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Il est ressuscité !
Rédaction : Maison Sainte-Thérèse
N° 191 – Octobre 2011

« POUR FORMER DES SAINTS, IL FAUT ÊTRE SAINT. »
LE VÉNÉRABLE FRÈRE THÉOPHANIUS-LÉO
FRÈRE DES ÉCOLES CHRÉTIENNES

Frère Théophanius-léo

En avril 2011, le Saint-Siège rendait public le décret de la Congrégation pour la cause des saints, approuvé par le pape Benoît XVI, déclarant l’héroïcité des vertus d’un Frère des Écoles chrétiennes canadien, le frère Théophanius-Léo, dans le monde Adolphe Chatillon.

La vie et les vertus de ce nouveau « vénérable » aideraient facilement à rétablir la réputation des religieux enseignants, mise à mal par les campagnes calomnieuses de ces dernières années. Cependant, nos évêques et les médias, même catholiques, n’ont pas salué l’évènement, qui passa inaperçu. C’est que rien, non vraiment rien, ne peut, chez ce cher frère, être utilisé au profit de la religion conciliaire. Jugez-en vous-même !

Adolphe est né à Nicolet, le 31 octobre 1871, benjamin d’une famille de neuf enfants dont quatre moururent en bas âge. Son père, professeur de musique au séminaire de Nicolet, était un homme de foi et de conviction: fondateur de la ligue du Sacré-Cœur, président de la St-Vincent-de-Paul, tertiaire franciscain, apôtre de la confrérie du rosaire, il assistait quotidiennement à la messe et se levait régulièrement la nuit pour faire une heure sainte. Sa mère n’était pas en reste : elle était la bonté et la douceur personnifiées, la providence des pauvres de Nicolet. Elle mourut lorsque son petit dernier n’avait que neuf ans.

On sait très peu de choses de l’enfance d’Adolphe, sinon qu’il était particulièrement remuant. Pour son instruction, son père le confia à l’un de ses bons amis, le frère Théodulphe, Frère des Écoles chrétiennes, directeur du pensionnat de La Baie du Febvre, qui le remit aux soins du frère Tertullien, dont le futur vénérable gardera toute sa vie un souvenir ému. Dès l’enfance, il eut ainsi sous les yeux l’image de bons frères éducateurs.

De gauche à droite, Frère Tertullien, Frère Odéric-Honorat et Frère Théodulphe, trois directeurs du F. Théophanius-Léo.
De gauche à droite, Frère Tertullien, Frère Odéric-Honorat
et Frère Théodulphe, trois directeurs du F. Théophanius-Léo.

Deux ans plus tard, Adolphe suit le frère Théodulphe nommé directeur au collège de Yamachiche. Cet établissement avait une réputation de grande ferveur religieuse : dans les dix années précédentes, 35 vocations sacerdotales et 15 vocations de frère y avaient été éveillées !

LE BONHEUR DE LA VIE RELIGIEUSE

Comment Adolphe décida-t-il d’entrer à son tour chez les Frères des Écoles chrétiennes ? Ce fut tout simple… mais c’est d’une autre époque.

En février 1884, le frère Théodulphe, devant se rendre à Montréal, emmena avec lui son protégé et le laissa au juvénat le temps de faire ses visites. Avant de repartir, il lui demanda comment il s’était trouvé au milieu de ces futurs religieux. Sur la réponse encourageante de l’adolescent – il avait treize ans – le bon frère lui dit simplement : « Eh bien, demeurez ici et faites-nous un bon et saint frère ; je me charge d’avertir votre père que vous êtes à Montréal et je vous ferai parvenir votre linge. » Il suffisait d’obéir : Adolphe va devenir « un bon et saint frère » !

Vu son jeune âge, il entre d’abord au petit noviciat des Frères à Montréal. Il est de petite taille, sa physionomie régulière est très expressive grâce à deux grands yeux noirs, très vifs. Il respire la candeur. Très pieux, il se distingue aussi, en digne fils de son père, par ses talents musicaux ; il est surtout un excellent chanteur qui rehausse la qualité de la chorale.

Malgré son caractère prompt, facilement soupe au lait, Adolphe se laisse former sans difficulté apparente, sous la conduite de son directeur, le frère Symphorien, un éducateur prestigieux. La vie religieuse, les exercices de piété, la charité fraternelle, tout le ravit et l’enthousiasme.

F. Paulian-Basile, F. Symphorien et le F. Réticius
Deux autres Frères directeurs : F. Paulian-Basile et F. Symphorien ;
et le F. Réticius, visiteur général.

Aussi est-il admis à seize ans au postulat, où on lui enseigne la Règle et les constitutions de l’Institut. Il prend l’habit le 26 juillet 1887 et reçoit le nom de Théophanius-Léo. Aujourd’hui, on s’étonne de ces noms, mais, dans cette congrégation qui regroupait des milliers de religieux, leur choix était tributaire des initiales qui indiquaient la province à laquelle appartenait le frère et l’année de sa profession.

Pour son noviciat, il choisit comme résolution principale la pratique de la charité à l’imitation du Cœur de Jésus, et donc la pratique de l’oubli de soi, la guerre à l’égoïsme. Dans son carnet intime, deux mots reviennent souvent comme une aspiration et une joie : mortification et souffrance, par imitation de Jésus. En effet, ces âmes religieuses et pures sont fascinées par l’amour de Jésus pour les pauvres pécheurs, pour elles-mêmes en tout premier ! Or, concrètement, l’amour de Jésus donne toute sa mesure dans sa Passion, et c’est en prenant sa croix que le disciple montre son amour à son Sauveur et Maître.

La fin de son noviciat coïncide avec la béatification de Jean-Baptiste de la Salle, le fondateur des Frères des Écoles chrétiennes. Ce fut un évènement grandiose, célébré avec faste, et il y participa avec un enthousiasme qu’on n’a pas de peine à imaginer. Peu de temps après, le 4 mai 1889, il est le témoin émerveillé de la guérison miraculeuse d’un de ses confrères, le frère Néthelme, miracle qui permettra la canonisation du nouveau bienheureux en 1900.

BON COMME DU BON PAIN !

F. Théophanius-Léo, jeune frère
F. Théophanius-Léo, jeune frère

Après une dernière formation, pédagogique celle-là, le frère Théophanius reçoit sa première obédience, le 18 février 1890, pour l’école de Saint-Jean-sur-Richelieu. Cet établissement de 300 élèves est dirigé par un de ces religieux français exilés au Canada par les lois anticléricales de la République, le frère Odéric. Quoique malade, il s’acquitte de sa charge avec une abnégation qui force l’admiration. Le frère Théophanius témoignera plus tard : « Je trouvai en lui un guide, et son exemple m’enseigna par-dessus tout le dévouement illimité pour autrui. »

Pour la rentrée de 1891, il est envoyé à Québec, à l’école de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, un établissement très renommé. Là encore, le directeur, le frère Paulian-Basile, est un exemple de charité et de dévouement. À son contact, le frère Théophanius apprend à être moins sévère, ce qui lui vaut cette réflexion d’un voisin de l’école : « Mais ce jeune frère, c’est bon comme du bon pain ! »

En 1895, le frère Réticius, l’artisan du développement de la Congrégation au Canada après son expulsion de France, visite l’école. Ce meneur d’hommes autoritaire, antimoderniste et antidémocrate, bête noire des évêques libéraux à cause de ses polémiques implacables, a vite fait de repérer les qualités du jeune religieux. C’est lui qui le destinera à la formation des frères. Il le nomme d’abord au petit noviciat de Montréal pour y être professeur de français, de mathématiques, de dessin et surtout de catéchisme. Là, le jeune religieux commence à laisser un souvenir impérissable à ses élèves : les petits novices applaudissent lorsqu’on annonce une leçon de catéchisme par frère Théophanius !

Mais ils applaudiront encore davantage lorsqu’il sera nommé sous-directeur ; « C’est un vrai bon frère ! », s’écria l’un d’eux, exprimant certainement la pensée de tous.

Il est admis aux vœux perpétuels en 1900, et à partir de cette date on suit très bien son évolution spirituelle grâce à sa correspondance avec son frère Robert, devenu Oblat de Marie Immaculée et maître des novices aux États-Unis. Son frère aîné, Edmond, était prêtre séculier dans le diocèse de Nicolet ; avec lui, son autre frère et sa sœur mariés, il garda toujours des liens fraternels chaleureux, mais moins intimes qu’avec Robert.

En 1904, il est nommé directeur de l’école de Lachine, qui compte dix classes. C’est à cette époque qu’il adopte comme devise « Rendre heureux pour rendre meilleur ».

Dans ce premier poste de responsabilité, il se distingue à la fois par sa rigueur dans l’application de la Règle et sa bonté pour les faiblesses de chacun. C’est aussi un boute-en-train ; les jours de congé sont de plaisants moments de détente pour lesquels il organise des activités variées. Évidemment, cette disponibilité pour ses frères comme pour ses élèves lui mange tout son temps. Mais il avait été à bonne école, et c’est comme tout naturel pour ces religieux.

Le curé de Lachine admire son savoir-faire pour développer la piété de ses élèves qu’il encourage à communier fréquemment. Son amour de Jésus et de Marie déborde de son cœur, et ses fameux cours de catéchisme, toujours aussi passionnants, embrasent les jeunes âmes de dévotion. Il s’applique à former une élite envers laquelle il se montre très exigeant, et dont il se sert ensuite pour entraîner les autres.

    Ce travail sur les âmes qui lui sont confiées ne se ferait pas sans un travail sur lui-même dont son carnet témoigne. Il y a transcrit, par exemple, des conseils du vénéré frère Adelbertus, le fondateur des Frères au Canada. En voici quelques-uns qui donnent un aperçu de la mortification des religieux enseignants : « Ne vous permettez jamais rien contre la Règle ou contre votre conscience. Il faut toujours être bon, mais jamais faible. Souvenez-vous que plus on donne à la nature déchue, plus elle demande. »

Il y note aussi les travers dont il veut se corriger, et ajoute : « Tout appuyer sur la grâce que m’obtiendra une prière persévérante ». Sa hantise du salut des âmes dont il est responsable se lit à chaque page. Mais c’est sa dévotion au Cœur Immaculé de Marie et au Sacré-Cœur qui lui garde un admirable équilibre, à l’abri de toute contention. « Pour former des saints, il faut être saint. Pour s’approcher des âmes, il faut être pur, humble surtout ; voilà pourquoi tant d’âmes, comme des sensitives, se ferment quand j’approche. Mais voici que Marie me présente le divin remède : le Cœur de Jésus. »

En 1907, il est nommé directeur de l’école Sainte-Cunégonde, à Montréal. C’est un établissement important de quinze classes pour 720 élèves, soit une moyenne de 48 élèves par classe !

En novembre de la même année, il tombe gravement malade à la suite d’un refroidissement. Ses jours sont comptés, il délire et ne parle que du Pape, que de Rome ; ce qui nous indique certainement l’une des intentions principales de son immolation quotidienne.

Le curé prend la place d’un de ses vicaires pour aller lui donner les derniers sacrements, en disant : « Je veux voir mourir un saint ! ».

Mais toute la paroisse s’est mise en prière, à commencer par les enfants de l’école, et un mieux inattendu se produit.

MAÎTRE DES NOVICES

Après un bref repos, il reprend ses fonctions, à la satisfaction de tous, mais pour peu de temps. Ses supérieurs le nomment sous-directeur du noviciat à Laval-des-rapides en 1908, en attendant qu’il en prenne la direction en 1912. La charge était lourde. Chaque année, l’Institut recevait entre 60 et 80 novices pour le district de Montréal !

Salle de noviciat chez les Frères des Écoles chrétiennes
Salle de noviciat chez les Frères des Écoles chrétiennes

De sa formation, un de ses anciens novices témoigne : « Il était crucifié à la Règle qu’il savait rendre aimable. »

Effectivement, la seule chose qui comptait pour le frère Théophanius était la soumission à la volonté divine que la Règle et les ordres des supérieurs indiquaient sûrement. S’y soumettre était donc aimable, puisque c’était se soumettre à la volonté du Cœur Sacré de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, telle que recueillie en particulier par le saint fondateur. Cette conception est aux antipodes de la vie religieuse revue et corrigée par Vatican II, qui doit être vécue dans l’épanouissement de la personne et dans un “ retour aux sources ” qui est une remise en question de la Règle et des coutumes.

Dans une lettre à son frère oblat, le frère Théophanius écrit : « Le mouvement du noviciat se continue ; de nouvelles générations succèdent aux anciennes. Qu’il est beau ce mouvement des âmes vers Dieu. D’où leur vient ce besoin de solitude, de dévouement, à cet âge où tout sourit, où tout appelle à la liberté, aux plaisirs ? Ce n’est point affaire de tempérament et de goût. Non, c’est Jésus qui travaille à étendre son règne. Vraiment, c’est une œuvre divine ! Lui seul peut s’emparer ainsi d’un cœur d’homme. Admirons ces merveilles et remercions.

Lettre du F. Théophanius-Léo
Lettre du F. Théophanius-Léo

« Mais comme tu le dis, il veut bien se servir de nous pour Lui aider, et c’est là encore une délicatesse de son cœur divin. Oh, que dans cette œuvre je me trouve néant et revêche ! Comment transformer les autres, comment chasser tous ces diables, qui possèdent comme des droits acquis sur les âmes, si soi-même on se laisse vaincre et dominer. Sais-tu, cher Robert, que c’est là un de mes meilleurs stimulants ? Tout missionnaire, tout conférencier, tout directeur de noviciat, je dirai même tout maître d’école, est un exorciste : mais pour être exorciste, encore faut-il qu’on ne soit pas soi-même possédé. Guerre à Satan, d’abord en soi-même : qu’il ne trouve aucun pied-à-terre chez nous. Pour cela je ne vois pas de meilleur moyen que la dévotion à l’Eucharistie et à l’Immaculée Vierge Marie. Oui, Jésus Hostie, c’est bien le Fort armé ; Marie, c’est la vierge plus terrible qu’une armée rangée en bataille. Ainsi protégé, ainsi défendu, la bataille devient une victoire. »

Lorsqu’après la Première Guerre mondiale, il constate un fléchissement dans la vertu et la persévérance des novices, il y remédie doucement, mais fermement. Sa méthode est très simple : revenir au fondateur, donner l’exemple des anciens, enthousiasmer pour la vocation. Car, avec la vue surnaturelle de la vie religieuse, l’essentiel est de comprendre sa vocation et d’y correspondre. Dans une instruction sur saint Joseph, il a ce mot révélateur : « Saint Joseph ! voilà l’homme de mon cœur, car il répond à l’œuvre pour laquelle il a été choisi. »

« Mon Dieu, merci de ma vocation qui m’a placé, depuis vingt-cinq ans, dans le meilleur milieu pour vous louer, vous respecter et vous servir. Avec votre sainte grâce, aurais-je encore cent ans à vivre, je ne désirerais pas une autre voie. Oui, remercier Dieu de ma vocation, la surveiller, l’apprécier. Ce n’est qu’au Ciel qu’on en verra la valeur. Ô mon bon ange, combien je vous remercie de m’avoir guidé, protégé, défendu ! Mais je ne suis pas au port ; faudrait-il que tant de soins fussent inutiles ? »

Il aimait commenter ces recommandations de saint Jean-Baptiste de La Salle : « Attachez-vous universellement à ce qui est de la foi ; fuyez la nouveauté ; suivez la tradition de l’Église ; ne recevez que ce qu’elle reçoit ; condamnez ce qu’elle condamne ; approuvez ce qu’elle approuve ; rendez-lui en tout une prompte et parfaite obéissance ! »

VISITEUR GÉNÉRAL

Le 8 décembre 1923, il est nommé visiteur général pour l’Amérique du Nord. C’est-à-dire qu’il est le supérieur majeur des Frères dans cette vaste province qui regroupe 9 districts : Montréal, Québec, Toronto, New York, Baltimore, Saint Louis, San Francisco, Nouvelle-Orléans, Santa Fe. Chaque année, il visite les maisons de formation de chacun d’entre eux, où il reste environ trois à quatre semaines. Il lui faut donc pratiquement neuf mois pour s’acquitter de cette lourde charge. En outre, il préside les exercices de saint Ignace de trente jours, auxquels il a convoqué les religieux de son choix selon leurs besoins spirituels. Ajoutez à cela le temps de ses déplacements, sa propre retraite et la rédaction des rapports au supérieur général, vous comprendrez que ce labeur est lourd.

Il aura un court répit en 1925 lorsqu’il dut se rendre à Rome pour la béatification du frère Salomon, ce qui lui donna l’occasion d’un pèlerinage à Lisieux, Lourdes et Paray-le-Monial. Sur le paquebot qui l’emmenait en Europe, un protestant, architecte distingué, aborda l’un de ses compagnons de voyage pour lui dire : « Ce bon frère, qui marche sur le pont si modestement, et qui me parle si aimablement, me semble l’idéal d’homme et de religieux de votre Église. Ce sont des hommes comme lui qui doivent être des saints. Sa présence est une vraie prédication, qui convertit les pécheurs que nous sommes. Sa bonté est visible et attrayante. »

Il fera un autre séjour en Europe, en 1928, pour le chapitre dont il est membre de droit et qui doit désigner un nouveau supérieur général. On lui confie également la présidence de la commission chargée d’étudier l’observance des Règles dans l’Institut : il s’agissait de dépouiller les lettres des frères exposant leurs suggestions ou leurs plaintes, et d’en faire un rapport au chapitre.

Ce gros travail s’ajouta à la fatigue accumulée par sa charge et à celle du voyage. Il tomba malade avec de vives douleurs abdominales qu’il supporta d’abord patiemment, mais qui finalement l’obligèrent à être hospitalisé à Paris : il avait un cancer des intestins. Il s’en remit, espéra qu’il serait déchargé de ses fonctions, mais en mars 1929 le nouveau supérieur général le renvoya au Canada où il était réclamé.

Peu de temps après son retour, sa maladie récidiva. Il dut bien vite s’aliter définitivement, supportant avec une patience héroïque de pénibles souffrances. « Le frère Théophanius a tant prié pendant sa vie, nous dit son biographe, qu’il n’a qu’à suivre les appels irrésistibles de son âme, pour transformer ses derniers jours en colloques avec Dieu et sa bonne Mère. » Les visites de ses confrères se succédèrent : « Le spectacle de cette maladie, si patiemment supportée, m’a fait plus de bien que la meilleure retraite », témoigna l’un d’eux.

Dans sa dernière nuit, il dit encore : « Moi, je meurs dans mon lit, et Jésus est mort sur la croix ; c’est trop pour moi. Mon Dieu, je vous offre ma vie pour que tous nos chers frères Directeurs soient des hommes de Dieu, pour les besoins du district, pour la persévérance des jeunes frères, et afin que le bon esprit règne dans les communautés. » Dans la matinée, levant les bras et regardant le ciel, il soupira : « Du feu ! Du feu ! Je veux du feu dans le cœur des frères, du feu dans le cœur des hommes, parce qu’ils n’aiment pas assez le Sacré-Cœur. »

Un peu après, comme ravi en extase, il s’écria : « Le ciel ! Les anges ! Mon ange, l’ange de mon baptême ! Les saints ! Dieu ! C’est beau ! Frères, aidez-moi à aimer Jésus ! Ah ! si les pécheurs comprenaient la beauté du ciel, comme ils aimeraient le Bon Dieu. » Lui qui avait souvent rappelé à ses novices et retraitants la pratique de baiser chaque soir leur crucifix, en disant : « Mon Dieu, je vous embrasse maintenant afin d’obtenir la grâce de mourir en vous embrassant », exhala son dernier soupir sur le crucifix de sa profession, le dimanche 28 avril 1929.

Un grand nombre de personnes vinrent prier devant sa dépouille mortelle : « Si celui-là n’est pas un saint, le ciel est bien peu peuplé ! » dit l’une d’elles, et les frères durent monter bonne garde autour du cercueil et de sa chambre pour empêcher les pieux larcins.

Plusieurs miracles, dont la guérison subite d’un tuberculeux en dernière phase et celle d’un enfant paralysé à la suite d’une fracture du crâne, ont été enregistrés pour servir à sa béatification. Peut-être faudra-t-il pour cela attendre la renaissance de l’Église, afin qu’il soit un modèle pour un renouveau des ordres religieux enseignants.

 

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