du frère André. À la sortie, il tenait ses béquilles dans ses mains et marchait parfaitement. On le voyait se diriger vers la chapelle en donnant, de joie, des coups de pied sur les pierres : « Demain matin, criait-il, je retourne travailler ! ».
Ou encore ce jeune travailleur forestier qui avait perdu l’usage d’une jambe dans un accident. Après s’être confessé et muni d’une recommandation de son curé, il se rendit à l’Oratoire, le frère André lui dit simplement : « Prie bien saint Joseph, et ça va revenir ». Un mois plus tard, comme rien ne s’était produit, il retourna voir frère André qui lui redit la même chose… et rien ne se passa. « Alors, la troisième fois que je retourne le voir, je le poigne par sa robe et je lui dis que mes jambes et mes yeux, j’en avais besoin, que si y avait un miracle à obtenir, de m’en favoriser ; comme je suis là, je suis à bout de forces et d’argent. Il m’a dit : “ Va t’acheter des chaussures ordinaires et va-t-en travailler. ” Et je n’ai jamais plus senti de fatigue, ni que j’ai perdu de temps pour cette jambe. » L’histoire ne se termine pas là : deux ans après, le même se fit couper la main droite complètement : « Mais là, j’ai pensé : j’ai une croix à porter. Je vais la porter. Depuis, je travaille sur le téléphone et je fais tous les ouvrages. »
LA RÉSIGNATION OU LA SOUMISSION
À LA VOLONTÉ DE BON PLAISIR DE DIEU
Cette anecdote introduit bien à une autre vertu enseignée par le frère André : la résignation, qui explique, en partie, sa prédication anti-révolutionnaire. Ami des pauvres s’il en fut, le frère André n’aurait jamais été un partisan de la théologie de la libération. « C’est grâce à ce bon saint Joseph du Mont-Royal, aimait-il à répéter, que nous devons d’être jusqu’à ce jour protégés contre les révolutions communistes au pays. » À un ami, il confiait : « Vous savez que je prie constamment pour que Dieu envoie une maladie ou de la paralysie à ces êtres méchants [les communistes], afin qu’au cours de leur maladie, ils puissent réfléchir et se convertir avant de mourir. »
Cet anticommunisme que d’aucuns qualifieraient de primaire, lui venait de son authentique charité envers Notre-Seigneur dont il ne voulait pas voir bafouer la souveraineté, mais aussi envers le pauvre peuple qui est toujours la victime des révolutions et des désordres. « On viendrait me chercher et on me ferait mourir en me coupant en petits morceaux, ça ne me ferait rien pourvu que le peuple ne souffre pas. »
Mais plus profondément, il y a l’acceptation de la volonté de bon plaisir de notre très chéri Père céleste. Et en cette matière, il voulait que les prêtres et les religieux donnent l’exemple, comme en témoigne une religieuse : « J’étais novice, j’avais beaucoup mal à l’estomac ; je craignais bien que je ne pourrais pas persévérer. Je suis allée voir le frère André. Il m’a dit :
– Les Sœurs, c’est fait pour souffrir.
– Je veux bien souffrir, frère André ; mais je ne suis rien que novice. On ne me gardera pas.
– Oui, oui ! vous persévérerez.
– C’est mon seul désir. Je n’ai pas peur de souffrir.
Elle a souffert toute sa vie sans jamais manquer de courage : « Je me suis toujours rappelé la parole du frère André : Les Sœurs, c’est fait pour souffrir. J’ai toujours confiance dans le Bon Dieu. »
Autre exemple semblable : un frère de la congrégation de Sainte-Croix demanda la guérison de sa petite sœur.
« – Est-ce qu’elle vous ressemble ? demande frère André
– Elle est ma petite sœur, elle doit bien me ressembler un peu !
– Alors, il n’y a rien à faire ! Il faut que les parents des religieux souffrent un peu pour obtenir la conversion des grands pécheurs. »
Cela ne l’empêchait pas de pleurer souvent de compassion sur ses malades. « Il faut être fort dans les épreuves, répétait-il, il faut tout endurer pour l’amour de Dieu. Il a tant souffert pour nous. »
Lui ne se plaignait jamais et trouvait malheureux ceux qui se lamentaient : « Ils ne comprennent pas la volonté du bon Dieu ».
« Si on savait quelle récompense attend au Ciel la moindre souffrance bien supportée, on demanderait à genoux de souffrir ».
Le jour où il raconta à son supérieur une vision du Cœur de Jésus dont il avait été privilégié, celui-ci lui demanda ce qu’il en avait retenu, l’humble frère répondit simplement : « Plus on est près de Dieu, plus on souffre ».
DANS L’INTIMITÉ DE DIEU
Or, le frère André était un ravi perpétuel de la bonté de Dieu, comme devait l’être saint Joseph : « Comme le Bon Dieu est bon, comme Il s’occupe de nous ! », répétait-il souvent. Tous les témoins sont unanimes pour dire la manière simple avec laquelle il leur parlait de Dieu, de saint Joseph, de la Sainte Famille. « Qu’on est bien tout seul avec le Bon Dieu et saint Joseph ! » Il avait toujours l’air étonné que ses amis ne jouissent pas de la même familiarité avec Notre-Seigneur.
Un jour, au moment de le quitter, M. Pichette se recommanda à ses bonnes prières :
– Mais il faut prier vous aussi, lui répondit le Frère.
– Oui, mais c’est triste, on est loin du bon Dieu.
– Oh non ! Quand vous dites tout bas Notre Père qui êtes aux cieux, Il a l’oreille sur votre bouche ».
Il recommandait l’usage des prières vocales, mais cela ne l’empêchait pas d’encourager l’improvisation en toute simplicité. Couramment, aux pauvres gens qui lui en demandaient, il donnait comme exemple cette prière d’un commerçant, père de famille: « Ô bon saint Joseph, faites pour moi ce que vous feriez si vous étiez vous-même à ma place, sur la terre avec une nombreuse famille et un commerce difficile à administrer. Bon saint Joseph du Mont-Royal, aidez-moi, exaucez-moi ! ».
Mais il prêchait surtout d’exemple. Il suffisait de le voir en prière, parfois de longues heures, devant le tabernacle :
« Quand le frère André priait, ça paraissait qu’il aimait le bon Dieu », témoigna M. Pichette.
À ses visiteurs, il recommandait toujours instamment de s’approcher des sacrements de pénitence et de l’Eucharistie, pour ensuite pouvoir prier plus facilement. « Communiez, communiez souvent » leur disait-il. L’on vient demander une grâce ? « Notre-Seigneur ne peut rien vous refuser quand il est là dans votre cœur. Vous y trouverez la force, la joie, la consolation. »
La communion est la vie de l’âme : « Si vous ne mangiez qu’un repas par semaine, vivriez-vous ? C’est la même chose avec votre âme. Nourrissez-la de la Sainte Eucharistie ». Il avait de ces petits apologues, présentés sans apprêt, dans la simplicité du langage populaire : « On vous met une belle table, avec dessus quelque chose de bon… On ne s’en occupe pas… »
Et surtout qu’on n’invente pas d’excuses ! Le frère André prenait les hommes par leur faible : « S’il y avait une taverne qui fermerait ses portes à sept heures du matin, les gens se lèveraient de bonne heure pour s’y rendre. »
Il s’informait de la pratique religieuse de ses amis, au besoin pour les reprendre : « Vous ne communiez pas assez souvent ». « Il me faisait souvent des remontrances à ce sujet », s’est rappelé l’un d’eux humblement. Quand il voyait une négligence, il s’affligeait : « C’est bien malheureux ! ».
Il avait sa manière à lui de forcer doucement la main. Arrivé à Granby, chez l’un de ses amis, à cinq heures du matin, il lui exprima avant toute chose son désir d’aller à la messe et entendait l’emmener avec lui. Or, ce n’était pas l’habitude du brave homme d’aller à la messe en semaine. Un peu piqué, ce dernier répliqua donc qu’après tout, il aurait le loisir de communier plus souvent quand ses affaires iraient mieux. Le frère André ne se laissa pas démonter et se faisant l’écho du Cœur eucharistique de son Maître, il y alla de sa petite parabole :
« – Supposons qu’un aveugle très riche vienne vous demander de lui vendre vos yeux ; accepteriez-vous cent mille dollars en retour ?
– Bien sûr que non ! »
Les quatre autres sens y passèrent.
– Voyez quelle fortune vous a donnée le Bon Dieu ! C’est donc bien le moins de le remercier. »
ET DONC DU CŒUR DE MARIE
Il va de soi que le frère André avait une grande dévotion envers la Sainte Vierge. Il était « rare, rare, insistent les témoins, qu’on le rencontre sans qu’il ait en main son chapelet. » Quand on l’abordait, il arrivait souvent qu’il réponde : « attendez une minute… », car il lui fallait au moins finir sa dizaine.
à son « bourreau ».
« Tous les soirs, le frère André me faisait réciter le chapelet avec lui. Parfois nous récitions ainsi jusqu’à trois chapelets de suite. Après quoi, le Frère m’envoyait me reposer, et lui continuait de prier… »
« Il prouvait son amour pour Marie en nous demandant très souvent de la prier. Il n’était venu à la maison que quelques fois, quand il me donna une image de la Sainte Vierge et me demanda de réciter la petite prière qui était sur l’image. “ La Sainte Vierge vous aidera à obtenir de Dieu les grâces dont vous avez réellement besoin, et elle sera avec vous à l’heure de la mort. ” »
« Quand la Sainte Vierge et saint Joseph intercèdent ensemble, ça pousse fort. », disait-il joliment.
Telle était la religion du saint frère André. Une religion d’amour… mais d’amour de Dieu, si bon, qui a souffert pour nos péchés, à qui nous devons tout, et qui nous mène au Ciel ; et non pas une religion d’amour de l’Homme, de culte de l’Homme qui ne mène qu’en Enfer.
« Il nous disait souvent qu’il fallait mettre sa confiance en Dieu, que, de nous-mêmes, nous étions bien peu de chose. » Il parlait souvent du ciel et aimait à répéter que « la terre n’est qu’un lieu de passage et que le ciel est notre véritable patrie. »
« Il parlait beaucoup du ciel. Il s’attristait de voir tant de personnes qui travaillaient si peu pour le ciel. »
Puissent les cérémonies de sa canonisation le consoler et les différents prédicateurs, fidèles à son enseignement et à son exemple, prêcher la vraie religion, celle de tous les saints de l’Église.
« Au Canada, si vous montez au MONT ROYAL, vous avez la chapelle construite en l'honneur de saint Joseph par le frère André. C'est la même profusion de statues, de bougies de dévotion, de dentelles, etc., le même goût du XIXe siècle. Vous montez un escalier très raide et vous entrez dans les combles de cette chapelle, c'est là qu'il vivait et vous retrouvez le grabat comme celui du curé d'Ars. C'est la même pauvreté, la même simplicité, les mêmes livres de piété. On sent à quel point ces hommes ont vécu dans un dénuement évangélique, dans un sérieux évangélique, dans une sainteté héroïque ! » (Abbé Georges de Nantes, S 97 - La religion de nos pères) |
![]() |
|
| Le Frère André près de la chapelle primitive en 1910. | ||




