ÉTUDE CRITIQUE DU DISCOURS D'OUVERTURE
Les huit hérésies de Jean XXIII,
prophète de bonheur
« Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. » (n° 80) Condamnée par Pie IX, cette dernière proposition du Syllabus n'exprime-t-elle pas toute la pensée de Jean XXIII ? Dans son discours d'ouverture du concile Vatican II, il déclarait : « Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. »
Il formulait ainsi, d'emblée, le principe moteur d'une réforme qui aboutit de proche en proche, en quatre sessions, à une totale subversion, à un changement de religion.
Par une étude rigoureuse menée pendant son exil en Suisse, en 1996, l'abbé de Nantes montre que ce discours préfigurait déjà les divers Actes du Concile. Voici les huit hérésies de Jean XXIII :
Les premières paroles du Pape offrent au Concile, dès l'introduction, un Credo fondamental : « Les graves problèmes posés au genre humain depuis près de vingt siècles restent les mêmes. Jésus-Christ reste en effet toujours au centre de l'histoire et de la vie : les hommes, ou bien sont avec lui et avec son Église, et alors ils jouissent de la lumière, de la bonté, de l'ordre et de la paix ; ou bien vivent sans lui, agissent contre lui ou demeurent délibérément hors de son Église, et alors ils connaissent la confusion, la dureté dans leurs rapports entre eux et le risque de guerres sanglantes. »
Selon ces paroles, toute la vie de l'Église ancienne n'a pour loi et pour fin ultime explicites que la concorde des hommes et la paix mondiale. L'ordre surnaturel des fins dernières et des moyens à mettre en œuvre pour obtenir le pardon, la justification par la Croix et la récompense du Ciel, est totalement rejeté, à terre, pour ne devenir qu'une aide “ religieuse ” (?) morale, culturelle, proportionnée aux fins exclusivement temporelles recherchées. Toutes ténèbres effacées :
Satan et son parti, l'enfer, le péché originel, les oppositions mortelles à l'Église de Dieu, rien de tout cela ne subsiste, sinon « dans les archives de Rome et dans les bibliothèques les plus célèbres du monde entier » évoquées ensuite par le Pape avec dérision.
À peine suggérée, insinuée par Jean XXIII dans ses premiers paragraphes, une première hérésie se fait donc jour et reviendra en force, mais confusément, au fil du discours. La voici en clair : « Certes, l'Église ne propose pas aux hommes de notre temps des richesses périssables, elle ne leur promet pas non plus le bonheur sur la terre, mais elle leur communique les biens de la grâce qui élèvent l'homme à la dignité de fils de Dieu et, par là, sont d'un tel secours pour rendre leur vie plus humaine en même temps qu'ils sont la solide garantie d'une telle vie. » Aidés ainsi puissamment, « les hommes peuvent parvenir à l'absolue et ferme unité des âmes à laquelle sont liés toute vraie paix et le salut éternel. » La foi catholique n'est qu'un ferment grâce auquel l'humanisme séculier est capable d'accéder à son double idéal : la perfection de la Personne, reconnue et protégée dans toute sa dignité, ET l'unité mondiale, pouvant seule procurer la paix visible, terrestre.
La dernière précision de cette chimère, où le surnaturel en cascade se naturalise, et où le naturel se trouve surnaturalisé en utopie, la voici : le Pape, puis le Concile, et c'est le Père Congar qui l'a publié alors, un peu gêné de leur “ découverte ”, ont affirmé que désormais il faudrait admettre que tout homme et tous les hommes ont deux fins à atteindre, successivement, imbriquées l'une dans l'autre. La première est de bâtir le monde humain fraternel ; la seconde est de faire son salut en cherchant Dieu et en le servant. Étant bien entendu que l'une ne peut en aucun cas exclure l'autre. Problème chinois. Hérésie que ces deux fins ultimes : « Vous ne pouvez servir deux maîtres. »
Dans son homélie du dimanche de la Pentecôte, 3 juin 2001, le pape Jean-Paul II a parfaitement formulé cette deuxième hérésie, en la reprenant à son compte : « L'Esprit-Saint peut bien dire qu'il a été le protagoniste du Concile, dès que le Pape l'a convoqué, déclarant avoir accueilli comme venant d'en-haut une voix intérieure qui avait retenti dans son esprit. Cette brise légère devint un “ violent coup de vent ” et l'événement conciliaire prit la forme d'une Pentecôte renouvelée. “ C'est en effet dans la doctrine et dans l'esprit de la Pentecôte, affirma le pape Jean, que le grand événement du Concile œcuménique prend substance et vie ”. »
Parole imprudente, impudente, imposant de croire en l'enseignement de ce Concile « comme d'un second Cénacle », « d'une Pentecôte renouvelée » : tous les experts exploiteront cette outrance au profit de leurs inventions dans les diverses commissions conciliaires.
L'expression est habile, car la conjonction « comme » signifie que c'est par manière de dire. Elle est extraordinairement suggestive si l'on songe que du Cénacle, où le Seigneur avait institué les sacrements de l'Eucharistie et de l'Ordre avant de souffrir sa Passion, est née l'Église le jour de la Pentecôte de l'an 30, lorsque le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres. Vingt ans plus tard, c'est encore au Cénacle que se réunit le premier de tous les conciles, dit concile de Jérusalem. La comparaison est donc très impressionnante, très flatteuse, dans la bouche du pape Jean XXIII, à l'égard des Pères du concile Vatican II. Mais trop c'est trop. Le mot, jamais rétracté, engage trop, il révèle trop la paranoïa dans laquelle Jean XXIII enferma ce Concile : « un second Cénacle » ! ?qui devient aujourd'hui, dans la bouche de Jean-Paul Il, « une Pentecôte renouvelée » ! ? Cela signifie qu'entre le premier et ce “ second Cénacle ”, les vingt Conciles œcuméniques et les autres, cités avec de grands éloges au début de ce même discours, ne comptent pas. Entre premier et second, il n'y a pas de place pour un tiers, même ex æquo, ni dans le passé ni dans le futur.
Illuminisme encore, ce que le Pape déclarait sur la valeur surnaturelle des prières des hérétiques et des schismatiques : « L'Église catholique se réjouit même sincèrement de voir que ces prières ne cessent de multiplier leurs fruits abondants et salutaires, même parmi ceux qui vivent hors de son sein. » Nul ne peut pourtant l'affirmer, et il serait plus prudent et plus charitable de le nier afin de hâter l'heure des conversions.
Enfin et surtout, cette vision, élaborée d'avance ! d'une sensible union entre le Ciel et la terre, en ce moment sacré, cette image d'une « aurore resplendissante qui se lève sur l'Église », offrait déjà l'esquisse de Lumen gentium, fausse lumière d'une Pentecôte diabolique évoquant irrésistiblement la mystérieuse « splendide lumière » vue en songe par saint Jean Bosco en 1873, éclairant les pas du Pape pour sortir du Vatican « en ordre de procession », entraînant derrière lui « une foule d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, de moines, de religieuses et de prêtres ». Après avoir perdu le fil de cette mystérieuse prophétie « quantes et quantes fois », l'abbé Georges de Nantes en comprit soudain la signification et en écrivit le commentaire un jour de Noël : « Cette “ sortie du Vatican ”signifiait un éloignement, un dégoût et une fuite de tout l'appareil millénaire de l'Église, dans ses dogmes, ses rites et sacrements, ses mœurs et autres traditions. Tout le peuple, immense foule, suivait le Pape. » (CRC n° 297, décembre 1993, p.9)
« Il arrive souvent, déclare Jean XXIII, que dans l'exercice quotidien de Notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu'enflammés de zèle religieux [concession obligée, cependant sarcastique] manquent de justesse, de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines [réminiscence probable du troisième Secret : “ le Saint-Père, avant d'y arriver, traversa une grande ville à moitié en ruine ” !] et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; ils se conduisent comme si l'histoire, qui est maîtresse de vie, n'avait rien à leur apprendre. »
Calomnie pure et simple : les prophètes de malheur puisent toute leur expérience et leur sagesse dans les leçons du passé, tandis que les prophètes de bonheur bâtissent leurs utopies, que le passé n'avait pas inventées, dans un avenir qu'ils agencent au plaisir de leur folie. Aujourd'hui, les prophètes de bonheur des années soixante, et il y avait foule, sont tombés dans l'oubli. Quarante ans après, c'est la guerre, la famine, la “ peste ” du sida et les persécutions contre l'Église annoncées par les “ prophètes de malheur ”.
« Il Nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. » Une multitude de saints canonisés, thaumaturges, ont agi ainsi, imitant saint Paul, et provoquant par cette annonce même d'immenses mouvements de conversion pour le salut des âmes. Ils avaient d'ailleurs pour patron en cet office Notre-Seigneur Jésus-Christ, lui-même dans la ligne de saint Jean-Baptiste, son Précurseur, un prophète de malheur... de malheurs dont certains sont survenus dans les temps impartis, tandis que d'autres attendent encore leur heure. Ce qui donne leur chance à tous les prophètes de malheur... jusqu'à la fin. Entre les malédictions de Jésus, une seule sentence suffit à exclure Jean XXIII de la cohorte des bienheureux :
« Malheur à vous quand tout le monde dira du bien de vous ! C'est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes. » (Lc 6, 26)
Depuis Jérémie jusqu'à Notre-Dame de Fatima, les seules prophéties de bonheur qui tiennent sont celles qui annoncent une récompense après de saintes épreuves (Jr 30-31), une libération après un dur exil (Is 40-55), un déluge de grâces obtenues par le Cœur Immaculé de Marie en faveur d'un peuple docile à ses demandes.
Le mépris, l'ironie, le sarcasme du texte pontifical n'ont qu'une explication :
En 1960, Jean XXIII devait publier le troisième Secret de Fatima. Il a manœuvré odieusement pour esquiver son devoir, sous prétexte de prudence, selon le témoignage de Mgr Loris Capovilla, son ancien conseiller intime : « Après avoir parlé avec tous [les prélats consultés sur le troisième Secret], Jean XXIII me dit : “ Écrivez. ” Et j'écrivis sous sa dictée : Le Saint-Père a reçu ce document des mains de Mgr Philippe. Il a décidé de le lire vendredi, en présence de son confesseur. Ayant constaté l'existence de locutions peu claires, il a appelé Mgr Tavares, qui traduisit. Il l'a fait lire à ses collaborateurs les plus proches. Finalement, il a décidé de refermer l'enveloppe en disant : “ Je ne porte pas de jugement. Silence face à ce qui peut être une manifestation du divin ou peut ne pas l'être ”. »
Et, de fait, durant tout son pontificat, Jean XXIII ne parlera jamais publiquement du Secret. Un communiqué du Vatican, en date du 8 février 1960, fit seulement connaître au monde ce jugement : « Bien que l'Église reconnaisse les apparitions de Fatima, elle ne désire pas prendre la responsabilité de garantir la véracité des paroles que les trois pastoureaux disent que la Vierge Marie leur avait adressées. » (CRC n° 341, décembre 1997, p. 7)
La clause de prudence que nous avons soulignée dans la note dictée à Capovilla, fait un contraste étonnant, détonnant, avec l'illuminisme charismatique dont fit preuve Jean XXIII en ouvrant le Concile par « l'humble témoignage de Notre expérience personnelle », donnée comme une inspiration divine survenue lors d'une nouvelle Pentecôte, le 25 janvier 1959, à Saint-Paul-hors-les-murs, lorsqu'il annonça son intention de convoquer un Concile œcuménique :
« Les âmes de ceux qui étaient présents [dont beaucoup n'étaient pas catholiques, puisqu'il s'agissait d'une assemblée œcuménique, pour la clôture de la “ semaine de l'unité ”] furent aussitôt frappées comme par un éclair de lumière céleste, les yeux et le visage de tous [sic !] reflétaient la douce émotion qu'ils ressentaient. » Et, comme le jour de la Pentecôte (Ac 2, 4), « tout de suite on se mit au travail dans le monde entier et tout le monde commença à attendre avec ferveur la célébration du Concile. »
Si l'Église d'hier a su conserver et défendre la foi catholique infailliblement, elle a perdu l'audience du monde par sa manière de prêcher : « des corrections s'imposent ». Dès ce commencement d'un début de premier discours se laisse voir la tournure du style, et de l'esprit, de son premier inspirateur, Jean-Baptiste Montini, destiné à devenir le véritable « Pape du Concile ». C'est déjà le “ oui, mais ” de l'encyclique Ecclesiam suam, le “ oui ” à la vérité, certes oui ! “ mais ”la nécessité de réviser la doctrine en vue de la présenter “ d'une façon plus efficace ”selon ce “ qu'exige notre époque ”.
« Puisque cette doctrine embrasse les multiples domaines de l'activité humaine, individuelle, familiale et sociale, il est nécessaire avant tout que l'Église ne détourne jamais son regard de l'héritage sacré de vérité qu'elle a reçu des anciens. Mais il faut aussi qu'elle se tourne vers les temps présents qui entraînent de nouvelles situations (?), de nouvelles formes de vie, et ouvrent de nouvelles voies à l'apostolat catholique. »
C'est le fameux “ aggiornamento ”, qu'on peut traduire par mise à jour, ou mieux : mise au goût du jour. Mais au-delà du jour qui passe, et ses modes avec lui, il y a “ le monde ”pour lequel “ Jésus n'a pas prié ” (Jn 17, 9). Or, l'Église est l'Épouse de Jésus, libre par rapport au monde. Elle a toujours travaillé “ dans le monde ”, mais pour son seul Seigneur.
Jean XXIII faisait écho aux plaintes des experts, tel Karl Rahner répandant en ces jours-là une étude statistique concluant à la faillite de l'Église... si elle ne s'occupait pas, comme toute industrie humaine, de son marketing. Or, en marketing, ce n'est pas la valeur en soi de l'objet qui compte et fait le profit, c'est la réclame, c'est l'adaptation coûte que coûte aux désirs et aux exigences d'une clientèle possible. L'hérésie est dans cette volonté de soumettre la foi divine aux caprices des masses, eux-mêmes inspirés par le Prince de ce monde, selon l'avertissement de saint Paul à Timothée : « L'Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, certains renieront la foi pour s'attacher à des esprits trompeurs et à des doctrines diaboliques. » (1 Tm 4,1) « Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers des fables. » (2 Tm 4, 3)
« Il faut présenter notre doctrine certaine et immuable de la façon qui répond aux exigences de notre époque », c'est la quatrième hérésie que nous venons de dire. Comment cela peut-il se faire sans trahir le « dépôt de la foi » ? Ici, Montini a repris la plume pour énoncer clairement le principe clé de l'entreprise :
« En effet », dit-il, comme si cet “ en effet ”avait la moindre valeur d'explication... « En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine [ j'aimerais mieux, observe l'abbé de Nantes, le mot théologique “ inviolable doctrine ”, juste avant qu'on vous explique comment la violer sans douleurs et sans cris ! ] et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées ». Et voici une queue de phrase mal soudée à l'ensemble, mais évocatrice de chirurgies inquiétantes : «... en leur conservant toutefois (!) le même sens et la même portée ». Vous en êtes sûr ? Oui ? Vous vous en portez garant ?
Vade, retro, moderniste condamné depuis cinquante ans par un saint aux lumières victorieuses de vos ténèbres de Satan ! d'ailleurs détesté de Jean XXIII dès son jeune âge, ce qui n'est pas un billet pour le Ciel ! Angelo Roncalli n'a jamais oublié l'impression que ce Pape fit sur lui le jour où, jeune prêtre, il fut reçu en audience avec une délégation du diocèse de Bergame en l'honneur du cinquantième anniversaire de l'ordination sacerdotale du saint pontife : « Après les compliments d'usage, raconte-t-il, Pie X parla avec une telle angoisse des dangers de l'époque que nous vivions, et des pièges insidieux du Mauvais pour avoir raison de la foi authentique des catholiques, qu'il en oublia complètement de nous remercier pour notre offrande. »
Il faut dire que Roncalli portait le plateau contenant les 25 100 lires en pièces d'or ! et « qu'il en oublia complètement » d'être attentif aux paroles du Saint-Père les mettant en garde contre le modernisme condamné l'année précédente par l'encyclique Pascendi dominici gregis (8 septembre 1907).
Feu Peter Hebblethwaite, qui cite le trait, ajoute : « Quand Roncalli écrit ces mots, il est pape et Pie X a été canonisé. » Notez que le pape Jean XXIII écrit « Pie X », et non pas « saint Pie X ». Et ce n'est pas fortuit. Peter Hebblethwaite poursuit : « Ses remarques sur l'ingratitude du pontife [sic !] n'en prennent que plus de poids : “ Certainement saint, mais pas pleinement parfait en ce qu'il se laissait envahir par l'inquiétude et se montrait si angoissé ”. » (Jean XXIII, le pape du Concile, Le Centurion, éd. 1988, p.78) C'est ainsi que le pape Jean XXIII jugeait son saint prédécesseur. C'est déjà assez suffocant. Mais que penser du jeune Angelo Roncalli, âgé de vingt-sept ans, déclarant à son évêque : « Le Saint-Père est triste, aujourd'hui. Même malade et préoccupé, un pape devrait toujours se montrer souriant et bienveillant envers ses fils. » (Paul Dreyfus, Jean XXIII, Fayard, 1979, p.54)
L'énorme folie d'une telle outrecuidance, ne s'explique pas seulement par l'orgueil. Elle laisse voir que le jeune prêtre était lui-même profondément moderniste au point de rester sourd et insensible à l'angoisse du saint Pontife.
Cinquante ans plus tard, devenu Pape, ce que veut Angelo Roncalli, en moderniste impénitent, c'est paraître respecter l'Église, certes ! vénérable, virginale Église, mais lui changer son corps, pour en faire un objet de plaisir au goût et selon les exigences du monde et de son Prince qui n'a de volonté, depuis le commencement, que de la violer sous les yeux du monde entier avec la bénédiction de son Chef !
Nous reverrons cela dans la Constitution dogmatique Lumen gentium, ordinairement présentée aux benêts comme le plus grand texte jamais inspiré par l'Esprit-Saint au Magistère catholique.
« Les hommes sont de plus en plus convaincus que la dignité et la perfection de la personne humaine sont des valeurs très importantes qui exigent de rudes efforts. » On sent que la phrase solennelle, bien lancée, soudain biaise et remet à plus tard son insolente chute, que le discours de clôture, prononcé par Paul VI le 7 décembre 1965, fera connaître :
« L'Église du Concile, il est vrai... s'est beaucoup occupée de l'homme, de l'homme tel qu'en réalité il se présente à notre époque, l'homme vivant, l'homme tout entier occupé de soi, l'homme qui se fait non seulement le centre de tout ce qui l'intéresse, mais qui ose se prétendre le principe et la fin de toute réalité...
« L'humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile. La religion du Dieu qui s'est fait homme s'est rencontrée avec la religion – car c'en est une – de l'homme qui se fait Dieu. Qu'est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver ; mais cela n'a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l'a envahi tout entier. La découverte des besoins humains – et ils sont d'autant plus grands que le fils de la terre (sic !) se fait plus grand – a absorbé l'attention de ce Synode.
« Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l'homme. »
Cent autres textes pontificaux ont, depuis, proclamé cette idolâtrie, corollaire de la première, que l'ont trouvera monstrueusement étalée dans la déclaration Dignitatis humanæ,et appliquée à tous les domaines de l'ordre temporel dans la non moins monstrueuse constitution dite pastorale, nullarde, titrée Gaudium et spes.
« Si l'Église a le souci de promouvoir et de défendre la vérité, rappelle Jean XXIII, c'est parce que, selon le dessein de Dieu, “ qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ” (1 Tm 2, 4), sans l'aide de la vérité révélée tout entière, les hommes ne peuvent parvenir à l'absolue et ferme unité des âmes à laquelle sont liés toute vraie paix et le salut éternel. »
Un « Mais » oppose la triste réalité à l'idéal voulu par Dieu : « Mais cette unité visible dans la vérité, la famille des chrétiens tout entière ne l'a encore malheureusement pas atteinte pleinement et complètement. » Le mot de « famille des chrétiens » est dramatiquement mensonger : le conglomérat de toutes les associations dites « chrétiennes » ressemble plus à un panier de crabes qu'à une honnête famille. Nous voilà donc jetés dans le brouillard des demi-vérités, des demi- mensonges. On parle de famille, puis on avoue les divisions, tout en évoquant des rapprochements, ou des tentatives, mais qui ne sont pas encore tout à fait satisfaisants, intercalant, entre le non traditionnel de la foi catholique et le oui d'un idéal qui n'existe pas, une série de petits pas à l'infini, autorisant l'idée qu'une réunion pourra se faire, sans vainqueur ni vaincu :
« Cependant, l'Église catholique estime de son devoir [c'est Jean XXIII qui le dit, mais il s'estime, entouré de la maffia, en droit de créer ainsi dans l'Église un devoir, là où il y avait, jusqu'à lui, une interdiction] de faire tous ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de cette unité que Jésus-Christ, à l'approche de son sacrifice, a demandée à son Père dans une ardente prière ; et elle éprouve une douce paix [comme Jean XXIII est touchant, dans sa piété affective ! mais attention au piège caché sous les fleurs !] à savoir qu'elle est étroitement unie à ces prières du Christ. »
Stop ! La vérité, aujourd'hui interdite, est tout autre. Jean XXIII ne cite pas cette prière : « Qu'ils soient un » (Jn 17, Il et 21-22) ; il ne cite pas non plus la parabole du beau Pasteur (Jn 10, 16) qui exprime la volonté divine du Christ de faire sortir de la bergerie judaïque son troupeau fidèle pour le mener dans de verts pâturages, de telle manière « qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau et qu'un seul Pasteur » : son Église constituée, non en “ secte ”mais en véritable Peuple de Dieu avec, pour unique et bel et bon Pasteur, Jésus-Christ.
L'erreur, qui sera le thème de l'Acte conciliaire intitulé Unitatis redintegratio, est de prêter à Jésus-Christ Notre-Seigneur un désir d'unité qu'il n'a jamais eu, substitué à son véritable dessein, inauguré par son sacrifice sur la Croix : la réunion en son Corps et par son Sang des juifs et des nations païennes, œuvre divine renouvelant toutes les Alliances du passé, abattant la barrière entre deux peuples pour n'en faire plus qu'un. À partir de la Pentecôte, il n'y a plus que l'Église à laquelle tous les peuples sont appelés. Hors d'elle, il n'y a plus de religion qui tienne.
« En effet, continue Jean XXIII, à bien considérer cette unité que Jésus-Christ a implorée pour son Église, on voit qu'elle resplendit d'une triple lumière céleste et bienfaisante : l'unité des catholiques entre eux, qui doit rester extrêmement ferme et exemplaire ; l'unité de prières et de vœux ardents qui traduisent l'aspiration des chrétiens séparés du Siège apostolique à être réunis avec nous ; l'unité, enfin, d'estime et de respect à l'égard de l'Église catholique, manifestée par ceux qui professent diverses formes de religion encore non chrétiennes. »
Cette répartition géographique de cercles concentriques d'amitié, en zones décroissantes, autour du Siège apostolique, est signée Jean-Baptiste Montini. Nous la retrouverons dans l'encyclique programme de son pontificat, Ecclesiam suam, du 6 août 1964.
Paul VI réalisera la vision dite de Jean XXIII, en ses trois niveaux :
a) L'unité des catholiques, « ferme et exemplaire », se fera au milieu des larmes, des injustices, des proscriptions perpétrées par la secte conciliaire, contre les « intégristes », traditionalistes et réactionnaires. Œuvre du Saint-Esprit ? Œuvre d'amour ? de liberté ? Œuvre de Satan.
b) L'unité des chrétiens séparés du Siège apostolique est célébrée avec autant d'enthousiasme que la réduction des tenants de l'Église d'hier et des siècles était cafardeuse. Exécution sans négociation ni pitié par les prophètes dictateurs de l'Église de demain ! En effet, ce sont les « séparés » qui font « des prières et des vœux ardents » pour bientôt « être réunis avec nous ». Mais il y a malentendu. Depuis toujours, l'Église travaillait à les « réunir », c'est-à-dire à les réintégrer dans l'Église, hors de laquelle il n'est pas de salut. Et, de fait, un fort courant de conversions s'amplifiait sous Pie XII, aux États-Unis, aux Pays-Bas... Tandis que le Conseil œcuménique des Églises, lui, pour endiguer ce torrent, proposait à l'Église catholique d'entrer, à égalité de vote ! dans son sein. En attendant cette reddition de l'Église, tous les meneurs de schisme et d'hérésie se font embrasser par le Pape, photographier avec lui, d'égal à égal. Et les conversions ont tari, à partir du 11 octobre 1962. Toutes les statistiques en font foi.
c) Enfin, Jean XXIII et son coauteur voient les non-chrétiens, c'est-à-dire le reste du monde, déjà réunis dans un même respect et une même estime à l'égard de notre sainte Église... Et il y avait du vrai, sous Pie XII, tant que l'ancien monde civilisé donnait le ton. Mais déjà, après Dien-Bien-Phu (1954) et les accords d'Évian (1962), pitoyables défaites d'une nation catholique et de l'armée française en face du bolchevisme transfusé en sauvagerie asiatique et africaine, le respect et l'estime de centaines de millions de musulmans, et de masses égales ou supérieures de Chinois et de “ Soviétiques ” pour le Siège apostolique, non ! c'est pire que du rêve, c'est de la farce !
L'idée sera pourtant exploitée à fond par Karl Rahner et justifiée au Concile par Karol Wojtyla. Sous la dénomination de “ chrétiens incognito ” ou “ chrétiens anonymes ”, tous les hommes sont, selon eux, “ en quelque sorte ”unis à Dieu du seul fait de l'Incarnation du Verbe. En Lui, ils sont “ capables de Dieu ”, sauvés... en quelque sorte !
Sans préjuger du salut individuel, il faut rappeler que, quels que soient les points communs et le parallélisme des diverses « fois » et morales, toutes ces croyances personnelles ou ces groupes religieux, ou antireligieux, mésestiment et méprisent notre sainte religion.
L'erreur est de méconnaître ce fait que toute religion ou irréligion, ou dissidence de l'Église catholique, tout système athée ou gnostique présente dans son principe et fondement une idée-force, une “ forme d'intégration ”, un vinculum substantiale qui contredit la foi chrétienne, tant sa forme, objectum quo, que son contenu, objectum quod...Cette erreur s'est traduite au Concile par la déclaration Nostra Ætate.
Résurrection n° 7, juillet 2001, p. 13-18
- Pour l'Église, tome 1 : L'annonce de l'orage, frère Michel de la Sainte Trinité
- Chapitre 6, Ire partie : Inquiétudes et angoisses pour l’Église
L’événement tel que rapporté sur le moment :
- Dans le tome 2 des Lettres à mes amis :
- n° 195 : Le concile, aggiornamento ou mutation ?, Janvier 1965, p. 1-8
- Les lettres 120, 121 et 137 témoignent aussi de l’opposition immédiate de l’abbé de Nantes
Une analyse du discours d’ouverture de Jean XXIII :
- Le concile Vatican II (1) une rupture radicale, Il est ressuscité !, tome 7, n° 61, p. 6-10 : Marchand de bonheur
- Jean-Paul I : « Le secret, c'est terrible ! », Résurrection, tome 1, n° 7, juillet 2001 : p. 13-18 : Les huit hérésies de Jean XXIII, prophète de bonheur
Références complémentaires :
- Préparer Vatican III, CRC tome 4, n° 46, juillet 1971, p. 3-4
- Il y a quarante ans, le Concile, Il est ressuscité n° 8, mars 2003, p. 25-28
Audio/Vidéo :
Une récapitulation juridique du combat de l’abbé de Nantes :
- L 100 : Notre recours à Rome. (IIe partie). 2-3 novembre 1997 (aud./vid.)
- 1re conf. Une affaire qui remonte au 11 octobre 1962. 1 h


