23 SEPTEMBRE 2018

La formation des Apôtres à l’esprit d’enfance

NOUS avons vu dimanche dernier comment à saint Pierre qui proclamait sa foi, Jésus-Christ annonça sa crucifixion, puis demanda à ses disciples d’avoir toujours la croix dans leur pensée, comme le terme de leur vie. Ses paroles sont exigeantes : celui qui croit sera sauvé, celui qui ne croit pas ne sera pas sauvé. Celui qui voudra vivre, qui rougira du Christ et qui renoncera à la Croix, celui-là se perdra. Et au jour du règne du Christ en gloire, le Christ ne le reconnaîtra pas.

Aujourd’hui, nous allons voir comment Jésus entreprend de former ses apôtres. Il veut les faire entrer dans cette perspective de la croix et leur donner une morale en rapport avec ce qui va arriver. Jésus veut apprendre l’esprit d’enfance à ses apôtres qui sont enfermés dans l’orgueil de l’Ancien Testament, dans l’orgueil de l’homme qui pense que Dieu ne peut vouloir pour lui qu’une élévation.

30 Étant partis de là, − depuis la profession de saint Pierre à Césarée de Philippe, les événements se suivent. Les six jours qui ont séparé cette profession et cette première annonce de la Passion nous paraissent très chronologiques. Dans le livre de l’Exode, entre la première apparition de Yahweh à Moïse et la seconde, il y a un délai, délai imposé par Dieu pour la purification du peuple et la purification de Moïse lui-même. Or, il se retrouve ici. Jésus semble l’avoir voulu, pour bien montrer qu’il était le Dieu de la Nouvelle Alliance et que la Transfiguration était une théophanie semblable à celle du Mont Sinaï. Puis, ils descendent de la montagne comme Moïse était descendu de la montagne, avec encore ses cornes lumineuses qui lui sortaient du front en signe de la gloire de Dieu qui avait ébloui sa face. Ils faisaient route à travers la Galilée et il ne voulait pas qu’on le sût.

31 Car il instruisait ses disciples. Les apôtres ont maintenant la foi. Alors Jésus va exploiter cette nouvelle disposition qui est en eux en commentant sa première annonce de la Passion, de telle manière qu’ils adoptent les vertus nécessaires à la mission qui est la leur maintenant, qui est d’annoncer la Croix du Christ. Dans la première annonce de sa passion, Jésus leur avait dit : « Il faut », c’est un devoir qui lui est imposé. En redescendant du Thabor : « Et comme il est écrit du Fils de l’homme qu’il doit beaucoup souffrir et être méprisé ». Ce devoir qui lui incombe est une volonté de Dieu qui s’est inscrite dans les Écritures et qui est maintenant annoncée au monde. Son agonie a déjà été consentie et il est maintenant dans l’ordre de l’exécution d’une volonté qui maintenant est sienne.

32 Mais ils ne comprenaient pas cette parole et ils craignaient de l’interroger. Pierre a raconté ses souvenirs tels quels. Il a fait cet acte d’humilité, montrant que c’était bien l’état de leur âme à ce moment-là. Cela prouve indirectement que Jésus a véritablement annoncé sa mort et sa résurrection bien avant qu’elle ne soit venue.

33 Ils arrivèrent à Capharnaüm ; et, une fois à la maison, il leur demandait : “ De quoi discutiez-vous en chemin ?  34 Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand.  L’Évangile est incroyable. Jésus leur parle de mourir, d’être crucifié, et eux sont à discuter lequel sera le premier ministre. Alors, Jésus leur fait la leçon, leur donne un grand avertissement.

35 Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit : “ Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.  Notre Seigneur leur dit : « Je vais descendre et être le dernier de tous, je vais me faire le serviteur de tous, et il doit en être de même pour vous ! » Non, eux vont s’efforcer de se pousser en avant, aux premières places, même si Jésus doit être à la dernière. Il faudra cependant que cet esprit d’humilité pénètre leur âme ; 36 Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, Il leur dit : 37  Quiconque accueille un des petits enfants tels que lui à cause de mon nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. 

Cette parole est digne de saint Jean, d’une extraordinaire profondeur et sublimité ! Être avec Jésus, être disciple de Jésus, c’est quelque chose de merveilleux puisqu’il nous dit : “ Il y a identification de ces petits enfants avec moi ! Quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé. Et comme je suis identique à Dieu, celui qui accueille un enfant accueille Dieu ”.

Quelle leçon d’humilité ! Jésus veut apprendre l’esprit d’enfance à ses Apôtres qui sont guindés, enfermés dans l’orgueil de l’Ancien Testament, dans l’orgueil de l’homme qui pense que Dieu ne peut vouloir pour lui qu’une élévation.

Abbé Georges de Nantes
Extraits du commentaire de l’évangile de de saint Marc (S 90) 5e instruction : Le ministère laborieux de la prédication évangélique