| Rédaction : Abbé Georges de Nantes | N° 82 – Juin 2009 |
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LA LIGUE
NOTRE MOIS DE MARIE
Le premier samedi du mois de mai, notre Père était de nouveau hospitalisé : « Le système immunitaire de notre Père, nous dit frère Bruno, est atteint par la neurodégénérescence, qui le met à la merci de la moindre bactérie, sans compter les blocages musculaires imprévisibles. Pour l’heure, il est en proie à des infections sévères que l’on ne peut combattre puissamment qu’à l’hôpital. Mais il a bien dit qu’il ne nous laisserait pas au milieu du torrent. Donc, en résumé : il est prêt pour le Ciel, mais il a un fil à la patte, et c’est par là que nous le retenons solidement, avec confiance en la divine Providence, abandon à la volonté de bon Plaisir de notre très chéri Père Céleste, et prière incessante au Cœur Immaculé de Marie... » Dieu merci ! le 6 mai, l’hôpital nous rendait notre Père.
JUBILÉ À ARS
LES TROIS SECRETS DU CURÉ D’ARS
Dimanche matin, 17 mai, pour le jubilé en l’honneur du cent cinquantième anniversaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney et au souvenir du pèlerinage que fit notre Père à la veille de devenir lui-même curé de Villemaur, à l’été 1958, nous nous sommes retrouvés, avec une centaine d’amis venus de toute la région, au “ Monument de la rencontre ”.
« Ici, dans le rythme tranquille, débonnaire, d’une vie paysanne, au milieu de ces gens ordinaires, à l’insu de tous, un curé a mené le plus terrible des combats contre lui-même, contre le monde, contre Satan, et solitaire a remporté la palme. » (Lettre à mes amis n° 41)
La journée commença par la méditation des mystères douloureux de notre chapelet. Frère Louis-Joseph donna à nos amis les intentions de prières de ce pèlerinage dédié d’abord à l’Immaculée dont le saint Curé d’Ars cachait jalousement les apparitions. Une brève instruction de frère Pierre-Julien était consacrée à la première partie de sa vie.
« Ce fils de paysans religieux et soumis, écrit notre Père, a subi vingt-cinq ans de Révolution et d’Empire ; il a vu le Démon dominer pour la première fois de haut toute la société, proscrire le nom de Dieu et rétablir l’idolâtrie, proscrire et martyriser les prêtres, pourchasser les fidèles. Le roi guillotiné, le Pape prisonnier, tout l’ordre qu’on imaginait immuable et que l’on tenait pour sacré, maintenant chavirait et disparaissait. Il a vu les mauvaises gens dans les villages triompher bruyamment et tout à coup les mœurs s’avilir comme d’un monde en décomposition. Toutes ses catégories mentales datent de ce temps. »
Et voici son premier secret : sa tendre dévotion à notre Mère du Ciel. « La Sainte Vierge, c’est ma plus vieille affection, dira-t-il, je l’ai aimée avant même de la connaître. » Mais que d’obstacles à sa vocation sacerdotale ! Son père d’abord, qui avait trop besoin de bras pour la ferme familiale, la conscription dans les armées napoléoniennes, et jusqu’à l’examen final d’admission au sacerdoce : Jean-Marie Vianney ne parvenait pas à comprendre les questions, posées en latin. Mais la divine Marie veillait. Monsieur Courbon, premier grand vicaire du diocèse de Lyon à qui revenait la décision demanda simplement : « L’abbé Vianney est-il pieux ? A-t-il de la dévotion à la Sainte Vierge ? Sait-il dire son chapelet ?
– Oui, c’est un modèle de piété !
– Un modèle de piété ! Eh bien, je l’appelle ! La grâce de Dieu fera le reste ! »
Ainsi fut ordonné prêtre, en 1815, celui qui, quelques années après, sera connu dans toute la France sous le nom de Curé d’Ars et qui fut l’apôtre ardent de l’Immaculée Conception.
Le parcours jubilaire passe par les trois lieux entre lesquels l’abbé Vianney partageait ses journées de curé.
D’abord un pèlerinage au presbytère, témoin de ses effrayantes austérités pour mériter la conversion des pécheurs, théâtre aussi des assauts incessants de Satan pour venir à bout de son courage mais, enfin et surtout, lieu béni des visites de la Vierge dont Catherine Lassagne surprit un jour la conversation céleste.
Deuxième station : la chapelle de la Providence, l’école des filles fondée en 1825 par le Curé d’Ars et dont il fit bientôt l’orphelinat que réclamaient les âmes de ces enfants. C’est auprès de ses petites orphelines que le saint curé commença ses mémorables leçons de catéchisme, c’est à elles qu’il confiait ses intentions, pour lesquelles elles priaient et offraient leurs sacrifices. Le curé d’Ars y multiplia les pains, en remplit les greniers de blé, récompenses de sa foi.
Après avoir médité les mystères glorieux du rosaire devant la chapelle qui abrite son cœur, troisième station à l’église paroissiale. Nous y sommes entrés par la porte sainte, étroite comme celle du Ciel. C’était l’heure du salut du Saint-Sacrement. La dévotion à Jésus-Hostie, après la dévotion à la Sainte Vierge, c’est le deuxième secret du Curé d’Ars. « Je ne voudrais pas être curé de paroisse, avouera-t-il un jour, mais je suis bien content d’être prêtre afin de pouvoir célébrer la messe. » Combien de pécheurs se sont convertis simplement en le contemplant célébrer le Saint-Sacrifice ! Catherine Lassagne témoignera : « Après la Consécration, on voyait cette figure comme rayonnante de contentement et de bonheur et surtout avant la communion, où il tenait la Sainte Hostie entre ses mains, il faisait une petite pause en regardant la Sainte Hostie avec un sourire si doux qu’on aurait pu dire qu’il voyait Notre-Seigneur des yeux du corps. » Elle ne pouvait mieux dire car le Curé d’Ars voyait Notre-Seigneur. Sous quels traits ? Il ne le révéla jamais, ni aucune des grâces extraordinaires dont il a bénéficié. Mais un jour, se croyant seul, il s’exclama : « Tout de même, je ne vous ai pas vu, mon Dieu, depuis dimanche ! »
Grâce pour plusieurs de recevoir le sacrement de pénitence, dans l’église où notre saint consacrait plus de quinze heures par jour à entendre les confessions. « C’est ici, écrit encore notre Père, que le démon a reculé et peut-être est-ce ici vraiment que l’œuvre impie de la Révolution a été absoute et que notre peuple a été libéré de son fardeau. »
Avant de quitter l’église nous nous sommes recueillis devant la châsse du Curé d’Ars, et dans les petites chapelles construites par lui et dédiées à la Sainte Vierge, à sainte Philomène et à saint Jean Baptiste, où allaient méditer les pénitents.
« Une fois encore, la preuve est donnée que les âmes se sentent touchées à l’intime et attirées par un prêtre qui accomplit saintement son ministère. Ce peuple de France, sous la Restauration, se sait régicide, apostat, en révolte contre la Loi de Dieu ; il n’est pas tranquille. Il a brûlé de trop de passions mauvaises, tant de brusques changements de fortune se sont faits dans la violence, grâce au désordre, que ce vieux peuple habitué à l’honnêteté ancestrale des convictions et des mœurs s’inquiète et attend des signes célestes pour se convertir. Ici, la surnaturelle énergie de l’humble curé y a suffi et Satan a lâché prise. »
Derniers regards sur l’étroite nef qui fut pour tant de pèlerins leur chemin de Damas, et tous nos amis se retrouvent sur la pelouse de la basilique pour une dernière instruction sur la mort de saint Jean-Marie Vianney dont on peut dire qu’il fut exaucé en cette prière : « Si un prêtre venait à mourir à force de peines et de travaux endurés pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ce ne serait pas un mal. » En cela notre Père, ancien curé de Villemaur, est le Curé d’Ars que Dieu a donné à son Église pour nos temps d’apostasie. Aussi la grâce de ce pèlerinage n’est-elle pas d’abord de lui rester fidèle ? Tel fut le mot de conclusion de notre frère Louis-Joseph à cette belle journée de prière et d’amitié phalangiste.
« L’exemple d’Ars demeure sous nos yeux, dans cette église et ce presbytère, inoubliable et saisissant : le démon existe et travaille, qu’on ne peut vaincre que par le jeûne et la prière » C’est le troisième secret du curé d’Ars.
SESSION DE PENTECÔTE
“ La maison, le métier, tout est pour le Ciel ”. Quel titre enthousiasmant déjà pour nos vingt et un ans ! Nous sommes donc venus plus nombreux que d’habitude malgré les révisions, les partiels et les concours. Premier sermon, pour la vigile de la Pentecôte, quelques bonnes pages du “ Miel du Rocher ” (éd. François-Xavier de Guibert, 2008) ! l’un des seize récits de conversion du judaïsme au catholicisme racontés dans ce livre que madame Cabaud vient de traduire de l’américain. Ce premier récit avait pour titre : “ Du socialisme au catholicisme ”. Nous étions donc bien dans notre sujet. Socialiste par pitié pour les pauvres, David Goldstein devint catholique par l’amour des pauvres qu’il trouva dans l’Église. Mais frère Bruno nous fit encore la grâce de lire le lendemain la conversion de Charles Rich et celle de Ratisbonne. Quelle leçon d’amour, d’action de grâces, quel hymne à l’Église dans ces cœurs redevenus enfants. Et combien Dieu se moque de la liberté religieuse quand il veut une âme. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis. » Vous lirez !
Mais ce n’était que le hors-d’œuvre ! Il y eut deux et trois conférences de haute philosophie et théologie pour déraciner en nous l’orgueil du petit révolutionnaire que flattait Maritain et que canonise « l’utopie malsaine » de Gaudium et spes à Vatican II : toute une morale et une vie en société fondées sur la dignité suréminente de toute personne humaine. Retour à l’Écriture : Jésus nous guérit de cet égoïsme transcendantal, lui qui n’a jamais eu de pensée, de volonté et d’amour que pour son Père. Là, on aurait voulu tout noter : « Première paternité, unique filiation, origine de l’unité qui, du Père, s’étend à toute l’humanité dans l’Église, Épouse, Fille adoptive. » Et cette définition « à tout casser », pour finir : « La dépendance est constitutive de la personne » ! Ni esclave ni roi mais fils et frère dans une société dont nous vivons, et que nous sommes appelés à servir.
C’est dans la société ainsi restaurée sur ses vraies bases que prennent place la maison, le métier, avec une sagesse que nous détailla frère Bruno, ouvrant la voie du vrai bonheur et de la paix, si nous sommes dociles. Chacun alors de faire retour sur son enfance, heureuse ou malheureuse. « Le foyer doit avoir une âme : Maman ! Un appartement vide est un tabernacle vide. Maman entretient l’amour, s’épanouit dans l’amour de son mari et de ses enfants... » Devoir de résidence !
Que de richesses en moins de trois jours ! L’oraison du dimanche matin, “ L’entrée en théologie ”, nous a une fois de plus découvert l’enthousiasme de notre Père pour tous les biens divins qui nous viennent de l’Église, pour son enseignement, ses sacrements, les mille canaux de la grâce, sa liturgie, ses saints, mais d’abord ses maîtres. Là, c’est le souvenir de la découverte étonnée, au fil des cours de théologie, d’une double définition de la personne selon que l’on est en philosophie ou en théologie, là incommunicabilité, ici relations, là autonomie, indépendance, ici dépendance et amour... Et la naissance de toute une philosophie, nouvelle et ancienne, réconciliatrice de ces antinomies : la création, c’est le don de l’existence, mais mon existence est toute dépendante de Je Suis, cela dans tout le détail de ma vocation historique et éternelle.
Lundi, conférence d’actualité : “ Le reniement de Pierre ”. C’était un retour catholique sur le voyage du Pape en Terre sainte, faisant inclusion, et contraste saisissant ! avec le récit des conversions que frère Bruno nous avait lues. « La liberté religieuse est l’espérance du Pape » ? Mais, Très Saint Père, ce n’est ni l’espérance des juifs ni celle des musulmans ! Les uns ont rappelé le Pape à son engagement de ne plus faire de prosélytisme, les autres l’ont félicité d’avoir substitué le respect au dialogue ! Dialogue c’était encore trop ! Il a fallu enfin que Benoît XVI assure les chrétiens « qu’ils ne sont pas oubliés » pour que l’on s’en aperçoive.
« Le monothéisme doit faire la paix, parce qu’il repose sur la raison. » Tel est le nouvel Évangile de notre Pape. La vérité la voici : « Si vous étiez fils d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham, vous croiriez en celui que le Père a envoyé. » (Jn 8)
NÔTRE EST LE VRAI !
L’article de frère Thomas sur saint Thomas en Chine a suscité les réflexions d’un ami, dont nous publions de larges extraits. Notre Père a toujours enseigné que la foi et la science vont de pair : il nous faut donc continuer à étudier les fondements scientifiques des traditions de ces Églises apostoliques.
Mon bien cher frère,
J’ai lu avec enthousiasme votre article sur saint Thomas et la fondation de l’Église de Chine. Espérant en apprendre un peu plus sur les preuves de tout cela, je me suis fait offrir le livre par ma femme à la première occasion. Après l’avoir refermé j’étais moins enthousiaste, et après deux ou trois vérifications, je ne le suis plus du tout.
Sur la méthode, vous avez pu constater comme moi que ce livre ne comporte pas d’appareil scientifique digne de ce nom. C’est au point qu’on se demande si Perrier a lu directement les travaux sur la tombe de Xuzhou, dont il ne donne jamais les références. On pourrait encore passer là-dessus si l’on ne découvrait rapidement qu’il y a, autour de son sujet, une immense bibliographie dont on aimerait savoir s’il la méprise ou s’il l’ignore. Du coup, ses affirmations non justifiées sont légion. Les personnages de Kong Wong Shan portent-ils vraiment des costumes parthes ? S’il était un spécialiste reconnu de la sculpture parthe, ou s’il manifestait seulement une connaissance des travaux sur la question, on se sentirait porté à le croire. Mais en l’occurrence, on demande des preuves, et la minuscule fig. 11.4 ne ressemble pas tant aux gravures de la falaise qu’elle fasse office de preuve. D’une manière générale, l’auteur a une manière bien à lui d’assener des “ évidences ” d’un ton d’autant plus péremptoire qu’elles sont moins prouvées (p. 49, 51, 79 – particulièrement caricaturale –, etc.).
Surtout, j’aurais beaucoup à redire à l’usage que Perrier fait des traditions, et d’abord, si vous permettez, mon bien cher frère, à cette phrase de la p. 83 que vous citez avec éloges : « Il n’y a aucune raison de ne pas s’appuyer sur les traditions des Églises apostoliques anciennes quand elles sont cohérentes et complémentaires entre elles, selon la règle de discernement des hérésies posée par saint Irénée et qui doit prévaloir sur tout résultat douteux de la recherche à présupposé “ laïque ”. Dans les recherches sur l’Église des origines, c’est se priver de sources sûres, quand les traditions ont été retenues par les liturgies. »
D’abord il y a là un raisonnement circulaire, car ce n’est que sur la base de ces traditions mêmes que les Églises orientales se prétendent apostoliques. Surtout, il ne s’agit pas, en l’occurrence, de savoir où est la vraie foi, mais d’établir des événements historiques, à quoi la règle de saint Irénée ne sert strictement de rien.
Ce qui n’est pas inutile, en revanche, c’est d’appliquer à ces questions les deux ou trois principes de bon sens qui fondent ce qu’on appelle pompeusement la science historique, et que les historiens catholiques doivent respecter comme les autres. Sans quoi ils se ridiculisent, et avec eux notre sainte religion. Ce serait un comble, puisque ces principes sont catholiques d’origine. Ils ont été édictés par les historiens ecclésiastiques du XVIIe siècle, les mauristes français et les bollandistes belges. Des traditions, que disaient-ils, ces grands anciens ? Qu’on peut parfois, faute de mieux, se fonder sur elles, que certaines sont même vénérables. Mais qu’il convient d’en établir soigneusement les témoignages, de les dater, de les critiquer, de les croiser et de se demander si les témoins ne dépendent pas les uns des autres, ou d’une source commune.
Perrier est à mille lieues de ces précautions élémentaires, enfermé qu’il est dans le système de son maître, l’abbé Marcel Jousse ( vous connaissiez ? moi pas), qui canonise toute tradition réputée “ orale ”. À cet égard, il n’est vraiment pas difficile. Sur la réalité (et la datation) du songe de Mingi, il écrit, du ton péremptoire qu’il affectionne : « Il est clair que, s’agissant d’une tradition bien assise, on ne saurait la remettre en doute » (p. 96). Assise sur quoi ? Sur une chronique rédigée « à partir du IIIe siècle » ou « principalement au Ve siècle », on ne sait pas très bien (p. 95 et 293). C’est comme si les visions de sainte Jeanne d’Arc ne nous étaient connues que par un auteur contemporain, au choix, de Louis XIII ou Louis-Philippe.
Mais le comble du comble à cet égard est l’incroyable chapitre X, où les missions de saint Thomas nous sont racontées par le menu, avec un luxe de détails chronologiques et géographiques qui ne reposent, à la lettre, sur rien. Ou du moins, sur rien d’autre que « les traditions que j’avais recueillies dans le sud de l’Inde auprès des chrétiens malabars » (p. 33). Je ne sais pas si vous avez été comme moi, mon cher frère, mais à lire ce passage et l’annexe 24 qui l’appuie, j’ai d’abord cru que notre Perrier était allé lui-même recueillir de la bouche des chrétiens des Indes de précieuses traditions inconnues des Occidentaux. C’est bien l’idée qu’il voudrait suggérer. Pensez donc ! Le texte qu’il nous cite p. 278 sq., sans référence évidemment, est en fait fort connu, sous le nom de Rabban Pattu. On le trouve cité, avec d’autres, dans toutes sortes d’ouvrages. (Il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin : je tire ma science de l’article “ Saint Thomas ” dans l’encyclopédie Catholicisme, t. XIV, avec bibliographie ; ou encore de l’ouvrage collectif Christians and missionaries in India, éd. R. E. Frykenberg, p. 34 sq., consultable en ligne par Google-Books.) Dans son état actuel, il a été rédigé au XVIIe siècle, même s’il se présente, peut-être à raison, comme la rédaction d’un chant qu’on se transmettait dans les familles sacerdotales de génération en génération. Les chants relatifs à la mission chinoise de Thomas sont tout aussi connus et répertoriés. Eux aussi ont été mis par écrit, tels que nous les connaissons, seize siècles au moins après la mort de saint Thomas. Seize siècles, mon frère ! Saint Irénée a dit que la tradition de l’Église de Rome conservait toute pure la foi des Apôtres. Il n’a pas garanti que les poètes de l’Église du Kerala ne succomberaient jamais aux délices de l’imagination.
Ce n’est pas qu’il n’y ait pas, sur les missions de saint Thomas, des traditions plus anciennes. Perrier les évoque : « Après vingt ans de missions, il fut martyrisé à Meilapouram, près de Madras, le 3 juillet 72, alors qu’il priait dans une grotte. Saint Grégoire de Tours rapporte, en 590, que le corps de saint Thomas est d’abord resté à Meilapouram dans un monastère, puis, après un long intervalle, qu’il fut ramené à Édesse au nord de la Mésopotamie. Saint Éphrem le confirme. À la même époque, l’historien Eusèbe, lequel disait le tenir d’Origène (185-254) attestait la présence de Thomas aux Indes. »
Je vous ai cité ce passage tout au long, en sorte que vous puissiez vérifier par vous-même qu’il est décalqué presque mot pour mot d’un paragraphe qu’on trouve en divers blogs touristiques relatifs au Kerala, notamment : http://www.vassula.org/Kerala 0202.htm. Notre auteur n’est guère allé voir plus loin, ce qui lui joue des tours, car Eusèbe de Césarée cite bien Origène (Histoire ecclésiastique, III, 1), mais il dit : « Thomas, selon la tradition, reçut en partage le pays des Parthes. » C’est à propos de saint Pantène qu’il parle des Indes...
Que dire, après cela, des représentations de Kong Wang Shan ? À la lecture de votre article, je me suis d’abord demandé comment des gravures rupestres pouvaient être datées à l’année près, ce qui n’est pas commun, parlez-en à Anati. Dans le livre, p. 31, Perrier parle d’abord du Ier siècle, dans un contexte où il semble qu’il tienne cette information d’universitaires chinois. Une datation au siècle près peut encore s’admettre, sur la base de données stylistiques. On aimerait tout de même qu’elle soit argumentée. Au lieu de cela, il passe insensiblement (p. 31-33) à la datation de l’événement soi-disant représenté, ce qui n’est pas la même chose, vous en conviendrez. Dans tout l’ouvrage, il y a un seul élément positif de datation des gravures, et il est à la p. 106 : il faut « dater l’ensemble avant l’année 70, date à laquelle le gouvernement de la province est retiré au prince Ying ». Mais ce critère n’est valable que si ces figures sont des témoins de l’arrivée en Chine d’une nouvelle religion (bouddhisme ou christianisme) adoptée par ce prince, ce qui est précisément à démontrer. Bel exemple, là encore, de raisonnement circulaire. Personnellement, je ne vois donc, dans ce livre, aucun élément solide de datation de ces gravures qui soit indépendant de leur interprétation, ce qui me paraît affaiblir considérablement sa valeur probatoire.
Il nous fallait publier cette lettre magistrale parce qu’elle démasque un auteur qui a abusé de notre confiance et travaillé pour l’adversaire en discréditant par son travail si peu scientifique la bonne cause des origines apostoliques du christianisme en Chine, qui reste ouverte (frère Bruno de Jésus).
LE CATÉCHISME TÉLÉVISÉ SORT EN DVD
Les premières leçons de catéchisme en DVD vous sont offertes en troisième heure des conférences de ce mois, la restauration de l’image et du son a été faite par nos frères. C’est un énorme travail, mais le résultat est surprenant. Les leçons 3 et 4 seront livrées ce mois-ci, et les suivantes en octobre, puis, de mois en mois, si Dieu le veut, au cours de l’année scolaire.


